Meridian Brothers : « En Colombie, mieux tu joues au foot, plus tu es une bonne personne »

Tête pensante des excellents Meridian Brothers (dont le nouvel album, Salvadora Robot, sort le 9 juin), Eblis Alvarez parle de sa relation au football colombien, des gangs, de son intérêt pour la Coupe du monde et de sa passion absolue pour Maradona. Un homme de goût, en quelque sorte.

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Pour commencer, quel est ton rapport au foot ?
C’est vraiment très basique. C’est avant tout la passion de mon père, à vrai dire. Mais j’en ai un peu hérité, même si je ne suis pas les résultats au quotidien et que je ne supporte pas vraiment une équipe. Ce que je préfère, c’est jouer !

Dans un club ou avec des amis ?
Adolescent, je jouais beaucoup, pour ne pas dire tout le temps, avec mes amis. À présent, je continue de jouer, mais ce n’est plus aussi souvent. Malheureusement.

Tu es originaire de Bogota. Le football y est-il important ?
Oui, totalement. Le football a un réel impact sur les gens ici. La plupart des Colombiens supportent d’ailleurs un club au quotidien et ont même une vision quasiment spirituelle du football. Ça fait vraiment partie de leur vie.

Comment expliques-tu cette connexion ?
Je pense que ça fait partie de l’éducation de la majorité de la population colombienne. Et ça se ressent encore plus à Bogota. Très jeune, on est orienté vers ce sport. On a presque l’impression que, mieux tu joues au foot, plus tu es une bonne personne. Ça peut paraître fou, mais c’est la stricte réalité. Ici, l’amour du football se transmet de génération en génération. Quasiment tous les pères de ce pays ont enseigné l’art du football à leur enfant et les ont inscrit dans un club local. Tout ça, dans le but de se faire repérer par un club européen et d’avoir une soi-disant meilleure vie, en quelque sorte.

C’est ton cas ? Tu as reçu cette éducation ?
Oui, indéniablement ! Enfant, j’allais régulièrement au stade pour suivre les matchs de l’Atlético Junior, le club principal de Barranquilla que mon père m’avait dit de supporter.

Tu continues d’aller au stade aujourd’hui ?
Non, je dois avouer que je devais avoir 11 ans lors du dernier match auquel j’ai assisté. J’en ai 37 aujourd’hui… C’est donc plutôt loin ! Mais j’habite tout près d’un stade, et je peux te dire que l’ambiance y est dingue. C’est à la fois très fédérateur et très violent !

Comment expliquer ce rapport violent au football ?
Je pense que le foot est si important en Colombie que les gangs se sont emparés d’une certaine catégorie de supporters. Ils vont même parfois les chercher très jeunes. Le hooliganisme est un phénomène très populaire ici, et forcément ça dérape en violence.

Tu penses qu’il y a un gros écart entre le football colombien et le football européen ?
En qualité, incroyablement (rires). Mais d’un point de vue social, je pense que c’est pareil. Les rapports ne changent pas vraiment. Les Européens ont également leurs propres groupes de hooligans, d’ailleurs. Comme ici, ils font majoritairement partie de la classe ouvrière et sont régulièrement confrontés aux difficultés de la vie. En Colombie, par exemple, il suffit parfois de frapper un supporter adverse dans la rue pour se faire accepter dans un gang.

Tu vas suivre la Coupe du monde cet été ?
Oui, c’est très excitant. Je ne suis pas un grand expert du foot, mais j’attends la Coupe du monde avec impatience. C’est là qu’on se rend compte à quel point ce sport est fabuleux !

Tu penses quoi de l’équipe actuelle colombienne ?
(Il hésite). À vrai dire, le dernier match que j’ai vu de l’équipe, c’était une défaite. C’est souvent le cas d’ailleurs : à chaque fois que je regarde leur match, ils perdent. Du coup, je ne veux pas me risquer à lâcher un pronostic. J’ai même peur de regarder leurs matchs (rires).

Les manifestations contre la Coupe du monde au Brésil, tu les comprends ?
Oui, je pense que c’est l’occasion pour la population de se faire entendre. Beaucoup de médias vont se déplacer, beaucoup de supporters vont venir passer quelques jours au Brésil, beaucoup de gens vont regarder les matchs. C’est le moment pour de nombreux habitants de faire passer un message.

Quel est ton meilleur souvenir footballistique ?
C’est lié aux Coupes du monde 1982 et 1986, une époque où j’étais très fan de foot. J’adorais l’Argentine à cette époque, notamment grâce à Maradona. J’ai grandi avec ce gars. Depuis, j’ai regardé beaucoup de documentaires sur lui. C’est vraiment un personnage intéressant. Ses relations avec Cuba ou Fidel Castro sont passionnantes à observer.

Son côté révolutionnaire te plaît ?
Oui, c’est quelqu’un de très controversé. Mais il a marqué ma vie, et je connais tant de choses sur lui. C’est vraiment quelqu’un qui gagne à être reconnu pour ce qu’il est réellement. Dans mon monde du football, c’est totalement le meilleur joueur de tous les temps. Même si j’ai l’impression que Messi, pour le peu de matchs que j’ai vu de lui, a le même genre de potentiel. Mais pas le même charisme.


Maxime Delcourt
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Maradona est en effet ce qui s'est fait de mieux dans ce sport, ce lien entre foot et politique lui apporte cette dimension que d'autres n'ont pas.
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