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Mehdi Benatia, lanceur d'alerte

Capitaine et cadre indiscutable de la défense d’Hervé Renard, Mehdi Benatia n’en a pas moins longtemps entretenu une relation orageuse avec la sélection marocaine. La faute à un football national au fonctionnement hasardeux, qu’il n’a jamais manqué de critiquer sans langue de bois.

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«  Le football est parfois cruel. Au vu du scénario du match, il y beaucoup de frustration après ce résultat. » Ce lundi 16 janvier, le Maroc vient d’entamer la Coupe d’Afrique des nations par une défaite face à la République démocratique du Congo, et Mehdi Benatia fulmine. Comme si son histoire avec la sélection marocaine devait se résumer à une liste sempiternelle de déceptions. Éliminés en phase de groupes des CAN 2012 et 2013, non qualifiés pour l’édition 2010 et exclus de la CAN 2015, les Lions de l’Atlas n’ont fait qu’accumuler les contre-performances depuis le début de la décennie. Avec une constante, Mehdi Benatia en défense centrale, qui dénonce entre deux tournois les dysfonctionnements dont souffrirait la sélection de son pays.

Le Lion fidèle


Pourtant, la fidélité et l’engagement de Benatia envers le Maroc ont toujours été sans ambiguïté, dès ses débuts internationaux en 2008. Alors qu’il évolue encore à Clermont en D2, le défenseur intègre sur la pointe des pieds une formation minée par les rivalités et les guerres d’ego qui opposent la génération montante à celle des vétérans finalistes malheureux de la CAN 2004. À l’époque, le jeune Benatia se tait, écoute et tire sans doute un premier constat des problèmes des Lions de l’Atlas, qui sont déjà pointés du doigt par son coéquipier Abdeslam Ouaddou : « La sélection est minée par des problèmes d'ego. L’ambiance au sein du groupe n'était pas bonne. Il y avait des clans. D'un côté les joueurs locaux, et de l'autre ceux qui jouent en Europe, dont la plupart sont nés et ont grandi en France. »


Mais pas de quoi décourager Benatia, qui ne cessera de souligner son attachement inconditionnel au Royaume, lui, le Franco-Marocain né d’une mère algérienne qui aurait pu aussi évoluer avec les Bleus ou les Fennecs : « À aucun moment je n'ai pu hésiter, que ce soit avec la France et encore moins avec l'Algérie. J'ai joué ma première année en pro et dans la foulée, j'ai été appelé à vingt et un ans avec les A, donc je veux dire que je n'ai jamais hésité et c'est tout. » Sauf que pendant que le Maroc piétine en se vautrant à chaque CAN, le petit Mehdi lui, grandit. Révélation de la Serie A avec l’Udinese, puis défenseur star de l’AS Roma, il rejoint le Bayern en 2014 avant de s’engager avec la Juventus l'été dernier. Benatia devient ainsi un joueur majeur de sa sélection, dont il est le capitaine depuis 2013. Un nouveau statut dont il compte bien se servir pour dénoncer les éternels maux du football marocain. Quitte à se mettre à dos certains de ses dirigeants et une partie de l’opinion publique.

« Au bout d’un moment, j’en ai marre... »


Alors que le Maroc a connu pas moins de neuf sélectionneurs depuis 2005 et enchaîne les échecs sportifs, le défenseur prend ainsi la parole dans les médias nationaux en février 2014. Histoire d’essayer de secouer une sélection qui se meurt doucement depuis dix ans : « Force est de constater qu’on ne sait toujours pas où nous allons... Si je m’aperçois que toutes les conditions ne sont pas réunies pour faire une bonne campagne lors de la prochaine Coupe d’Afrique... Eh bien, je me retirerai... Au bout d’un moment, j’en ai marre... S’il n’y pas de projet et de plans définis pour l’équipe nationale, c’est mieux qu’on le dise dès maintenant et puis on tirera des conclusions. »

Une sortie explosive qui lui vaut d’être snobé par le sélectionneur marocain par intérim, Hassan Benabicha, qui ne le convoque pas lors d’un amical face au Gabon en 2014. Qu’importe, Benatia persiste et signe : « J'aurais pu faire semblant et continuer à aller en sélection comme si de rien n'était. Mais je n'ai plus envie d'être la risée du football africain... Je suis le capitaine de cette sélection, vouloir faire bouger les choses pour le bien de mon équipe, c'est dans mon rôle. » Benatia, qui pointe alors du doigt les problèmes structurels du football marocain, voit une partie de ses craintes confirmées quand le Maroc est exclu de la CAN 2015 en Guinée équatoriale, après le refus de son pays d’organiser la compétition sur son sol, en raison des risques liés à la propagation du virus Ebola. Entre-temps, le défenseur a fait son retour en équipe nationale, dont la direction reste néanmoins instable et fragile. Après un mandat de seulement deux ans, le sélectionneur Badou Zaki est limogé pour laisser place à Hervé Renard en février 2016. Sous sa direction, les Lions de l’Atlas semblent rugir à nouveau, au terme d’une campagne éliminatoire brillante pour la CAN 2017 (cinq victoires, un nul).

Génération déception ?


Ce qui n’empêche pas Benatia de continuer de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas du niveau du football marocain, dans une interview à beIN Sports en janvier 2016 : « J’entends souvent dire : "Vous, les Marocains, avec les joueurs que vous avez, vous devez gagner la CAN." Honnêtement, je ne suis pas d’accord. Il faut reconnaître qu’il y a beaucoup de pays africains qui ont de meilleurs joueurs que nous, une meilleure génération. Dans notre équipe, il n’y a pas dix ou quinze joueurs qui sont des titulaires indiscutables dans de grands clubs en Europe. » Des propos qui font forcément grand bruit dans le Royaume, mais dont Benatia ne démordra pas. Ce vendredi, le Maroc est déjà au bord du précipice à l’heure d’affronter le Togo. Pour préserver les bribes d’espoir rallumées par Hervé Renard, les Lions de l’Atlas devront s’imposer. Dans le cas contraire, ils risquent de quitter la CAN accompagnés d’un sentiment amer de déception qu’ils ne connaissent déjà que trop bien. Et de voir resurgir les critiques de Mehdi Benatia, en lanceur d’alerte usé, mais pas encore désabusé, qui ne désespère pas de voir sa sélection se réformer pour de bon.

Par Adrien Candau Propos de Medhi Benatia issus de L’Équipe, beIN Sports et Telquel
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