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Masiello, repenti et rescapé

Personnage clé du Calcioscommesse, petit nom de la fameuse affaire de matchs arrangés, le défenseur de l’Atalanta fut surtout un des seuls à vider son sac, ce qui ne l'empêche pas de poursuivre tranquillement sa carrière en Serie A.

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Dans deux mois, nous « fêterons » déjà les cinq années du premier épisode du Calcioscommesse, s’ensuivit une longue série dont on ne voit toujours pas la fin. La justice sportive croule sous les dossiers et continue de prononcer des sentences visiblement loin d’être dissuasives. Cinq ans, un laps de temps suffisant pour que certains condamnés aient le temps de reprendre leur carrière. C’est le cas d’Andrea Masiello, défenseur central de l’Atalanta revenu sur la pointe des pieds et maintenant titulaire indiscutable. Tout le monde a le droit à une seconde chance, mais le problème de l’éthique reste, surtout quand le repenti ne peut s’empêcher de jouer la victime.

Un CSC historique


Démarqué, le Brésilien Jeda reçoit un bon ballon dans la surface et exécute une demi-volée un peu ratée qui se dirige en sortie de but. C’est à ce moment que Masiello intervient, en poussant maladroitement le ballon dans ses propres filets, d'ailleurs, son gardien Gillet le réprimande : « Elle était dehors, Andrea ! » Ce Bari-Lecce de mai 2011 est le match le plus représentatif du Calcioscommesse, les visiteurs s’imposeront finalement 2-0 grâce aussi à ce grotesque CSC que l’auteur continue pourtant de nier : « Si un joueur veut marquer contre son camp, il fait tout ce cinéma selon vous ? Même ceux qui ont joué au plus bas niveau savent que c’est impossible. Si je voulais faire du mal à mon équipe, il y avait d’autres moyens. En première mi-temps, je sauve d’ailleurs un but en faisant un retourné. Ce derby, je l’ai joué sérieusement, les conneries je les ai faites avant et après, sauf que les magistrats m’ont tellement martelé que j’ai aussi dit que ce CSC était fait exprès » , confiait-il dans une des seules interviews accordées à la presse depuis la révélation des faits.


Bari 2008-2011, un sacré merdier avec près de dix matchs arrangés selon les enquêteurs, Masiello toujours : « C'est un environnement particulier, les jeux de hasard et les paris sont une maladie, beaucoup de joueurs pariaient. » Après un premier refus, le défenseur cède à la tentation et se laisse embobiner, traitant avec la fameuse bande des gitans, cherchant à convaincre coéquipiers et adversaires, pariant sur des rencontres. Rattrapé par la patrouille, il avoue rapidement, écopant de 40 000 € d'amende et deux ans et demi de suspension dans le cadre de la justice sportive et d'un an et dix mois avec sursis pour celle ordinaire. Un mea culpa presque louable, presque : « J’ai même trop payé, peu de joueurs ont collaboré dans cette affaire, et ils ont payé plus que prévu. J’étais perçu comme le cerveau de la bande, les gens pensent que j’ai gagné des millions, mais ce n’est pas le cas, je peux vous l’assurer. » Un discours limite quand on a avoué avoir truqué ou aidé à truquer pas moins de huit rencontres.

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L'Atalanta la joue vénale


D'autant que Masiello n'est vraiment pas à plaindre puisqu'il a pu compter sur la compréhension de l’Atalanta, son employeur lorsque la police l’a coffré. Si pratiquement tous les clubs ont lourdé les fraudeurs, les dirigeants bergamasques ont décidé de conserver Andrea, lui accordant un salaire minimum et cherchant aussi à préserver un investissement financier. Ainsi, pendant deux ans, le condamné partage son temps entre Bergame et sa Viareggio natale, s'investissant dans le social pour aider les plus défavorisés au sein de l’association Araba Fenice et de la communauté de Don Fausto Resmini. 26 Janvier 2015, la suspension touche à sa fin, lavé de ses pêchés, Masiello fait son retour dans le groupe, ce qui n'est pas du goût des ultras : « Il a payé sa dette envers la justice et il est tout à fait normal qu’il puisse être encore un joueur pro, mais pas avec le maillot de l’Atalanta qu’il a sali. » Le club plus cynique n’est pas de cet avis et mise sur un élément dans la force de l'âge (il vient d’avoir 30 ans) et dont le contrat jusqu’en 2018 a été renouvelé durant sa période de repos forcé. Les coachs Colantuno et Reja appuient cette décision. D’abord conspué pour sa première face à la Fiorentina il y a un peu plus d'un an, l'indifférence succède à la colère des tifosi, et Masiello redevient un joueur de foot comme les autres et même titulaire dans l'axe de la défense nerazzurra.

Et les autres ?


De juin 2011 à aujourd’hui, 79 footballeurs en activité au moment des faits ont été sanctionnés, certains ont écopé de peines de quelques mois pour omission de dénonciation et ont vite refoulé les pelouses (Gazzi, Marchese, Mauri, etc.), d’autres en ont pris pour plusieurs années et ont été contraints de stopper leur carrière. En fait, Masiello est bien le seul condamné pour fraude sportive à évoluer encore parmi l'élite. Les autres doivent se contenter de l'étage inférieur, comme Davide Lanzafame à Novara, Marco Rossi à Perugia et Ciccio Caputo à l’Entella. C'est aussi le cas de Stefano Guberti, condamné à trois ans et six mois de suspension par la justice sportive... mais complètement blanchi par le tribunal de Bari en septembre dernier. Une décision qui lui a valu d'être gracié par le président de la Fédération himself et de s'engager à Perugia dans la foulée. Car comme tout bon scandale italien qui se respecte, le Calcioscommesse possède également son lot d'erreurs judiciaires.

Par Valentin Pauluzzi
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