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Marseille et les crampons portugais

Plus important que la performance à venir de CR7, que l’abstinence de Lewandowski, qu’un quart de finale de l’Euro, l’affaire « des crampons disparus de Braga » . Pourquoi ? Parce que la dernière fois que des Portugais s’étaient rendus au Vélodrome, ça avait commencé avec cette futilité et ça s’était terminé en défaite.

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Jusqu’ici, tout va bien. L’avion a bien atterri à Marignane. Les Portugais sont bien arrivés à leur hôtel. Et aucun incident n’est encore à déplorer. Non, ce n’est pas d’éventuels affrontements entre hooligans dont il s’agit. Mais bien de savoir si les Portugais ont encore leurs chaussures aux pieds, ou pas. Parce que la dernière fois qu’une équipe lusitanienne a posé ses valises sur la Canebière, c’était Braga, en novembre dernier. Et ça s’était terminé en crise avec le club olympien. Une affaire, connue comme celle « des crampons disparus » , qui a fait la Une des journaux et occupé la plupart des conversations de comptoir. Mais bon Dieu, que s’est-il vraiment passé ce jour-là ? Où sont passés les crampons ? Est-ce que la sélection portugaise a quelque chose à craindre aujourd’hui ? Va-t-elle laisser ses affaires au vestiaire ?

Crampongate


Mercredi 4 novembre 2015, troisième journée de Ligue Europa. Les Portugais de Braga sont en reconnaissance. Ils s’entraînent sur la pelouse. Ils rentrent aux vestiaires. Ils se douchent. Se changent, laissent les crampons dans le vestiaire, à l'intérieur d'un grand sac, ferment le vestiaire à clef et rentrent chez eux, à l’hôtel. Et puis, dans la nuit précédant le match, le fameux sac avec les crampons disparaît. Pas de trace d’effraction. Sur les images de vidéo-surveillance, rien de suspect. Braga demande un report du match. L’UEFA refuse. L’OM propose un aller-retour au Portugal en avion pour aller en chercher d’autres. Braga refuse. L’OM propose de leur acheter des crampons neufs. Braga accepte. Du coup, des membres du staff se dispersent en ville et vont chercher les crampons adaptés aux quatre coins de la ville.


Pour les joueurs sponsorisés par Adidas, ce sera le magasin rue Saint-Ferréol. Pour les Nike, c’est aux terrasses du Port que ça ce passe. Pour les Puma, pas de franchises dans la ville, et c’est donc à l’Espace Foot, rue de Rome, qu’un émissaire se rend. « Il a passé plus d’une heure au magasin. Il semblait bien paumé, toujours au téléphone. Il ne savait pas ce qu’il devait faire. Et puis finalement, il a pris une vingtaine de paires, avec des modèles et des pointures bien précises. Il a envoyé la facture à Puma et c’est eux qui ont tout réglé. » Braga joue donc avec des crampons neufs, perd 1-0, se plaint des conditions d’accueil, via André Viana, l'attaché de presse : « Aucun joueur au monde ne peut bien jouer avec des crampons neufs » , menace de porter l’affaire devant l’UEFA et puis met en cause la capacité d’accueil de la ville : « Un cambriolage inacceptable dans une enceinte qui va accueillir des matchs de l'Euro 2016. »

Inside man


Aujourd’hui, si l’affaire est retombée d’elle-même, l’accusation portée par l’attaché de presse de Braga flotte encore au-dessus du Vélodrome. La sécurité, présente sur place, les enquêteurs, dépêchés pour l’occasion, ont du mal à savoir ce qui s’est vraiment passé. Surtout qu’ils ont retrouvé 30 paires de crampons à leur hôtel entre-temps. Bref, c’est le flou. Si coupable il y a, il court toujours et pourrait très bien réitérer avant le quart de finale de l'Euro. Un cleptomane obsédé par des crampons en provenance du Portugal est en liberté en même temps qu'un Ballon d’or madérois, monté sur des bouts de métaux. C'est un peu comme si on déposait une bouteille de pinard dans la boîte aux lettres de Gérard Depardieu. Aucune chance de ne pas le tenter.

Heureusement qu'entre-temps, Euro oblige, la sécurité autour du Vélodrome s’est renforcée. Le seul problème étant qu'avec l'absence de traces d'effraction, Hercule Poirot pourrait le confirmer, le suspect a de grandes chances de venir de l'intérieur. Et son geste, puisque les chaussures ont été retrouvées, avait pour objectif d'avantager l'OM. La probabilité pour que le suspect supporte également la Pologne est faible, mais espérons que la Fédération portugaise a été mise au courant et qu'elle se soit préparée à toute éventualité. Troisième piste envisageable, et c'est celle privilégiée par la police du coin : ce serait une gaffe des Portugais qui auraient oublié les chaussures à l'hôtel. Pas beaucoup plus glorieux. Quoi qu’il en soit, Cristiano et ses copains ont tout intérêt à dormir sur leurs deux crampons.

Par Ugo Bocchi
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