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Match à risques

Un Mexique-Venezuela en amical ne devrait réserver qu'un intérêt franchement limité. Mais quand il se déroule à Ciudad Juarez, au moment où les joueurs d'El Tri se soulèvent contre l'autorité, le rendez-vous ne manque pas de piquant.

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Redonner un semblant de normalité à Ciudad Juarez, montrer qu'elle n'est pas définitivement abandonnée à son enfer, qu'y subsistent des ressources pour des lendemains plus apaisés. Voici, entre autres, les motifs de la venue d'El Tri dans l'une des villes au taux d'homicide le plus élevé de la planète. Une cité meurtrie par une violence sans bornes : en 2007 -presque le bon vieux temps- Ciudad Jarez tournait à moins d'un mort par jour, en 2008, l'inflation fut soudaine (1623 assassinés) et ne s'est depuis jamais démentie (2754 victimes en 2009, déjà près de 2500 pour le millésime en cours). Plongée dans un cauchemar quotidien, la ville mitoyenne d'El Paso (Texas) veut s'offrir deux heures de rêve avec Marquez, Salcido et El Chicharito, sentir qu'elle dépend toujours, au moins symboliquement, de l'État mexicain. La parenthèse footballistique peut paraître dérisoire, mais elle suscite bien l'enthousiasme des Juarenses : malgré des places aux tarifs indécents et la menace persistante du crime organisé, le petit stade Benito Juarez (22.000 places) affichera complet.

Marquez et consorts ont débarqué à Ciudad Juarez lundi midi escortés sans mesure par des policiers fédéraux. Loin des échanges de balles de la cité meurtrière, la concentration avait débuté dimanche au Centre de Haut Rendement, le Clairefontaine aztèque. Dans ce cadre apaisé, loin de toute agitation, s'est pourtant déroulé un véritable règlement de comptes en famille, un “Festen” du ballon rond sous des latitudes moins protestantes et plus méridionales. Dimanche soir, les responsables de la fédération se réunissaient avec les deux capitaines, Rafa Marquez et Gerardo Torrado, pour parvenir à un accord et éviter, dans le pire des cas de figure, un forfait face au Vénézuela. Première information à filtrer et première victime du souper familial : le directeur des sélections, Nestor de la Torre, a démissionné lundi. Les joueurs lui demandaient des excuses publiques. « Dans une institution, le respect à l'autorité est primordial, et quand on la défie, l'ordre se perd totalement » s'est-il justifié.

Le fantôme de Knysna

La figure de De la Torre cristallisait le mécontentement des internationaux. Le litige entre joueurs et dirigeants porte sur les sanctions infligées aux fêtards qui avaient célébré la victoire face à la Colombie en amical (7 septembre) : six mois de suspension pour Efrain Juarez et Carlos Vela, les onze autres participants pénalisés d'une amende. « Donner la priorité à la discipline n'était pas un caprice, il s'agissait d'en faire un moteur de changement d'habitudes, et il me paraît évident que certains ont été dérangés, car il existe des zones de confort bien ancrées » , a expliqué tonton Nestor, lundi soir. Dans une lettre envoyée par Rafa Marquez, et au bas de laquelle figurait le nom de l'ensemble des châtiés (l'intégralité du contingent “européen” est concerné), les joueurs estimaient, eux, avoir été livrés en pâture à l'opinion publique pour mieux masquer les insuffisances des dirigeants nationaux. Le règlement interne indiquant le terme de la rencontre comme clap de fin de la concentration d'El Tri, que des prostituées aient été photographiées à leur arrivée et à la sortie de l'hôtel où se déroulait la petite sauterie, et que quelques bières aient été éclusées, ne devait pas conduire la Fédération à frapper fort, ou alors, dans le secret du vestiaire. Monté au front pour annoncer les sanctions à la presse, Nestor de la Torre devenait l'homme à abattre. Tardivement soutenu par sa direction, il figurait aussi le fusible idéal.

La tête du directeur des sélections constituait la principale revendication du Commandant Marquez, qui selon les dernières indiscrétions, n'aurait été que de passage à la “pachanga” (30 minutes de présence). Lui et sa troupe exigeaient également de ne plus être appelés avant qu'un nouveau modus vivendi soit trouvé avec la Fédé. Une fronde appuyée par la grande majorité des joueurs mexicains, et réprouvée d'autant par la presse et les dirigeants de clubs. Lettre, menace de boycott, le Mexique vit une sorte de Knysna à retardement, sous un même arrière-fond d'autorité discréditée. Lassés par les « extrêmement longues » concentrations pré-Mondial, contrariés par l'incapacité de la Fédé à trouver un successeur à Javier Aguirre, les internationaux revendiquent que le sérieux exigé ne soit pas univoque, que les dirigeants se montrent aussi à la hauteur de leur tâche. Pour ceux qui n'ont pas suivi l'actualité d'El Tri depuis sa sortie de route face à l'Argentine (3-1), rappelons que la Fédération a nommé comme sélectionneur intérimaire Efrain Flores, directeur du centre de formation des Chivas, au CV vierge de toute prise en main d'un effectif professionnel.

Les révoltés d'El Tri se sont-ils dégonflés ? Ils ont, en tout cas, tous accouru à l'appel de la sélection, sans broncher. La lettre des internationaux aurait alors fonctionné comme moyen de pression pour que les différents entre joueurs et dirigeants soient réglés ou au moins discutés à l'occasion de la réception du Venezuela. On est toutefois loin du putsch que semblait préparer Marquez. « J'aimerais partager avec les dirigeants mon projet, qu'ils me donnent tout le pouvoir (...) et changer en cinq ans la structure du foot mexicain » avait-il déclaré le 28 septembre. Un changement radical, c'est aussi ce dont rêve Ciudad Juarez.

Thomas Goubin, à Guadalajara

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Il faut rajouter que la majorité des mexicainss sont concient de la nullité des présidents et dirigent de la Federacion, et qu'ils apuient Rafa Marquez dans sa lettre. De la Torre vueut que la presse change de cible vers les joueurs, c'est pour ça que il punnit. IIls n'arrient pas a remplacer Aguirre et beaucoup de dysfonctionnement.
Beau lien entre Juarez et la Federacion.
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