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Metz, un début de saison mi-figue mirabelle

Six points sur neuf possibles en trois journées, soit autant que le Paris Saint-Germain. En cette saison de remontée, le FC Metz a déjà réussi une chose: ses débuts. Pourvu que ça dure, car il est tout de même un peu inquiétant.

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Yann Jouffre. Renaud Cohade. Mevlüt Erding. Franck Signorino. Benoît Assou-Ekotto. Milan Biševac. Le recrutement estival du FC Metz suit une ligne directrice : du vétéran aguerri aux joutes de Ligue 1, et dans chaque ligne, qui plus est. Associé à ces messieurs, de jeunes promesses issues de Ligue 2, comme Simon Falette (le défenseur central gaucher adroit et véloce de Brest), Florent Mollet (le milieu à tout faire – le fameux roux de secours – de Dijon puis Créteil) ou Opa Nguette (l’ailier virevoltant et déstabilisant de Valenciennes), et des espoirs venus du coin (Gauthier Hein), du Luxembourg (Vincent Thill) ou du Sénégal (Ismaïla Sarr). Cohérent et complet, ce recrutement a dans un premier temps rassuré les différents topics du forum local et/ou les supporters du club mosellan. Dans un second, celui de trois journées et d’un premier bilan, il s’est montré généreux au classement, avec 6 points glanés sur les terrains de Ligue 1, enfin seulement sur la pelouse de Saint-Symphorien en fait, mais un peu inquiétant en matière de jeu à proprement parler. En effet, le FC Metz a commencé sa saison par une victoire aussi mentale que vernie face à Lille. Menés 1-0, les Messins sont remontés au score. Menés 2-1, les Messins sont remontés au score. Enfin, sur un second penalty, les Messins ont arraché la gagne face à des Lillois coupables, selon les dires de leur propre Frédéric Antonetti d’entraîneur, « d’avoir trop joué à la baballe » .

Un recrutement prometteur, un équilibre à trouver


Le FC Metz, lui, ne joue pas à la baballe. Il souffre, défend, s’applique, fait ce qu’il peut devant et marque sur coups de pied arrêtés (quatre de ses cinq buts depuis le début de saison, deux pénos et deux têtes de ses défenseurs centraux sur coup franc). Le projet de jeu est encore balbutiant, même si la présence de Renaud Cohade fait déjà beaucoup de bien. Un peu plus haut, celle de Yoan Jouffre également, que ce soit dans la fluidité comme le sens des échanges messins en milieu de terrain, même si ce dernier s’est déjà retrouvé baladé sur l’aile en l’absence de Kevin Lejeune (et du fait du non-remplacement du meilleur joueur lors de la saison dernière, Yeni N’Bagokoto). Au départ, Jouffre avait signé pour occuper l’axe du 4-2-3-1 choisi par Philippe Hinsberger, l’entraîneur grenat. Aussi, l’ancien Lorientais n’a pas tardé à se montrer un poil frustré de son positionnement sur le côté dès la fin du deuxième match, contre le PSG. Contre le méga-favori du championnat, Metz n’a pas vraiment existé, mais n’a pas non plus tout à fait démérité, se procurant quelques vraies occasions, mais son bloc défensif a explosé comme jamais, laissant aux Parisiens plus de libertés qu’à l’accoutumée, en tout cas en Ligue 1. Placé sur l’aile gauche, Jouffre a dû, à l’image de toute son équipe, se contenter de miettes et de défendre. Enfin d’essayer. Dès le match suivant contre Lille, le second de la saison à domicile, les Messins ont renouvelé avec les joies du winning-ugly. Sans Yann Jouffre et contre le « cours du jeu » , Metz l’a emporté 2-0 contre Angers, faisant dire cette fois à l’entraîneur adverse que « Metz n’a pas volé sa victoire, mais c’est un véritable hold-up » (on demandera un jour à Stéphane Moulin qu’est-ce qu’un hold-up si ce n’est un vol, c’est promis). Nouvelle victoire messine donc, mais nouvelle victoire à la Robert Pirès, pardon, à la Robert Pyrrhus.

Metz déjà en d’Angers ?


Car si les trois points, l’essentiel, sont bien là, le fonds de jeu inquiète. En vrac, les critiques entendues sont radicales : l’impression de s’être fait dominer toute la partie, avec un bloc trop bas et trop passif, et un jeu offensif limité à quatre passes consécutives maxi. Erving a dû, seul devant, trouver le temps long comme les ballons. En l’absence de Jouffre, Renaud Cohade a dû évoluer un cran plus haut, en dix, se retrouvant vite isolé et en manque de solution. Du coup, un cran plus bas, le milieu s’est retrouvé sans Cohade ni sens du jeu, et la paire Doukhouré-Madjeck a fait dans le redondant. Très vite, c’est tout le 4-2-3-1 qui a cruellement manqué d’idées, puis de percussion, notamment avec la faillite des milieux excentrés (Mollet n’étant pas un spécialiste du poste et Nguette étant encore irrégulier, et bien ciblé par la défense d’Angers). Sur le banc, le jeune Ismaïla Sarr entre bien et enflamme chaque match messin depuis le début de saison, mais il est sans doute encore trop tendre et surtout trop peu discipliné pour défendre, donc commencer les matchs. De fait, quand l’édifice messin semble devoir attendre le retour de Kevin Lejeune, blessé, pour s’équilibrer, on se dit là qu’il y a effectivement peut-être de quoi s’inquiéter. D’autant que pour les plus pessimistes, si les scores des trois premiers matchs devaient refléter leur physionomie, Lille aurait dû gagner 4-1, Paris 6-2 et Angers 2-0. Ce n’est pas tout à fait faux, mais de l’autre côté, Metz a su faire preuve d’abnégation, de réalisme et d’efficacité. Alors pourquoi, après six points en trois journées, un promu se permet de faire la fine bouche et râler ?

Le spectre de la dernière saison en Ligue 1


Pourquoi ? Parce qu’il y a un précédent. L’exercice 2014-2015, ou la dernière saison parmi l’élite. Après un recrutement made in Ligue 1 (Romain Rocchi, Modibo Maiga, Florent Malouda), le début de saison lorrain fut très enthousiasmant d’un point de vue comptable (après trois victoires consécutives et huit journées, Metz était bien installé dans le premier tiers du classement), bien qu’un peu moins au niveau du jeu. Ça ne vous rappelle rien ? Sauf que de la 13e à la 31e journée, Metz a connu une série de dix-huit matchs sans victoire, qui l’a bien évidemment condamné à retrouver la Ligue 2. Forcément, ce souvenir hante encore les supporters grenat, et justifie les inquiétudes qui semblent d’un coup moins paradoxales par rapport au bilan comptable. Sauf que le mal du FC Metz ne vient pas de cette seule saison 2014-15, mais de bien plus loin. D’une grosse dizaine d’années à faire l’ascenseur, descendant même jusqu’à l’étage National. Comme l’a cet été expliqué Philippe Hinsberger, qui connaît bien l’histoire du club, l’idée est avant tout d’arrêter de faire le yo-yo pour se maintenir en première division, et si possible sur la durée, comme à l’époque où personne ne se posait la question de savoir si Metz y avait sa place, tant tout le monde était habitué à sa présence. Pour ce faire, il faut donc recommencer par les bases, reconstruire des fondations solides, et engranger des points. La manière pour y arriver importe peu, mais le plan, on en revient au recrutement, paraît quant à lui cohérent. Une défense sereine (on attend les apports de Biševac et Assou-Ekotto), un milieu d’expérience capable d’assurer la dernière passe et/ou sur coup de pied arrêté (Cohade, Jouffre, Lejeune, Mollet), un renard devant (Erding) et des jeunes pousses prêtes à s’intégrer au fur et à mesure (c’est justement pour laisser la place à Sarr, Nguette, Thill ou Hein que N’Gbakoto n'a finalement pas été remplacé). Ce n’est pas Byzance, ça demandera sans doute une belle part de chance, mais c’est déjà pas mal vu l’état dans lequel était la maison FC Metz. Il suffit de remonter au printemps dernier, quand personne ou presque ne l’imaginait remonter de Ligue 2. Donc, pour ce qui est de la déco, de la possession de balle, du tiki-taka, des dorures ou des exploits individuels, Metz verra tout ça plus tard. 5-7, c’est pas (encore) la Ligue des champions.



Par Simon Capelli-Welter
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