Serie A - 12e journée - Lazio/AS Roma

Eric Maggiori

Mauri, le beau et le truand

Stefano Mauri est un roman à l’italienne à lui-seul. Beau, talentueux, le capitaine de la Lazio est également suspecté de tremper dans plusieurs affaires un peu véreuses. Rien que pour ça, on a envie de le connaître.

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Stefano Mauri, la mèche est toujours parfaite
Stefano Mauri, la mèche est toujours parfaite
On pourrait résumer la carrière de Stefano Mauri en deux instants, séparés seulement de quelques jours. Au mois d’avril dernier, le milieu de terrain de la Lazio dispute face au Napoli un match essentiel pour la course à la Ligue des champions. Le match est fermé depuis l’égalisation de Pandev en première période. Les deux équipes se craignent et ont surtout peur de s’incliner. Il est un peu plus de 22h lorsque Stefan Radu délivre un centre du gauche. Mauri voit le ballon arriver. Son corps s’élève. Retourné majestueux. Pleine lucarne. Le plus beau but de la saison en Serie A qui donne, en plus, la victoire à la Lazio. Quelques semaines plus tard, le 28 mai, très exactement, le joueur est réveillé au petit matin, à son domicile, par la police. Il est arrêté avec l’accusation d’association de malfaiteurs à des fins de tricherie et de fraude sportive dans l’affaire du Calcioscommesse. En gros, il aurait participé à de nombreuses combines pour truquer des matchs, notamment un Lazio-Genoa de la saison 2010-11. Après huit jours passés en prison, il est libéré et assigné à domicile. À ce moment-là, il craint pour sa carrière : « Je suis préoccupé pour les répercussions que toute cette histoire aura sur la Comission de Discipline. J’ai peur de ne plus pouvoir jouer au football. » Quelques jours plus tard, faute de preuves, il est libéré. Mais les ennuis ne s’arrêtent pas là.

Héros du derby

De fait, Stefano Mauri a la belle gueule du coupable parfait. Alors qu’il semble provisoirement tiré d’affaire dans cette histoire de matchs truqués, le voilà de nouveau plongé dans une autre affaire. Le 19 septembre 2012, alors que la saison est commencée depuis près d’un mois, le voilà accusé de blanchiment d’argent par le Procureur de la ville de Berne, en Suisse. Des sommes d’argent suspectes ont en effet transité sur un compte bancaire au nom des parents de Mauri. Parmi elles, un versement de 100 000 euros par virement bancaire. Interrogé en Suisse, le joueur a suivi la même ligne directrice que lors des accusations du Calcioscommesse : affirmer qu’il n’a rien fait et que tout va bien. Pour le moment, la technique fonctionne, puisque Mauri continue à jouer avec le maillot de la Lazio. Il y a dix jours, il a d’ailleurs inscrit son premier but de la saison, qui a permis à son club de prendre un point face au Torino (1-1). Et voilà désormais que le derby arrive. Un sacré souvenir pour le milieu offensif. En mars dernier, avant les accusations, avant le retourné contre Naples, Mauri était déjà devenu le héros du peuple laziale, en inscrivant le but de la victoire lors du derby romain, un derby que la Lazio n’avait plus gagné « à l’extérieur » depuis 14 ans.

Drôle de revanche pour celui qui n’a pas toujours été en odeur de sainteté à Rome. Arrivé à Rome lors du mercato hivernal 2006 en provenance de l’Udinese, il réalise une excellente fin de saison, contribuant à la qualification de son club en Coupe UEFA (ensuite révoquée à cause de l’affaire Calciopoli). Lors de la saison suivante, il s’impose comme le véritable leader de l’équipe entraînée par Delio Rossi. Le coach le repositionne au poste de trequartista, alors que dans ses clubs précédents, Mauri était clairement milieu de terrain. Le joueur s’y exprime au mieux, à tel point qu’il est appelé en équipe nationale par Roberto Donadoni. Mais la magie dure peu. Lors de la saison 2007/08, il est souvent blessé, ne dispute que 24 matchs en championnat et commence à être critiqué par les tifosi de la Lazio. Une relation qui va devenir de plus en plus compliquée lors des saisons suivantes.

L’évanouissement et la consécration

De fait, de 2008 à 2010, Mauri devient le bouc émissaire des supporters biancocelesti. Il est constamment sifflé et hué lorsqu’il touche le ballon, le public lui reprochant de faire plus attention à son brushing qu’à ses prestations (il est d’ailleurs surnommé ironiquement « bello Mauri », le « beau Mauri »). De la violence gratuite et injustifiée ? Un peu, oui. Mais pas complètement non plus. Lors de ces deux saisons, deux épisodes vont faire de Mauri la cible privilégiée des tifosi. Il y a d’abord ce derby, le 6 décembre 2009. Il rate une occasion monstrueuse, seul face au but vide, alors que le score est de 0-0. La Lazio s’incline finalement 1-0. Quelques semaines plus tard, le 10 janvier 2010, il devient le héros malheureux de ce que les supporters vont appeler « l’évanouissement de Mauri ». Sur la pelouse de l’Udinese, la Lazio, qui flirte avec la zone de relégation, est tenue en échec, 1-1. À quelques secondes du coup de sifflet final, le joueur se retrouve seul face au gardien et… tombe. Il tombe tout seul, sans raison. À partir de ce jour, Mauri fait profil bas et taffe pour tenter de remonter la pente. Lors des derniers jours du mercato estival 2010, il est courtisé par la Sampdoria, qui veut absolument le recruter. Mauri hésite, pèse le pour et le contre et décide de rester.

Ironie du sort, lors de la deuxième journée de championnat, c’est lui qui inscrit le premier but de la saison biancoceleste. Des travées du stade, il reçoit même quelques applaudissements. Le début de la réconciliation. La Lazio marche fort et il s’impose comme l’un des meilleurs passeurs du championnat. Consécration : Edy Reja lui remet le brassard de capitaine, qu’il arbore fièrement lorsque Tommaso Rocchi, le capitaine historique, ne joue pas. Il retrouve son niveau de 2006, même si ce retour au meilleur niveau est interrompu en début de saison suivante par une grave blessure, qui le tient hors des terrains pendant cinq mois. De retour en février 2012, il effectue une fin de saison folle, avec les buts déjà cités contre la Roma, le Napoli, et d’autres buts prestigieux contre la Juve et l’Inter. Un peu en dedans depuis le début de la saison 2012/13 (certainement un brin perturbé par ses problèmes judiciaires), Mauri demeure un élément importantissime du dispositif romain. Au même titre que ses deux coéquipiers Hernanes et Klose, de son état de forme dépend celui de la Lazio. Que son coach en profite, le natif de Monza pourrait se retrouver sous les barreaux à tout moment.


Eric Maggiori

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  • Message posté par maxlojuventino le 11/11/2012 à 10:43
      

    ce joueur a un talent fou, mais il est trop irrégulier malheureusement. le digne successeur de Fiore dans tous les sens du terme...

  • Message posté par Trap le 11/11/2012 à 12:32
      

    Dommage que tous n'aient pas été traités de la même façon que Mauri du point de vue disciplinaire. Pour des soupçons bien moins graves et étayés Criscito n'a pas joué l'Euro.

  • Message posté par Hwoarang le 12/11/2012 à 10:31
      

    "celui qui n’a pas toujours été en odeur de sainteté à Rome"

    Haha, énorme


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