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« Messi ne fait pas 1m90 non plus ! »

Après plus de 5 ans dans le Golfe, Baky Koné fait son retour en France. Pas en Ligue 1, mais au Paris FC, lanterne rouge de l'échelon inférieur, où l'attaquant compte bien faire des miracles. Entre amour de Gourcuff, tampon de Lloris et Josh Groban, entretien petit mais costaud avec Baky, le vrai.

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Voilà maintenant quelques semaines que vous êtes arrivé au PFC. Comment vous vous sentez ?
Je me sens très bien ! L’intégration s’est très bien passée, ils m’ont bien accueilli, avec beaucoup de joie et de respect. Je suis content, c’est comme si je faisais partie de cette équipe depuis longtemps. Ils connaissent mon parcours. Et je suis content d’être avec eux, car je peux apporter mon vécu, mon expérience. Quand il y a des conseils à donner, je les donne, et surtout, je vois qu’ils sont réceptifs. C’est le plus important.

Pourquoi avoir choisi le PFC ?
C’est surtout par rapport au challenge. J’aurais pu rester dans le Golfe, j’ai également eu des propositions ici. Mais c’est mon choix, et comme je l’ai toujours fait, j’assume mes choix. Il y a un défi qui se présente devant moi, et je suis un homme à défi. Je vais tout faire pour aider le club à se maintenir.

« Le Havre, j’y suis allé pour retrouver un peu le terrain, car ça faisait pas mal de temps que je n’avais pas touché le ballon et je venais de sortir d’un mois de ramadan qui était un peu dur. »

Vous y croyez encore avec une seule victoire depuis le début de la saison ?
Il y a encore des matchs ! Tant que ce n’est pas mathématiquement fini, il y a de l’espoir ! On bosse à l’entraînement, on se donne les moyens pour réussir. Et si ce n’est pas facile, il y a encore la possibilité de le faire.

Pour l’instant, vous n’avez joué que 40 minutes (deux entrées en cours de match, ndlr). Quelles sensations avez-vous eues ?
Ça va. Je manque un peu de rythme, mais je me sens beaucoup mieux maintenant. L’entraîneur fait ses choix, moi je suis là pour aider. Mais on s’entraîne tous dans la même logique, pour avancer et tirer l’équipe vers le haut.


En juillet dernier, vous passiez un essai au Havre. Auriez-vous pu signer là-bas ?
À chaque fois, on me dit que j’ai fait un essai, mais il faut que je recadre un peu tout ça. J’y suis allé pour retrouver un peu le terrain, car ça faisait pas mal de temps que je n’avais pas touché le ballon et je venais de sortir d’un mois de ramadan qui était un peu dur. Donc ça m’a permis de toucher le ballon. J’ai passé juste une semaine là-bas, c’était bien, mais c’était juste pour ça. La signature n’a jamais été évoquée, j’avais juste la possibilité de m’entraîner. Et dès le départ, il n’y a pas eu discussion dans ce sens-là avec mon agent.


Pour revenir à vos débuts, vous êtes pensionnaire de l’académie Jean-Marc Guillou à Abidjan, aux côtés de grands noms du football ivoirien…
Oui, il y avait Kolo Touré, Zokora, Yapi-Yapi, Aruna Dindane... Je peux en citer encore, y en avait 27 (rires) !




Et tous ces gens-là sont partis plus tôt que vous vers l’Europe. Avez-vous eu peur de rester à quai ?
Il fut un moment où j’ai eu cette crainte de ne pas pouvoir partir, parce qu’à chaque fois que je voyais les autres partir, je me disais : «  À quand mon tour ? » Donc ça m’a poussé à travailler encore plus et à me surpasser. Je bossais encore plus que le les autres, car on me disait à chaque fois : « Ta taille, ta taille… » Je n’ai pas la taille; mais je peux vous montrer d’autres choses.

« La philosophie de Gourcuff, c’était également celle de l’académie de Jean-Marc Guillou, donc ça n’a pas été trop difficile pour lui de m’emmener dans cette direction-là. »

Finalement, vous quittez la Côte d’Ivoire pour le Qatar. Pourquoi ce choix ?
Tout simplement car je n’avais pas d’autres possibilités ! Mes collègues étaient physiquement plus grands et costauds, les recruteurs disaient : « On a besoin d’un attaquant grand de taille. » Ils se basaient uniquement là-dessus. Et ça a été une motivation pour moi de montrer que la taille ne faisait pas tout. Aujourd’hui, on le voit. Messi, il fait pas 1m90, hein ! On a aussi nos qualités, et puis comme je le dis souvent, j’ai aussi marqué des buts de la tête ! Donc le Qatar, je n’ai pas hésité. Je me suis dit : « Je pars dans un pays que je ne connais pas, je sors de la Côte d’Ivoire et il va falloir que je montre encore à d’autres personnes qu’elles ont bien fait de me prendre.  » J’ai fait 6 mois là-bas, j’ai eu la chance de tomber sur Christian Gourcuff, qui m’a ensuite ramené à Lorient. C’est même sa mère qui a fait mon visa !

Cela marque le début d’une longue relation entre Christian Gourcuff et vous ?
Ça a tout de suite collé entre lui et moi. C’est quelqu’un d’humainement très simple et humble. Et en plus, c’est un très bon coach, un visionnaire. Il sait très bien quand il a un joueur en face de lui ce qu’il doit faire pour l’utiliser. Et ça a été mon cas. Je suis très content d’avoir croisé son chemin, car il m’a vraiment aidé à franchir des paliers. Je me souviens encore de ses conseils, de ce qu’il m’a montré. Sur ma vision du jeu, ma façon de bouger, les petites passes… Il l’a toujours fait avec ses équipes, et surtout Lorient, qui suit encore sa philosophie. C’était également la philosophie de l’académie de Jean-Marc Guillou, donc ça n’a pas été trop difficile pour lui de m’emmener dans cette direction-là.

Et de vous faire venir à Lorient
Les débuts ont été difficiles également là-bas, avant même que je signe. Y avait encore ce doute pour me faire signer. Les dirigeants lorientais étaient… Ils doutaient de ce que je pouvais faire. Y a même quelqu’un, que je ne citerai pas, qui a dit : « Je ne vois pas ce que le coach voit en toi pour te faire signer, mais bon…  »

Un dirigeant ou quelqu’un en charge du sportif ?
Oh… Quelqu’un du club (rires). J’ai donc failli ne pas signer, mais j’ai eu des encouragements et l’envie d’aider le coach à leur montrer qu’il n’avait pas tort. Je l’ai prouvé, et à ces gens-là que l’habit ne fait pas le moine.

Le fait d’arriver à Lorient, cela a été plus facile que si vous aviez atterri dans un autre club ?
Oui, clairement. Ça m’a facilité les choses. Je connaissais le coach, j’avais confiance en lui et je pouvais être serein. Aujourd’hui encore, je me battrais pour lui, car il m’a ouvert sa porte, ce monde-là. Je ferais n’importe quoi pour lui. Même blessé, malade, s’il me demande de jouer, je joue (rires) ! Et ça a été le cas. La deuxième année à Lorient, à l’hiver, j’avais la possibilité de signer dans pas mal de clubs de Ligue 1, et j’ai demandé sa permission. Il m’a dit qu’il avait besoin de moi et je suis resté, car l’équipe était relégable. Je suis resté pour lui. Et j’ai bien fait. On se sauve, je finis meilleur joueur, meilleur buteur.

Et lors de votre départ, c’est Gourcuff qui vous donne son accord ?
Il n’y avait pas que lui. Tout le club m’a fait une très belle surprise à la fin du dernier match de la saison. C’était une très belle fête d’au revoir, et je n’oublierai jamais ce moment-là. Je lui ai dit merci, il m’a dit merci.

Passer d’Abidjan au Qatar, puis à la France... Vous n’avez pas eu de mal à vous faire à tous ces modes de vie ?
Je suis d’une famille très modeste, et j’ai toujours cette logique de simplicité de la vie. Donc je ne me prends pas la tête, et quand tu ne te prends pas la tête, tout est plus facile pour toi. Je suis resté comme tout petit, et ça m’a permis de rencontrer toutes les bonnes personnes autour de moi qui m’ont facilité l’intégration. Au Qatar, c’était bizarre, par rapport à la langue, je ne connaissais personne. Mais je rencontre le coach, je mangeais chez lui avec sa famille. Imaginez, je mangeais chez le coach, il m’amenait à l’entraînement… Et puis j’ai rencontré d’autres collègues ivoiriens là-bas, donc ça a facilité les choses.

Finalement, vous choisissez Nice en 2005. Il n’y avait pas d’autres clubs à l’affût ?
Non, c’était essentiellement pour le challenge et le fait d’avoir eu une bonne discussion avec Antonetti. Il partait dans la même logique que Guillou et Gourcuff, et donc, je ne me suis pas posé de question. Je fais mes choix au feeling. Que ce soit Guillou, Gourcuff, Antonetti ou Gerets, c’étaient des entraîneurs pour lesquels j’étais prêt à aller au combat, n’importe quand. Antonetti, c’est quelqu’un que je respecte énormément. C’est un entraîneur de valeur, avec lequel on a passé de très bons moments. Et il ne lâche rien. Il a son caractère, mais il est comme ça, et je l’aime comme ça (rires). On le voit crier, mais faut voir ce qu’il y a derrière. Il a tout l’amour des joueurs, du foot, l’amour de ce qu’il fait. Il ne cache pas ce qu’il ressent. Vaut mieux avoir un entraîneur comme ça qu’un coach qui ne vous dit rien et qui vous fait un sale coup derrière. Il a su donner ce plus-là à mon envie de ne rien lâcher. Il y a des fois où ça n’allait pas, mais il m’a toujours accordé sa confiance, on a toujours parlé.

À Nice, vous découvrez aussi le stade du Ray…
Oh oui ! C’est un public magique. Ils ont l’amour du foot et du club. Aujourd’hui, quand je retourne à Nice, ils sont contents de me revoir et moi aussi. On se repasse les bons moments. Ils m’ont aimé dès l’arrivée, et j’ai toujours donné le meilleur de moi-même, je n’ai jamais triché. On peut me reprocher des choix ou des actions sur le terrain, mais jamais de ne pas avoir donné le meilleur de moi-même.

Vous gardez un bon souvenir de cette équipe ?
Oui, à Nice, on était une bande de copains, entre Sammy Traoré, Abardonado, Balmont, Rool, Laslandes… C’était une bande d’amis, entre expérimentés et jeunes joueurs qui avaient envie d’avancer. On passait notre temps à rigoler, mais dès qu’on entrait sur le terrain… On pouvait fermer les yeux, aller au combat, tout en sachant qu’il n’y en avait pas un qui allait lâcher. Si quelqu’un prenait un coup devant, derrière le mec en prenait deux. On était des fous. Avec Antonetti derrière en plus…

En 2008, c’est le grand bond pour l’OM. Qui vous convainc de rejoindre Marseille ?
C’est Gerets (rires) ! Et Pape Diouf. Bien avant qu’il soit président de l’OM, je le connaissais. J’avais beaucoup d’estime pour lui. Mais Gerets m’avait appelé, et il y a eu ce feeling. Il voulait me faire avancer. Je me souviens très bien qu’il a dit : « Si je n’ai pas Baky, je ne prendrai pas d’autres joueurs. » Donc ça m’a aidé à pouvoir signer à Marseille. Et ce n’est pas un petit club ! Il y a beaucoup de pression, d’attentes, c’était un challenge à relever. Je suis content d’avoir passé de belles années là-bas, avec le titre, la Coupe.


Vous faites une très bonne première saison, mais les suivantes sont plus compliquées, notamment avec les blessures, puis la concurrence.
Oui, j’ai eu pas mal de blessures, surtout la seconde année, mais ça ne m’a pas empêché de jouer. Mais j’ai toujours serré les dents, pour donner le maximum et aider à remporter le championnat. La troisième année, il y avait plus de roulements, mais on avait aussi plus de compétitions à jouer. Donc la concurrence entre les attaquants était là. Je suis pour la concurrence saine, et c’était le cas à Marseille. On était tous présents et prêts à jouer. Y avait Brando, Niang, Hatem… Ensuite, avec Deschamps, je n’ai pas forcément eu le même feeling qu’avec les autres. C’est un entraîneur dont je respecte le palmarès, mais il n’y avait pas ce même rapport. Mais ce n’est pas possible avec tout le monde. On a été professionnels jusqu'à bout, on a remporté des trophées, et puis ensuite, j’ai fait un autre choix de carrière. Que j’assume encore, une fois de plus (rires).

Avant d’évoquer le retour au Qatar, il y a aussi un gros tampon que vous met Hugo Lloris
J’ai encore un petit trou dans la tête à cause de son coup de genou (rires). Non, je rigole, mais c’est un ancien collègue de Nice, un ami. Donc je ne crois pas, contrairement à ce que certaines personnes ont pu dire, qu’il l’ait fait exprès pour me faire mal. Mais ça a été un sacré coup quand même ! Je ne me souviens de rien, mais apparemment, ils n’arrivaient pas à me tenir dans l’ambulance. Ils se sont mis à 4 pour me tenir (rires). Je me suis réveillé à l’hôpital, et je ne comprenais rien à ce que je faisais là-bas. Quand j’ai retrouvé mes esprits, je m’en suis souvenu un peu, mais même en revoyant les images, j’arrivais à peine à revivre ce moment-là… Ce sont des choses qui arrivent, mais malheureusement, c’est tombé sur moi (rires).


Pourquoi ce choix de partir au Qatar à ce moment-là ?
Pour le défi. C’était une équipe qui venait de monter en 1re division, avec de jeunes joueurs locaux et français. Djamel Belmadi était entraîneur, il avait un grand projet. Il voulait remporter le championnat, joueur la Ligue des champions, et moi, ça m’a plu. Au départ, c’était difficile, mais on a fini champions dès la première année, je finis meilleur joueur, on gagne encore le titre la saison suivante. C’était une très belle expérience, c’est à vivre. Quand je suis arrivé là-bas, il n’y avait même pas de vestiaires, de banc pour s’asseoir. Alors qu’aujourd’hui, quand tu vois le club… Ils ont un stade qui est mieux que beaucoup de stades ici, un centre d’entraînement magnifique. Et je suis content d’avoir contribué à aider ce club à être là où il est aujourd’hui.

Donc pas du tout par appât du gain ?
Je l’ai beaucoup entendu, mais comme je l’ai beaucoup dit, même si certains vont rigoler, j’aurai pu rester à Marseille pour la même chose, voire plus… Ça n’avait pas grand-chose à voir avec l’argent. Et puis je connaissais déjà le Qatar, je ne partais pas en terre étrangère. Même si ça avait beaucoup changé entre-temps (rires)… Ils avaient construit de partout ! C’est un pays, tu pars 3 ans, tu reviens, et ce n’est plus le même pays. Mais le cadre de vie est super là-bas. C’est sécurisé, très calme, donc j’étais tranquille. Et puis cette fois-ci, je suis parti avec ma famille. Après, il m’a manqué certaines choses, comme pouvoir parler aux supporters, le manque de monde dans les stades… C’est aussi ces raisons qui m’ont poussé à revenir.

Il y a aussi un écart de niveau physique et technique, non ?
Il y a un écart, c’est sûr. Mais ce que j’explique aux gens, c’est qu’au Qatar, quand on gagne, c’est l’équipe, quand tu perds, c’est à cause de l’attaquant. Et les dirigeants peuvent te mettre à l’écart rapidement. Donc tu as un souci de performance assez élevé, et tu te dois sans cesse être prêt. Tu n’as pas le droit d’être malade, pas le droit d’être blessé. Si tu te blesses deux semaines, ça va murmurer dans ton dos et préparer quelqu’un pour prendre ta place. La deuxième année là-bas, j’ai eu quelques blessures, mais comme j’avais de très bonnes relations avec les dirigeants, ça allait. Et c’est aussi pour ça que je suis resté 5 ans là-bas. Mais ce n’était pas pour me laver les mains, prendre des sous. D’autant que là-bas, quand on te donne des sous, on te saigne jusqu’à la fin. Donc si tu n’es pas exigeant, que tu prends 5 kilos en plus, on te met à l’écart.

Sinon Baky, on vous a souvent vu jouer avec les chaussettes baissées…
C’est un choix (rires) ! Depuis tout petit, j’ai toujours joué comme ça. J’ai une gêne à mettre les chaussettes jusqu’au genou. J’aime sentir ce petit vent, cette liberté, ne pas me sentir enfermé… Même en hiver, quand on me donne des manches longues, je préfère rester en manches courtes. Sinon, je ne me sens pas ! C’est un truc assez personnel, je ne saurais pas l’expliquer, mais c’est juste comme ça !

Pour finir, vous écoutez toujours les Garagistes d’Abidjan dans votre voiture ?
Pas que les Garagistes (rires) ! Et puis ça dépend des moments. Parfois, j’écoute énormément de zouglou, les Garagistes et plein d’autres artistes ivoiriens, du coupé décalé. Et puis à d’autres moments, j’écoute de la musique douce, de l’opéra…


Et là, vous êtes dans quelle période ?
Là, c’est coupé décalé et du zouglou (rires) ! Mais quand je veux être plus tranquille, j’écoute du Josh Groban, des chanteurs comme ça pour souffler, retrouver mes esprits, avoir le corps en harmonie, me sentir en liberté.

Un peu comme pour les chaussettes baissées donc ?
Et oui (rires) !

Propos recueillis par Raphaël Gaftarnik
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