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Marseille, la fièvre de l’héritage

On y est : mercredi soir, à Lyon, l'OM disputera la cinquième finale européenne de son histoire face à un Atlético devenu référence du circuit. Reste que le club marseillais a surtout un rendez-vous multiple à gérer avec l'histoire, avec son ADN, mais aussi avec toute une génération : celle des enfants de 1993.

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Un coup d’œil dans le rétro et un vieux souvenir qui apparaît : une soirée de septembre, les vases qui se cassent, Carambar qui décide de faire couler son caramel sur une équipe qui vient de réussir l’exploit de prendre une énième droite en clair sur Canal + un dimanche soir, là même où elle s’est déjà fait rouler une semaine plus tôt à Monaco (6-1), et un remplaçant adverse qui profite du moment pour faucher en plein direct un Rudi Garcia qui reste, entre les coups reçus, impénétrable. Sur le moment, l’OM devient une invitation à la vanne facile et on ne se cache pas, que l’on s’appelle Romain Danzé ou Laurent Paganelli, plié en quatre sur le banc d’un Stade rennais venu éteindre la lumière d’un Vélodrome inquiet (1-3).


Garcia, lui, avance et s’autorise même parfois à ne pas regarder. Il y a l’idée d’un effacement là-dedans : l’entraîneur de l’OM a construit son espace-temps, aime répèter que son cas personnel ne compte pas et qu’il n’est pas venu dans le coin pour « vendre n’importe quoi aux gens » . Alors, c’est quoi ? « Du travail, de la sueur, du beau jeu et des buts marqués » , glissait-il à L’Équipe durant l’été 2017. À comprendre : la suite viendra toute seule, surtout lorsqu'on s’appelle Garcia, cas unique dans le circuit et coach qui réussit l’exploit d’aimanter la sympathie sur ses équipes, ce qui était aussi le cas de son LOSC, tout en refusant de faire des cadeaux – « Quand on fait un compliment sur un joueur, il faut tout de suite lui en mettre une petite derrière pour équilibrer. » – aux boulons de ses machines. L’homme sait se mettre les gens dans la poche, a laissé des types sur la route, mais sait où il fonce et c’est probablement ce qu’il faut retenir aujourd’hui : voilà l’OM au pied de la cinquième finale européenne de son histoire. Oui, c’est immense.

Le groupe contagieux et la sublimation


Mardi, le boss de l’OM est ainsi arrivé en conférence de presse avec son arme à fleurs et a profité de l’instant pour arroser une dernière fois son assistance avant de plonger dans une conquête qui pourrait être historique. À ses yeux, l’exercice de l’avant-match n’a que peu d’intérêt et le foot se jouant plus facilement avec un ballon qu’avec un micro, on l’a surtout vu dégonfler le ballon de pression : « On sait que l’expérience est du côté de l’Atlético. Nous, on arrive des qualifications, eux de la Ligue des champions. Plus que sur l’enjeu, je pense qu’il vaut mieux se concentrer sur le jeu, et dans l’approche, on a décidé d’être plutôt tranquille parce qu’on sait que ce sera une mission difficile. » Rudi Garcia est tranquille, car il sait que ses hommes lui répondront demain : on n’arrive pas là par accident, et la saison écoulée a transformé l’OM en montagne nappée d’agressivité, de générosité et de solidarité. Les dernières semaines ont aussi raconté ça, de la qualification bordélique arrachée à Salzbourg en demi-finale à la montée de fièvre vécue par la bande du côté de Guingamp vendredi dernier en Ligue 1 (3-3). Ce groupe est contagieux pour une raison simple : il est humain, souffre, vit dans un grand écart entre le « beau » (Payet, Thauvin, Luiz Gustavo) et un combat lyrique qui l’a fait tomber dans une forme de sublimation permanente. Alors, au fond, pourquoi ne pas y croire ?

Perdre la raison


Vaste bataille qui anime les contours d’un OM excessif par essence et dans tous les sens : depuis plusieurs jours, son président, Jacques-Henri Eyraud, raconte à qui veut l’entendre la belle histoire d’un projet en avance sur ses temps de passage – à Bourdin, lundi matin : « Ça fait un an et demi qu’on est là, et on se retrouve à discuter tous les deux d’une finale de Ligue Europa, donc on n’a rien à perdre. On a déjà tellement gagné cette saison. » – et qu’il s’amuse à alimenter via son approche très numérique des choses. Tout ça fait sourire, agace, mais fait parler : dans la tête d’Eyraud, c’est ce qui compte, et ce qu’il faut retenir réside dans le retour sous les phares européens de l’Olympique de Marseille. Alors oui, on en fait plus avec l’OM qu’avec l’OL, mais cela n’a rien à voir avec « la couverture médiatique » sortie du placard il y a quelques jours par Bruno Génésio. On parle ici du poids de l’histoire d’un club qui, au contraire de ses semblables, fascine au-delà de ses clôtures. On revient à ce qu’il est dans son ADN : un mélange des genres, des styles, un reflet du peuple, un sentiment en somme. Cette campagne, plus que celles de 2004 ou 1999, réveille une sensation enfouie et fait monter le rendez-vous d’un cran par le fait qu’elle lie les générations entre elles, du père qui a connu 1993 aux moins de trente ans qui estiment désormais que c’est à leur tour de jouir.


Alors, on entend ici et là que ce ne serait qu’une finale de Ligue Europa, un ramasse-miettes longtemps négligé par les clubs français, mais l’OM a au moins le mérite de se donner une nouvelle chance d’écrire l’histoire. Un truc suffisant pour faire perdre la raison, balancer des types dans le Vieux-Port et se préparer aussi à assumer une éventuelle défaite : le supporter de foot y est conditionné. Perdre en finale, c’est accepter de faire voler en éclats des images préfabriquées par l’attente et détruire ses rêves, ses croyances. Perdre en finale, c’est comprendre que le père Noël n’existe pas en somme. Mais gagner en finale, c’est vivre, et Diego Simeone, vainqueur de la C3 en 2012, l’a expliqué mardi face à la presse, affirmant que ce succès avait construit tous ceux qui ont suivi ensuite. C’est aussi avec cette idée que l’OM doit s’avancer mercredi soir sur la piste : en chassant le côté périssable du foot moderne et en pensant à la suite. Voilà le sens de ce parcours, mais aussi du discours servi l’été dernier par Rudi Garcia aux suiveurs, aux supporters, aux joueurs. Et peut-être bien le sens de l’histoire et du foot, après tout.



Par Maxime Brigand, à Lyon
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