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Middlesbrough, le dépucelage de Cardiff

Il y a onze ans, le Middlesbrough de Steve McClaren remportait le seul trophée de son histoire. C'était à Cardiff face au Bolton d'Allardyce. C'était avec Mendieta, Bolo Zenden et Franck Queudrue. C'était le Boro gagnant.

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Ce n'est qu'un adolescent. Sa vie est linéaire. Le matin, le gamin se lève tôt. Il file avec son sac à dos, marche quelques centaines de mètres, va se changer dans l'arrière-boutique et travaille mécaniquement. Ses potes vont bosser à l'usine, ou sont sur les bancs du lycée, mais lui empile les conserves. C'est comme ça. Malcom Christie a 18 ans. Le soir, après le boulot, il devient un autre homme, reconnu cette fois. Car au-delà des conserves, Malcolm est une star locale à Nuneaton. En cette fin d'année 1997, le nouveau buteur du Nuneaton Borough FC ne cesse d'empiler les buts. Douze en dix-neuf rencontres de championnat. C'est là que l'ancien coach de Derby County, Jim Smith, le repère en décembre. Il le ramène alors avec lui un peu plus au sud du Royaume. Direction la Premier League. Malcom Christie vient de ranger les conserves.

L'histoire de Malcom Christie est celle d'un destin. Le genre de type qui marque une époque par sa trajectoire. Car cinq ans plus tard, alors que Derby County plonge en Championship, Middlesbrough va craquer trois millions de livres pour sa patte malgré un physique capricieux. En quelques années, l'amateur est devenu un joueur de Premier League, mais également un international espoir anglais. Il doit le rester, et Steve McClaren, le coach de Boro, le veut dans son groupe. Car cette année-là, à l'été 2003, Middlesbrough a des ambitions : choper le top 10 de Premier League, grappiller un parcours en coupe et grandir, grandir. « C'était l'objectif prioritaire. On voulait battre le record en matière de classement du club en Premier League. On venait alors de terminer onzièmes. Dans son discours, Steve n'avait qu'une idée : gagner, tous les matchs » , raconte aujourd'hui l'ancien défenseur français Franck Queudrue, arrivé dans le groupe deux ans plus tôt. Middlesbrough terminera le championnat à la onzième place. Avec un trophée au bout.

Bolo et la pizzeria


Car cette saison-là, Middlesbrough va enfin lancer son histoire. Par le flair de McClaren, mais aussi une stabilité affirmée, un entraîneur en poste depuis maintenant deux ans et un staff conservé. Franck Queudrue : « Steve McClaren a toujours su bien s'entourer. C'est sa force. Il y avait des entraîneurs spécifiques de très grande qualité et cette saison 2003-04 a été fantastique. Sur le papier, c'était incroyable avec du recul. On jouait avec Mendieta, George Boateng, Bolo Zenden qui avait été prêté par Chelsea. » Si le club balbutie en championnat avec un début de saison plombé par quatre défaites lors des cinq premiers matchs – pire début de saison de l'histoire de Boro – il parviendra à assurer quasiment son maintien grâce à une belle série de huit rencontres sans revers avant Noël. Le championnat sera finalement mineur. Car, ce groupe va être celui d'une épopée. Une première. Celle du premier titre de l'histoire du club : la Coupe de la Ligue.

Dans les colonnes du Chronicle Live en 2012, Steve McClaren insistait alors : « De ce parcours magnifique, je me rappelle autant du premier match contre Brighton que de la finale. Cet épisode me sert tous les jours dans mon métier, notamment dans l'approche d'un match de coupe. Le premier match d'une saison en coupe est certainement le plus important et le plus exigeant. » Et le dépucelage de Boro débutera un soir de septembre 2003. Par une déviation, une inspiration, au bout du temps additionnel, d'un homme qui connaîtra ce soir-là sa dernière jouissance : Malcom Christie. L'attaquant arrivé quelques semaines plus tôt valide alors la qualification de son club. Trois tours et deux séances de tirs au but plus tard, contre Everton et à Tottenham, Middlesbrough s'offre une double confrontation face aux invincibles d'Arsenal.

Les Invincibles et la macarena


Pour Arsène Wenger comme pour de nombreux de ses confrères, la Coupe de la Ligue est un laboratoire où les jeunes du club sont testés. Même en demi-finale. Battu à l'aller à Highbury (1-0), Arsenal s'inclinera malgré la présence dans le onze de Vieira ou Kolo Touré au Riverside Stadium (2-1). Middlesbrough s'offre un ticket pour Cardiff, son Millenium Stadium et prend rendez-vous avec le Bolton de Sam Allardyce. « Notre force à l'époque, c'était l'ambiance qu'il y avait dans l'équipe. Avec Bolo Zenden, Boateng et Massimo Maccarone, on avait pris l'habitude d'aller manger avant chaque match à l'extérieur dans un restaurant italien. On mettait les cartes bleues dans une panière, et la serveuse tirait au sort pour savoir qui payait à la fin. Au début, on était quatre. On a fini ce rituel avec quasiment tout le groupe » , explique Franck Queudrue.

29 février 2004. Cardiff voit défiler dans ses rues une marée rouge. Cette fois, Middlesbrough n'a plus le choix après deux défaites en finale de la Coupe de la Ligue en 1997 et 1998 et une autre de FA Cup encore en 1997. En 128 ans d'histoire, aucune liesse au retour. « Je me rappelle de notre arrivée à Cardiff. C'était incroyable, tous ces maillots rouges. Dans le bus, on avait notre musique avec Boateng et Zenden et on avait inventé une sorte de macarena. C'est un moment qui a permis de faire rire tout le monde, de dédramatiser l'événement » , décrit Queudrue.

Entre Al Pacino et Joseph-Désiré Job


Steve McClaren connaît lui aussi l'importance du moment. L'homme a des ambitions. Son rêve de succéder à Sir Alex Ferguson sur le banc de Manchester United vite brisé, l'entraîneur britannique vise désormais la sélection nationale. Un poste qu'il obtiendra en 2006, mais avant ça, il s'est promis de faire monter au sommet un club qu'il a façonné sous sa philosophie. Dans le vestiaire du Millenium Stadium, face à ses joueurs, McClaren tente alors un coup de théâtre. Le guide lance sur un fond blanc une compilation des meilleurs moments du parcours, avec des scènes de vie, des buts et la joie du Riverside Stadium après l'élimination d'Arsenal. Sur ces images, l'homme fait parler Al Pacino. Objectif : chauffer à blanc ses hommes.

Quelques heures plus tard, sur le terrain, Middlesbrough va alors, dans un état second, plier Bolton en sept minutes après un but de Joseph-Desire Job et un penalty de Zenden. Le but de Kevin Davies sur une erreur de Mark Schwarzer n'y changera rien. Djorkaeff manquera une balle d'égalisation face à un but vide, et Boro soulèvera le premier trophée de son histoire. Les images sont éternelles : les larmes de McClaren, l'explosion de Zenden... « Le retour à Middlesbrough a été incroyable. Il y avait des écharpes du club aux fenêtres de toutes les maisons, 150 000 personnes dans les rues et près de 30 000 supporters supplémentaires sur le parking du stade. On était des héros. Moi, c'était mon premier et c'est resté mon seul trophée » , se souvient Queudrue, aujourd'hui encore une référence pour tous les supporters de Boro avec qui il ira disputer également une finale de Coupe de l'UEFA à Eindhoven en 2006, perdue face au FC Séville (0-4). C'était il y a presque dix ans, Middlesbrough ne se battait pas pour remonter en Premier League, mais pour y rester, McClaren ne jouait pas sa tête chaque week-end, mais était une icône. Malcom Christie, lui, ne vendait pas encore des Aston Martin, suite d'un destin brisé par de nombreuses blessures.

Par Maxime Brigand
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Je me souviens de ce match, c'est l'une des dernières fois où on a pu regarder du foot anglais sur France TV, les droits de la League Cup ne devaient rien coûterà l'époque.

La composition des équipes, c'était quelque chose, avec Mendieta, Djorkaeff, Okocha, Schwarzer, Zenden et compagnie, ça ressemblait plus à un jubilé dans la grisaille qu'à une finale, on était dans le foot anglais dans ce qu'il a de plus glauque (et paradoxalement, de sympathique, c'était l'époque où la grande vanne était de menacer un joueur de le prêter à Bolton), et malgré la pauvreté technique et la victoire de Boro (j'étais pour Bolton cet après-midi-là), ça reste un super souvenir.
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