Miccoli et Palerme, la fin d'une belle histoire

Fabrizio Miccoli, capitaine courage de Palerme, ne devrait pas se faire de vieux os dans un club qui vient tout juste d’être relégué en Serie B. Pas parce qu’il n’en a pas envie. Plutôt parce qu’il serait impliqué dans une triste affaire, en lien direct avec Cosa Nostra…

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26 11
Rosanero. Rose et noir. Jusqu’à il y a peu, Fabrizio Miccoli voyait la vie de la bonne couleur. De son arrivée à l’été 2007 sous le maillot de Palerme, il est devenu la légende vivante du club, le capitaine exemplaire, le détenteur de tous les records individuels. Depuis le 12 mai dernier cependant, le tableau s’est assombri. Le numéro 10 a d'abord versé de chaudes larmes à Florence, lors d’une défaite qui condamnait les siens à la Serie B. Il a récidivé ce dimanche au Renzo Barbera, lors du dernier match des Siciliens face à Parme. Mais pour une toute autre raison, cette fois-ci : le joueur jouait très probablement son dernier match sous le maillot rosanero. La raison tient d'une affaire révélée dans le courant de la semaine par la version palermitaine de la Repubblica. Miccoli serait soupçonné par la DIA (Direzione Investigativa Antimafia) d’avoir « accédé de manière illégale au système informatique d’un opérateur » . Avec l’aide d’un employé de TIM, le capitaine rosanero se serait procuré 4 cartes SIM neuves, placées aux noms de pauvres clients palermitains. L’une de ces cartes aurait été transmise à Mauro Lauricella, le fils d'un certain Antonino, capo mafieux en cavale depuis six ans au moment des faits.



« Ne viens pas au stade, il y a les flics »


Ces faits remontent à 2011. L'année où justement, la relation amicale entre le rejeton Lauricella et Miccoli est étalée dans la presse. Déjà, le joueur est suivi par les enquêteurs. Placé sur écoute, il est publiquement mis hors de cause par le procureur courant septembre, après que le boss ait été arrêté. Si l'affaire s'est tassée durant un temps, des enquêteurs de la DIA ont continué leurs investigations, et tenté d'en savoir plus sur les rapports entre les deux hommes. Des rapports bien plus sombres qu'il n'y paraîtrait, comme le suggère aujourd'hui l'affaire des cartes SIM. Les enquêteurs supposent que le numéro transmis par l'attaquant aurait permis à Lauricella de s’entretenir avec son père. Mais ça ne s'arrête pas là. Le joueur aurait fait bien plus que rendre un simple service : selon le procureur, Miccoli aurait mandaté son ami pour récupérer les crédits d’une société en charge de la gestion d’une discothèque. A quel titre ? Lauricella aurait-il eu recours à des menaces pour y parvenir ? L’enquête en est à déterminer ces différents éléments. Le seul chef d’accusation qui pourrait concerner Miccoli à ce jour, serait cette violation d’un système informatique. Mais il pourrait y avoir bien plus.

D'autant qu’en parallèle, l’attaquant entretient une autre relation dangereuse, avec le dénommé Francesco Guttadauro. Lui est le petit-fils d’un ponte de Trapani en cavale depuis 20 ans, Matteo Messina Denaro. Cette relation a été révélée en décembre dernier, lorsque la Repubblica dévoilait que les Carabinieri du ROS (Raggruppamento Operativo Speciale) avaient entrevu le joueur au côté de son nouvel ami durant l'été, alors qu’ils effectuaient une planque devant une station-service fréquentée par la famille. Sur le papier, rien de très probant en premier lieu, le pote de Miccoli n’ayant jamais été inquiété par la justice. Mais cette simple vision encourage de nouveau les enquêteurs de la DIA à mettre le joueur sur écoute. Et les résultats laissent entendre que les deux hommes ne sont pas tout blanc. La Repubblica a publié jeudi dernier l’une de leurs conversations téléphoniques. Ou plutôt, une seule phrase, prononcée par Miccoli à son ami, qui avait prévu de venir le voir jouer : «  Ne viens pas au stade, il y a les flics… » Une phrase lourde de sens.


L'idole critiquée, le prétexte pour Zamparini


Aujourd’hui, on se demande bien ce qui pourrait sortir dans la presse. Une chose est certaine : l'image de Miccoli, celle du communiste-sympa-proche du peuple, est écornée. Devant de tels soupçons de culpabilité et le silence du principal concerné, les personnalités n’ont d'ailleurs pas tardé à réagir. A commencer par la présidente de la Commission européenne Antimafia, Sonia Alfano : « A part le fait que ce n’est pas la première fois que le nom du joueur est lié à ceux de personnages du monde de la malavita, je me demande comment il est possible que l’idole de tant de gens, le leader d’une équipe de foot, puisse être confronté à des situations de ce genre, alors qu’il devrait être un modèle pour les jeunes. (…) Miccoli devrait déjà être en train de clarifier sa position, s’il n’a rien à se reprocher. Cependant, il reste muet. Il devrait rompre ce silence qui, au regard du cadre très grave que dressent les enquêtes de la DIA, pourrait éveiller des soupçons encore plus graves.  » De son côté, le député régional Salvino Caputo a réclamé que le brassard lui soit immédiatement retiré.

Maurizio Zamparini, qui a toujours défendu son joueur sur ses rapports avec Lauricella – « à Palerme, on peut très bien connaître des gens et ne pas savoir qu’ils ont des parents mafieux  » – n'a pas accédé à la requête de l'homme politique. Mais il a l’intention d’aller plus loin. Alors que Miccoli arrive au terme de son contrat et qu’il a émis le souhait de prolonger malgré la descente, Zampa l’invite à se tirer devant la tournure des événements. « Ce qui arrive à Fabrizio est la démonstration que pour lui, le mieux serait de quitter Palerme. Il a besoin de changer d’air, il peut toujours aller aux Emirats...  » Pour bon nombre de tifosi, le président a trouvé le prétexte idéal pour éjecter un joueur qui le gênait depuis longtemps. Au mieux donc, Miccoli finira aux Emirats. Au pire, ce sera la taule, lui qui risque trois ans rien que pour l’affaire des cartes SIM. En tout cas, son histoire d'amour avec Palerme touche à son terme. Hier soir, après avoir claqué un but face à Parme, le capitaine a fait ses adieux. S'il ne l'a pas avoué, son attitude n'a trompé personne. Après un tour de terrain pour saluer les supporters, il s'est rendu en conférence de presse pour une séance remerciement. « Ce soir, je suis ici en tant que capitaine de Palerme. Ce brassard, je l'ai toujours porté avec honneur. Je suis ici pour remercier les tifosi, le club, les coachs. Tous m'ont soutenu. Je remercie mes coéquipiers, Giulio Migliaccio, surtout. Puis, Balzaretti, Liverani, Benussi. Il y a eu tant de satisfactions, durant toutes ces années. Je remercie ma famille, qui m'est toujours restée proche et qui m'a permis et convaincu de rester ici. Sur mon futur, je n'ai encore rien décidé. Mais si je pars, ce sera seulement pour le foot, pas pour autre chose. Avec cette histoire, j'ai créé des désagréments à beaucoup de monde, y compris à ma famille. Je le regrette. J'ai toujours voulu être un homme ordinaire, et me fondre dans la ville.  » Ses flirts avec le mauvais côté de Palerme lui valent aujourd'hui une fin de parcours malheureuse. Mais Miccoli, le joueur, la légende palermitaine, méritait sans doute une autre fin.

Par Alexandre Pauwels
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Je ne peux pas savoir si c'est vrai, ou non, si il est plus impliqué encore que ça dans le truc ou pas. Mais ça me fait chier de voir un mec si exemplaire sur le terrain et pour défendre les couleurs de son club, partir de la sorte.
Après ne serait il pas aussi une sorte de symbole pour la police anti mafia ? Coincé un joueur de foot, c'est le gros coup médiatique assuré, alors que le mec à juste magouiller sur 4 cartes SIM ...

Pas contre j'ai entendu dire qu'on avait retrouvé le numéro d'Anigo dans son répertoire ... affaire à suivre ^^
ça fait mal aux yeux :'(
Dance Crasher Niveau : CFA
Est-il si simple de rester en dehors de ce type de relations, quelles que soient leur profondeur, quand on habite Palerme ou les environs, ou Naples ou les environs? Déjà en tant que mec lambda, avec un peu d'ambition, qui plus est en tant que gars en vue, qui a du pez, des relations, certainement une vie la nuit dans des endroits dont la fréquentation est triée sur le volet...? Mes seules références en matière de mafia et assimilé sont le cinéma et le roman à la Romanzo criminale, et je suis bien conscient que c'est biaisé d'entrée, mais peut-être pas tant que ça, tant ces organisations de l'ombre ont le don d'étendre leur toile sur tous les aspects de la vie où y'a du fric à prendre... Maradona n'était-il pas déjà pris dans cette nébuleuse et sûrement bien d'autres avant lui? Balotteli n'a-t-il pas été déjà pris en fameuse compagnie? Ailleurs, n'a-t-on déjà pas vu un certain Adriano se pavaner avec des armes? Bref, loin de moi l'idée de vouloir le défendre et y'a bien des gus qui doivent échapper aux mailles du filet (à quel prix?). L'idée est juste que, vu l'habitat naturel, il me semble difficile d'y échapper. Genre t'habites à côté d'un bois, y'a quand même de grandes chances que t'aimes la chasse ou la quête de champignons. Au pire, tu fais pousser de la beuh dans la campagne! Donc, quelque part, je vois pas ce que l'exemplarité du bonhomme vient faire là, ou si peu.

Bref, peut-être aurait-il dû rester à Benfica s'il avait voulu rester exemplaire!
Ha ça y est, je lâche une pique sur Anigo, y a les -1 qui partent ... susceptible les mecs du Sud ? ^^
N'empêche que Miccoli, Totti et Di Natale, les vieux de Série A ont quand même de la gueule* !
Il Ragno Nero Niveau : CFA2
"alors qu’il devrait être un modèle pour les jeunes"

Euh, non, c'est un joueur de foot...

Moi je me demande comment on peut être "présidente de la Commission Européenne Antimafia" et prononcer ce genre de phrases. L'éducation des enfants, c'est la responsabilité des joueurs de foot, c'est ça ? Et des vedettes de la télé réalité aussi j'imagine ? Nan, parce qu'on sait déjà que ce ne sont pas les hommes et femmes politiques qu'il faut prendre en exemple, ça, on a bien compris...

Sérieux, quoi !

Sur le fond, je vais m'abstenir de juger puisque j'ai encore moins d'éléments que la dame de la Comission Européenne, là. J'espère juste que y'a pas grand-chose et que le nom de Fabrizio Miccoli restera associé à celui d'un chouette joueur de foot et d'un type sympa, dont la carrière a été un peu gâché par d'autres "mafieux", les Moggi père et fils...
Je ne poste pas souvent, mais enfin.

C'est avec plaisir que j'annonce à Monsieur Pauwels que dans les pays civilisés, avec un code pénal conséquemment civilisé (genre Beccaria, Voltaire, Montesquieu, Manzoni, Sciascia, tu vois, cher Pauwels ?) les délits restent individuels et -- c'est malheureux, je sais: ce serait tellement plus pratique -- ils ne se propagent donc pas par voie familiale. En quoi être fils voire petit-fils de quelqu'un de condamné pour un quelconque délit devrait avoir une quelconque pertinence ? Et d'ailleurs, en quoi doit-on rendre compte du fait que l'on veuille communiquer avec son père, qu'il soit en cavale ou pas ?

De la même façon, depuis quand, de grâce, doit-on rendre compte de ses liens D'AMITIE, si le mot amitié a encore un sens ? Rien ne m'empêche d'être ami de quelqu'un qui a été condamné par la loi, dieu merci, et il paraît même que les vrais amis se reconnaissent dans les moments les plus durs, comme justement la case prison, surtout si c'est au régime 41bis. Mais alors là, devoir justifier ses liens d'amitiés avec des gens avec le casier judiciaire vierge, "accusés" seulement d'avoir de la famille (un père, voire un grand-père) en prison, je crois qu'il n'y a que les Monsieur Pauwels pour ne pas se poser des questions et ne pas avoir honte.

Si ce Monsieur Pauwels avait un quelque chose d'un journaliste, ou que dis-je, un brin d'humanité, aurait profité des articles bien malheureux de Repubblica (bon canard de gauche, que je persiste à lire, qui se transforme pourtant en infâme bulletin du nettoyage au karcher dès qu'il s'agit de parler de la criminalité du sud de l'Italie) il aurait profité de l'occasion, disais-je, pour s'interroger en bon journaliste sur les maintes contradictions de la société italienne. Des jeunes au casier vierge accusés à cause de leurs parents et de leur ville d'origine, d'autres jeunes du sud considérés comme devant être des "modèles" parce qu'ils jouent au foot: il y avait de quoi faire un joli sujet de réflexion sur l'italie contemporaine. Mais c'est vrai qu'il est tellement plus facile de ne pas réflechir.

Est-ce que Monsieur Pauwels trouverait "plein de sens" le fait d'avoir les flics et la DIA aux trousses ou son téléphone sous écoute pour la seule raison que son père voire son grand-père a été condamné ? Les gens qui évitaient les flics ou les soldats en France en 1944 pour la seule raison qu'ils avaient un mauvais nom de famille, M. Pauwels trouve cela plein de sens aussi par hasard ?

Et d’ailleurs : est-ce que M. Pauwels s'est au moins demandé quel était le délit dont on accuse le père de l'ami de Miccoli? J'entends, pas le délit de "mafia" : je ne parle d'un délit existant dans le code pénal français, genre homicide, racket, etc. Peut-être que M. Pauwels ne l'a pas remarqué, mais Repubblica, tout comme la plupart des quotidiens italiens, ne mentionne que très rarement les "autres" délits pour lesquels l'on condamne les mafieux : "mafieux" suffit. Et cela est d'ailleurs, formellement, vrai, puisque le délit d' "association mafieuse" existe INDEPENDEMMENT de tout autre délit. Si je déclare que je suis mafieux, c'est-à-dire que je fais partie de l'"association" secrète "mafia" ou assimilées, c'est techniquement le 41bis direct, même si je n'ai rien volé ni tué personne. Et bien sûr, on va me soupçonner un peu plus d'association mafieuse si je viens de Casal di Principe ou de Rosarno, et un peu moins si je m'appelle Furlan et que je viens d'Udine, pour peu ou beaucoup que je puisse dealer ou tuer.

Si l'on exclut les gens condamnés "seulement" socialement ou à être pistés par les flics parce que petits-fils ou amis de, il est vrai que pour le reste la plupart - la plupart - des gens condamnés dans les tribunaux pour mafia restent des criminels par ailleurs, dieu merci,

mais

l'existence même d'un délit d'association mafieuse indépendante de tout délit, délit géré par un tribunal spécial dépendant directement du premier ministre et relevant d'un code pénal spécial plusieurs fois condamné par l'union européenne

-- ainsi que l'existence d' "affaires" sans aucune pertinence pénale et carrément ahurissantes telles que celle en question "concernant" Miccoli,

tout cela, disais-je, devrait soulever des questions intelligentes dans un canard "intelligent" tel que sofoot, et non pas donner l'impression de lire la Libre Parole en 1920.

La plupart -- la plupart -- des gens condamnés pour mafia sont condamnés aussi pour d'autres délits, oui -- encore heureux -- mais cela veut dire DANS LES FAITS que si je deale de la drogue à Milan je choppe 5 ans, et que si je deale la même drogue dans une cité de Bari j'en chope 15. Le problème n'est pas que les "mafieux" commettent des délits (on en aurait presque oublié que, tout comme les cités, l'échec scolaire, le chômage, des délits comme dealer, racketter, tuer, maquereauter, ce sont des délits qui existent malheureusement dans toute société normale et donc dans tout code pénal normal): le problème se pose dès qu'on rajoute une étiquette pseudo-pénale pour distinguer, et punir plus lourdement, les mêmes délits s'ils sont commis par des gens du sud. Ce ne devrait pas être pas la peine de le rappeler, mais rappelons quand même (M. Pauwels oblige) qu'il n'y rien - rien - qui distingue les "bandes" de Rome genre la bande de la Magliana des bandes de dealers de Naples, ni rien qui distingue les "brigands" sardes de leurs équivalents calabrais, sinon la position géographique, et partant l'étiquette (d'abord politique et journalistique, ensuite pénale) de "mafia".

Par ailleurs, pour rappel : si je suis condamné pour mafia et que je refuse de me « repentir », c’est le 41bis direct

(tout mes biens bloqués avant le début même du procès et ôtés définitivement après la première condamnation, cellule de 6 m2, pas de rencontres, pas de télé, pas de visites de la famille, lettres censurés) ;

par contre, si je me « repentis » (traduction : si je donne des noms, pour peu qu’on puisse vérifier mes dire) disais-je, si je me repentis, alors c’est la liberté et une nouvelle identité avec un vrai boulot, puissé-je avoir tué des flopées d’autres mafieux. Et d’ailleurs, des mafieux morts, ça s’éponge comme de la craie : ce n’est pas des « vrais morts », des citoyens morts, ce n’est pas celles que l’on appelle justement « victimes INNOCENTES de la mafia ».

Bon, ça va, je me suis défoulé sur le pauvre Pauwels. Je l'avais mauvaise, mais il y a de quoi avec ce genre d'articles.

Bonne nuit et bisous.

Ah oui, j'oubliais: forza Miccoli, tiens bon

Message posté par antonio
Je ne poste pas souvent, mais enfin.

C'est avec plaisir que j'annonce à Monsieur Pauwels que dans les pays civilisés, avec un code pénal conséquemment civilisé (genre Beccaria, Voltaire, Montesquieu, Manzoni, Sciascia, tu vois, cher Pauwels ?) les délits restent individuels et -- c'est malheureux, je sais: ce serait tellement plus pratique -- ils ne se propagent donc pas par voie familiale. En quoi être fils voire petit-fils de quelqu'un de condamné pour un quelconque délit devrait avoir une quelconque pertinence ? Et d'ailleurs, en quoi doit-on rendre compte du fait que l'on veuille communiquer avec son père, qu'il soit en cavale ou pas ?

De la même façon, depuis quand, de grâce, doit-on rendre compte de ses liens D'AMITIE, si le mot amitié a encore un sens ? Rien ne m'empêche d'être ami de quelqu'un qui a été condamné par la loi, dieu merci, et il paraît même que les vrais amis se reconnaissent dans les moments les plus durs, comme justement la case prison, surtout si c'est au régime 41bis. Mais alors là, devoir justifier ses liens d'amitiés avec des gens avec le casier judiciaire vierge, "accusés" seulement d'avoir de la famille (un père, voire un grand-père) en prison, je crois qu'il n'y a que les Monsieur Pauwels pour ne pas se poser des questions et ne pas avoir honte.

Si ce Monsieur Pauwels avait un quelque chose d'un journaliste, ou que dis-je, un brin d'humanité, aurait profité des articles bien malheureux de Repubblica (bon canard de gauche, que je persiste à lire, qui se transforme pourtant en infâme bulletin du nettoyage au karcher dès qu'il s'agit de parler de la criminalité du sud de l'Italie) il aurait profité de l'occasion, disais-je, pour s'interroger en bon journaliste sur les maintes contradictions de la société italienne. Des jeunes au casier vierge accusés à cause de leurs parents et de leur ville d'origine, d'autres jeunes du sud considérés comme devant être des "modèles" parce qu'ils jouent au foot: il y avait de quoi faire un joli sujet de réflexion sur l'italie contemporaine. Mais c'est vrai qu'il est tellement plus facile de ne pas réflechir.

Est-ce que Monsieur Pauwels trouverait "plein de sens" le fait d'avoir les flics et la DIA aux trousses ou son téléphone sous écoute pour la seule raison que son père voire son grand-père a été condamné ? Les gens qui évitaient les flics ou les soldats en France en 1944 pour la seule raison qu'ils avaient un mauvais nom de famille, M. Pauwels trouve cela plein de sens aussi par hasard ?

Et d’ailleurs : est-ce que M. Pauwels s'est au moins demandé quel était le délit dont on accuse le père de l'ami de Miccoli? J'entends, pas le délit de "mafia" : je ne parle d'un délit existant dans le code pénal français, genre homicide, racket, etc. Peut-être que M. Pauwels ne l'a pas remarqué, mais Repubblica, tout comme la plupart des quotidiens italiens, ne mentionne que très rarement les "autres" délits pour lesquels l'on condamne les mafieux : "mafieux" suffit. Et cela est d'ailleurs, formellement, vrai, puisque le délit d' "association mafieuse" existe INDEPENDEMMENT de tout autre délit. Si je déclare que je suis mafieux, c'est-à-dire que je fais partie de l'"association" secrète "mafia" ou assimilées, c'est techniquement le 41bis direct, même si je n'ai rien volé ni tué personne. Et bien sûr, on va me soupçonner un peu plus d'association mafieuse si je viens de Casal di Principe ou de Rosarno, et un peu moins si je m'appelle Furlan et que je viens d'Udine, pour peu ou beaucoup que je puisse dealer ou tuer.

Si l'on exclut les gens condamnés "seulement" socialement ou à être pistés par les flics parce que petits-fils ou amis de, il est vrai que pour le reste la plupart - la plupart - des gens condamnés dans les tribunaux pour mafia restent des criminels par ailleurs, dieu merci,

mais

l'existence même d'un délit d'association mafieuse indépendante de tout délit, délit géré par un tribunal spécial dépendant directement du premier ministre et relevant d'un code pénal spécial plusieurs fois condamné par l'union européenne

-- ainsi que l'existence d' "affaires" sans aucune pertinence pénale et carrément ahurissantes telles que celle en question "concernant" Miccoli,

tout cela, disais-je, devrait soulever des questions intelligentes dans un canard "intelligent" tel que sofoot, et non pas donner l'impression de lire la Libre Parole en 1920.

La plupart -- la plupart -- des gens condamnés pour mafia sont condamnés aussi pour d'autres délits, oui -- encore heureux -- mais cela veut dire DANS LES FAITS que si je deale de la drogue à Milan je choppe 5 ans, et que si je deale la même drogue dans une cité de Bari j'en chope 15. Le problème n'est pas que les "mafieux" commettent des délits (on en aurait presque oublié que, tout comme les cités, l'échec scolaire, le chômage, des délits comme dealer, racketter, tuer, maquereauter, ce sont des délits qui existent malheureusement dans toute société normale et donc dans tout code pénal normal): le problème se pose dès qu'on rajoute une étiquette pseudo-pénale pour distinguer, et punir plus lourdement, les mêmes délits s'ils sont commis par des gens du sud. Ce ne devrait pas être pas la peine de le rappeler, mais rappelons quand même (M. Pauwels oblige) qu'il n'y rien - rien - qui distingue les "bandes" de Rome genre la bande de la Magliana des bandes de dealers de Naples, ni rien qui distingue les "brigands" sardes de leurs équivalents calabrais, sinon la position géographique, et partant l'étiquette (d'abord politique et journalistique, ensuite pénale) de "mafia".

Par ailleurs, pour rappel : si je suis condamné pour mafia et que je refuse de me « repentir », c’est le 41bis direct

(tout mes biens bloqués avant le début même du procès et ôtés définitivement après la première condamnation, cellule de 6 m2, pas de rencontres, pas de télé, pas de visites de la famille, lettres censurés) ;

par contre, si je me « repentis » (traduction : si je donne des noms, pour peu qu’on puisse vérifier mes dire) disais-je, si je me repentis, alors c’est la liberté et une nouvelle identité avec un vrai boulot, puissé-je avoir tué des flopées d’autres mafieux. Et d’ailleurs, des mafieux morts, ça s’éponge comme de la craie : ce n’est pas des « vrais morts », des citoyens morts, ce n’est pas celles que l’on appelle justement « victimes INNOCENTES de la mafia ».

Bon, ça va, je me suis défoulé sur le pauvre Pauwels. Je l'avais mauvaise, mais il y a de quoi avec ce genre d'articles.

Bonne nuit et bisous.

Ah oui, j'oubliais: forza Miccoli, tiens bon



Mec, rien que parce que ton message est presque aussi long que l'article, tu mérites un +1
Lasourceprochedudossier Niveau : CFA2
La seule différence c'est que j'ai réussi à finir l'article. Si l'on veut faire un "vrai" article sur la mafia, je pense qu'il doit falloir quelques années, une bonne protection et beaucoup de chance. Et ne pas être journaliste sportif. C'est pas trop ton boulot ce milieu là.
Toofos
Merci pour ton post, cher Antonio !!

Bacetti, frate ! :-D
merci!
même si on ne dirait pas, je suis toujours là, et vous lis toujours aussi passionnément

à la prochaine!
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