1. // National – ASM Belfort

Maurice Goldman ira au bout de ses rêves

Après une première interview publiée lundi, on a voulu en savoir un peu plus sur Maurice Goldman, l'entraîneur de Belfort, équipe surprise leader et invaincue du National. Et on n'a pas été pas déçus. Entre slips porte-bonheur, art du chambrage et pots d'après-match, plongée dans la tête de cet entraîneur atypique. Et si Maurice Goldman était clairement le coach-druide qu'on aimerait tous avoir ?

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Le 18 septembre, le promu belfortain emmené par les ex-Sochaliens Thomas Régnier et Maxime Josse se déplace à Fréjus/Saint-Raphaël. Logés au Kyriad de Fréjus, les joueurs et le maigre staff venus du 90 s'apprêtent à partir au stade quand soudain, l'entraîneur Maurice Goldman sonne le tocsin. Motif : l'inénarrable Breton ne retrouve plus son slip porte-bonheur dans sa chambre. Celui-là même qui a accompagné son groupe, relégable à l'hiver dernier en CFA, dans sa série folle menant le club, pour la première fois de son histoire, en National, avant d'en prendre le leadership : « On a retourné l'hôtel, puis fait appeler la nana qui travaillait dans les étages. Elle nous a dit qu'elle l'avait jeté au 4e étage, comme il y avait des trous. Et je l'ai retrouvé. La patronne m'a dit « Vous êtes bizarre... Tout ça pour un slip... » . Mais on a gagné (ndlr 1-0). » Superstitieux au point d'en avoir fait de même avec une paire de claquettes en CFA en plein hiver précédemment. Pour une autre série à succès. Maurice Goldman, un homme qui ne laisse rien au hasard.

C'est pourtant presque par hasard que ce personnage authentique est tombé dans l'atmosphère camphrée du foot amateur. « Au début, je ne voulais pas être entraîneur. J'étais déjà prof, j'avais trois gosses... » , se remémore-t-il. Attaquant de niveau régional qui a goûté aux joutes universitaires nationales avec le Creps de Paris, Maurice Goldman a tout arrêté à 22 ans. La faute aux études pour partie, mais aussi à « un gros souci familial » sur lequel il ne s'épanche pas. Il ne reprendra qu'à... 37 ans, à Valdoie, à quelques bornes au nord de Belfort, à un poste en adéquation avec son âge : « J'étais libéro et avais avec moi un petit stoppeur de 22 ans que j'orientais. C'est là que je me suis dit que j'avais peut-être des prédispositions pour diriger. Je le faisais aller au duel sur les ballons chauds et gardais pour moi les plus tranquilles (rires). » Quelques années après, Valdoie fait appel à lui pour régner sur le banc de touche des seniors, alors en PHR, qui grimperont de deux divisions pour rejoindre la DH. La division du « grand voisin » belfortain, qui cherche à remplacer dans les mois suivants son entraîneur Didier Grosperrin, usé par une décennie sur le banc : « Il y avait alors pas mal de candidats pour ce poste. On m'a sollicité par hasard, j'étais dans la short list. À mon avis, c'est l'argent, enfin plutôt le fait que je n'en demande pas, qui a joué en ma faveur. »

Des gosses privés de matchs d'un paternel trop sanguin


12 ans plus tard, même rémunéré et désormais à mi-temps dans son collège, la donne n'a quasiment pas changé selon son président, Jean-Paul Simon : « En rapport qualité-prix, je ne pense pas qu'on fasse mieux en National (rires). » Le meilleur ? Peut-être. Le plus atypique ? Sans aucun doute. Car Maurice Goldman a un statut à part en Franche-Comté, et désormais bien au-delà de ces frontières. Avec lui, le spectacle proposé par Belfort est tout autant sur qu'à côté du terrain. « C'est un peu notre Guy Roux à nous, il est prêt à monter dans les tribunes en plein match pour récupérer un ballon » , va même jusqu'à comparer Nasser Tahriri, le capitaine. Faut-il d'ailleurs y voir un signe si, désormais, l'ASMB est capable d'attirer plus de 2000 personnes dans son stade Serzian – y compris des habitués de Bonal - alors qu'ils n'étaient que quelques centaines un échelon en dessous ? Des spectateurs qui délaissent volontiers le ballon du regard dès lors que l'entraîneur principal se transforme en Hulk colérique. « Sur son banc, il est en transe, vraiment à fond. Tellement que si nous les joueurs, on n'y est pas, c'est pas la peine de jouer... » , illustre son capitaine-défenseur. Exemple, après le match à Boulogne-sur-Mer, où les Nordistes, en infériorité numérique pendant plus d'une mi-temps, ont manqué d'un rien de battre Belfort (0-0) : « Si certains ne se sentent pas bien à Belfort, qu’ils dégagent. C’est inadmissible. Mon gars expulsé, c’est n’importe quoi. C’est faute professionnelle. Ils vont prendre cher lundi. »


Nasser Tahriri commente ce cas de rage : « Jamais à chaud avec lui, mais toujours le lundi. Bon, en revanche à la mi-temps, il passe des savons. Quand il crie, les murs tremblent. Quand on a perdu en Coupe de France contre une DH (ndlr : Pont-de-Roide, 1-2), ils nous a fumés. Il nous a dit : « Vous vous prenez pour des autres, vous êtes lamentables, je pensais voir des hommes, finalement non. » » Et qu'en pense l'intéressé ? Il ne nie pas et va même jusqu'à qualifier son comportement de « complètement con » parfois : « Je ne suis pas comme ça dans la vie, mais au football, c'est vrai que je m'emporte. Parfois, je me trouve vraiment à l'ouest et je regrette. Mais que veux-tu, c'est la passion... » Et celui-ci de livrer une anecdote familiale : « Les femmes sont plus intelligentes que nous les hommes, et la mienne me laisse exercer ma passion, qu'elle ne partage pourtant pas. Mais elle déteste l'image que je peux renvoyer. Elle refusait d'ailleurs de laisser mes enfants venir voir nos matchs quand ils étaient plus jeunes, c'est dire... »

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« Tu as intérêt de te rattraper à la 3e mi-temps »


En revanche, l'histoire ne dit pas si son épouse tolère sa façon de décompresser après les matchs. Car en matière de troisième mi-temps, festivités et cocktails, sa réputation n'est plus à faire, lui qui a été qualifié par France Football de docteur -ès barbecue. « Un mec d'esprit, vif, fêtard, j'aime les gens qui sont comme ça. Il a une énergie exceptionnelle. On sort ensemble, on fait des soirées chez moi... » , reconnaît d'ailleurs Jean-Paul Simon, lui aussi dans les bons coups, comme l'illustre Nasser Tahriri : « Ils s'en mettent des belles ensemble, ils sont copains comme cochons. Pour la montée en National, le président nous a invités chez lui. En guise de cadeau, il y avait deux magnums de champagne par joueur. Tout le monde a fini propre ! » L'importance accordée à ces moments parfois terminés à l'aube ferait de Belfort un paradis sur Terre pour Paul Gascoigne ou Adriano. Le capitaine de 31 ans remet sa tournée : « On venait de signer une recrue venue de Besançon. Il le titularise pour la première fois, mais il fait un mauvais match. Dans les vestiaires, Maurice lui lance : « Tu as intérêt de te rattraper à la 3e mi-temps » . Du coup, on est sorti en boîte et... on a bien fait la fête ! » Une réputation que Mister Goldman assume totalement. Ou presque : « On m'a même appelé le prince des nuits belfortaines, mais ça en revanche, c'est faux. Pour la simple et bonne raison qu'il n'y a rien à faire à Belfort le soir (rires). »

Et même s'il a mis un peu d'eau dans son vin cette année avec la montée en National et cette proximité accrue avec les exigences du professionnalisme, Maurice Goldman ne s'en cache pas. Avec 1,2 millions d'euros de budget – l'avant-dernier du championnat, loin des 5,5 millions de Strasbourg -, il faut jouer de malice et d'une solidarité à toute épreuve pour rivaliser. Souvent usitée, l'image du club familial va comme un gant à l'ASMB. Maurice Goldman en est fier : « C'est une marque de fabrique, cette grosse cohésion d'équipe. La moitié des joueurs de l'époque DH sont avec nous en National. Comme moi, ils ont appris à souffrir ensemble, à hausser leur niveau pour s'adapter à des niveaux de plus en plus durs. Parce que même en National, on a foncièrement le même fonctionnement qu'en DH. C'est pas parce qu'on joue en 3e division qu'on a des kinés et le confort que certains ont pu connaître en pro. Quand ils débarquent, ils demandent parfois s'il y a des collations... Mais ils veulent pas que je leur fasse à bouffer, non plus ? » À croire que de modestes moyens vont de pair avec un mental à toute épreuve. Pour preuve, durant ses cinq saisons consécutives de CFA, Belfort a toujours été relégable à la trêve ou presque, et fini par se sauver, et même par monter l'an dernier. « Lorsqu'on est allé à Tahiti pour la Coupe de France à l'hiver dernier, on a dû manger du poisson radioactif qui nous excite depuis et ça doit pas se voir au contrôle antidopage à tous les coups... » , s'amuse Goldman.

Chambrer, une technique de management


Modeste, fantasque, farceur ou fêtard, autant de traits qu'on lui prête qui ne sont que des facéties masquant ce qu'est vraiment le natif de Brest. Ami plus qu'employeur, Jean-Paul Simon est bien placé pour le décrire : « C'est un génial meneur d'hommes et un gros travailleur. Il a du mal à déléguer, c'est vrai... Il lit aussi beaucoup, adore échanger et est très à l'écoute, surtout avec les éducateurs, mais même avec quelqu'un en apparence lambda, parce qu'il a toujours quelque chose à en apprendre. Il écoute non pas par modestie. Vu sa légitimité, il pourrait monopoliser la parole. Mais en fait, c'est quelqu'un de très curieux, et je crois que c'est une grande marque d'intelligence. » Une curiosité qui, pour cet entraîneur arrivé ici par hasard, l'a poussé à taper à la porte du grand voisin sochalien pour grandir à mesure que la croissance du club dont il a épousé la destinée se dessinait. Depuis l'époque Jean Fernandez, Maurice Goldman a toujours pris sa voiture pour aller regarder et observer fréquemment les professionnels.

« Comme un prof d'EPS n'est pas trop emmerdé par les corrections de copies, j'avais du temps libre donc j'en profitais pour m'enrichir. Parce que plus tu te rapproches du haut niveau, plus le détail a son importance. Avec Jean Fernandez, le premier truc que j'ai gardé, c'était ce côté hyper carré, organisé : il n'y a jamais de perte de temps entre les ateliers, tout est calculé avant. Puis avec Guy Lacombe, j'ai gardé cette grosse intensité impulsée dans les entraînements. C'est clair et net : on doit s'entraîner comme on joue, et même plus durement. Et avec Alain Perrin ou Francis Gillot aussi, j'ai appris. » Mais s'il y a bien une chose qu'il n'a pas intégré via le monde pro - dans lequel il a du mal à s'imaginer alors qu'il approche les 60 carats – c'est son management reposant sur un principe fondateur : le chambrage. « Il le fait très bien, surtout avec les nouveaux. C'est sa façon de faire retenir des leçons » , abonde Tahriri. Pourquoi une telle méthode ?

« Votez Goldman ! »


Dans sa bouche, cet aspect taquin - « très propre au football » dixit Goldman - est une sorte de dénominateur commun permettant de concerner tout le monde, quel que soit le tempérament : « Dans une équipe, tu as vingt joueurs et ça part dans tous les sens. Tu as des bons soldats respectueux à l'écoute, d'autres qui te suivent si tu leur apportes quelque chose en échange ou encore des emmerdeurs. Donc chambrer, ça me sert pour faire passer mes messages. » Un choix dans la transmission de son propos qui s'ajoute à une autre faculté : un dialogue clair et une aptitude à hypnotiser son auditoire. Même après 13 ans à ses côtés, Nasser Tahriri est bluffé : « Des fois, tu es fin remonté contre lui parce que tu ne joues pas. Tu ne comprends pas, donc tu vas le voir. Et c'est là qu'il te retourne comme une crêpe avec ses arguments. Tu repars doux comme un agneau derrière. Après tu te dis : « Merde, il m'a encore eu. » À mon avis, il serait très bon en politique... Je dirai même : « Votez Goldman ! » »

Mais de l'homo-politicus, Maurice Goldman n'a pas la démagogie et le populisme inscrit dans son ADN. Bien au contraire. Loin de lui l'idée de vendre encore plus de rêve que le conte de fée belfortain n'en propose déjà. Même scotché par la capacité d'adaptation de son groupe à ce niveau – six victoires pour six nuls en 12 journées, seulement trois buts encaissés – il s'attend à des lendemains qui déchantent : « Mes garçons sont à 150% depuis le début de saison, on n'a pas un effectif pléthorique. Et il faut être lucide : on est dominé techniquement dans la possession par nos adversaires depuis le mois d'août, quand bien même on arrive toujours à se créer des occasions et ne pas prendre trop de buts. Pour l'instant, ça fonctionne, on profite d'une grosse dynamique, mais ça va se calmer. On vit peut-être ce que d'autres clubs ont vécu, avant de se sauver à la dernière journée. Quoi qu'il en soit, à chaque match, on ira avec notre petit 4-4-2 des familles et on jouera pour gagner. Même s'il fallait jouer le PSG, pas question de changer ! » Peut-être que son slip porte-bonheur pousserait Trapp à glisser, Zlatan à ne pas cadrer et Paris à déjouer et chuter.

Marseille-Consolat/ASM Belfort, à 20 heures, ce vendredi, au stade de la Martine (Marseille)


Par Adrien Chipret et Arnaud Clement
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souzadeoliveira Niveau : Ligue 2
Mamamia l'application SoFoot Android fonctionne, on peut se connecter et r
souzadeoliveira Niveau : Ligue 2
Ah j'ai parl
souzadeoliveira Niveau : Ligue 2
ah c'est pas encore tout a fait au point, je reprends sur le PC, mais on est sur la bonne voie !!!
Encore un petit effort et ce sera merveilleux, je vous aime Sofoot, la renaissance fut laborieuse mais je sens poindre la révolution.
Peut être la meilleure news depuis le 13 novembre
Oh tout fonctionne !!! Bravo si foot
Brian Hainaut Niveau : Ligue 1
oi tou fnktione erki so fit
Sacrée personnage, ce Maurice Goldman!!
Bravo à lui et son équipe pour ce qu'ils réalisent!
Et felicitations aux auteurs au ce très bel article également!
Un article comme on aimerait en voir plus souvent sur So Foot....
souzadeoliveira Niveau : Ligue 2
Un chasseur sachant chasser doit toujours savoir chasser sans son chien. Les chaussettes de l'archiduchesse sont elles s

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