Marin, un homme à la peine

Il se pensait intouchable, mais le FBI a fini par mettre la main sur José Maria Marin, après de nombreuses années à la tête du football paulista, une décennie en haut de la CBF et une montagne de magouilles. L'ancien footballeur éphémère a finalement été rattrapé par la justice. Portrait d'un vieillard au parcours atypique.

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C'est l'histoire d'un mec toujours au bon endroit et au bon moment, sauf à deux reprises. La dernière en date, c'était le mercredi 27 mai à Zurich. Ce jour-là, José Maria Marin fait partie des sept dirigeants de la FIFA arrêtés en Suisse dans le cadre d'une enquête portant sur une affaire de corruption à 133 millions de dollars. La première fois remonte au 2 décembre 1982. La scène se passe dans le « Palacio dos Bandeirantes » , siège du gouvernement de l'État de São Paulo, que Marin dirige depuis peu. Ronald Reagan, invité de marque, se détend dans l'un des grands salons du palais. Soudain, un homme entre, sans être annoncé. Le président américain se réjouit de l'arrivée d'un nouveau garde du corps. « Super, je suis tranquille ! » , s'exclame-t-il en anglais. Par chance, le nouveau protagoniste n'entend pas la langue parlée par l'ancien acteur. Car l'homme imposant – sans doute un héritage de son boxeur de père qui se surnommait lui-même « Jack el Terrible » - qui vient de faire son apparition n'est autre que José Maria Marin, ex-vice président promu au rang supérieur, suite à la démission de son prédécesseur, Paulo Maluf. En fait, Marin n'a jamais accédé à de hautes fonctions via des élections, sauf en 1971. Il est alors élu député de l'État de São Paulo. Son statut de président de la CBF, il ne le doit qu'à la démission d'un Ricardo Teixeira bien mal en point. Sans le savoir, José Maria Marin est sans doute l'un des plus grands renards des surfaces… hors des quatre lignes.

Carrière ratée et premières dérives


Sur le terrain, le jeune José Maria est aussi un renard. Il est juste un peu moins bon. Boss de son équipe de quartier quand il était môme, le grand gaillard ne disputera pas plus de deux matchs chez les professionnels du São Paulo FC – il a quand même le temps de claquer un pion -, le temps que son entraîneur lui donne un conseil qui changera la vie de Marin, jugé trop faible techniquement pour continuer le foot de haut niveau. Cet homme, Vicente Feola, a mené le Brésil vers son premier sacre mondial en 1958. Il est donc de bon conseil. Il sait reconnaître un bon joueur mais aussi un homme intelligent. L'attaquant malhabile fait partie de la seconde catégorie, et Feola ne se prive pas de le lui dire. « Inscris-toi dans une fac, tu auras un métier pour toute la vie. » Sans vraiment lâcher le ballon, Marin sort diplômé de la faculté de droit du Largo Sao Francisco. Il devient avocat et se lance en politique au début des années 60. Plus qu'une équipe championne du monde, Vicente Feola a créé un homme politique.

Issu d'un milieu modeste, Marin reçoit une éducation stricte. Difficile de l'imaginer en homme d'affaires peu scrupuleux. C'est pourtant ce qu'il deviendra au fur et à mesure que sa vie avancera. Après un premier demi-siècle exempt de tout reproche, le Brésilien bascule lentement mais sûrement du côté obscur de la force. C'est à l'heure de quitter la direction de l'État de São Paulo en 1983 que les premiers ennuis commencent. La presse lui reproche des irrégularités sur les comptes de l'État et cherche à savoir si l'homme politique a détourné de l'argent dans ses poches ou s'il s'agissait uniquement de dépenses abusives dans l'exercice de ses fonctions. Et s'il est sifflé au moment de passer le flambeau à son successeur, il gardera secrètes ces histoires de chiffres. Marin poursuit sa carrière d'avocat, dirige la Fédération paulista de football, devient millionnaire et accède à la CBF en 1986, quand cette dernière l'invite à être leader de la délégation du Brésil à l'occasion de la Coupe du monde au Mexique. Il ne quittera plus jamais la confédération.

« Il est temps que l'argent aille dans nos poches »


Tapis dans l'ombre, le Brésilien aujourd'hui âgé de 83 ans finit par gravir les échelons à la CBF, jusqu'à atteindre le statut de vice-président du sulfureux Ricardo Teixeira en 2008. Entretemps, Marin tente en vain de récupérer une place au Sénat de l'État de São Paulo, en 2002. Il récolte moins d'1% des suffrages en raison d'une nouvelle histoire loufoque liée aux chiffres. Au moment de déclarer sa richesse en vue de ladite élection, Marin déclare une richesse (tous biens confondus) de 4,4 reals alors que son seul appartement à São Paulo en valait un million de plus. Moins que crédible, le vieil homme n'a en réalité plus aucune dignité. Dix ans plus tard, José Maria Marin devient mondialement connu en volant de manière ostentatoire une médaille destinée à un finaliste junior du championnat paulista. Le toujours président de la Fédération de São Paulo se défendra en arguant que le protocole veut que tout haut dirigeant de la fédé reçoive sa médaille. Le truc, c'est que l'un des gardiens de but de Corinthians est resté sans la sienne.

Cette histoire démontre deux choses. La première, et ce n'est pas une surprise, c'est que l'éphémère fooballeur professionnel est une belle ordure. La seconde, c'est qu'il essaye toujours de retomber sur ses pattes face aux médias sans jamais perdre son calme. Tout le contraire de Ricardo Teixeira, qui, à chaque fois qu'il était gêné par un journaliste, s'emportait et faisait en sorte que ce dernier se fasse virer. Plus habile, Marin parle de plus en plus et Teixeira de moins en moins. La sympathie du premier est perçue par le second comme un moyen de dévier le regard de la masse de toutes les magouilles effectuées en coulisses et auxquelles assiste évidemment Marin. Au moment où Teixeira démissionne de son poste, officiellement pour des raisons de santé, son bras droit est au courant de toutes les affaires dans lesquelles trempe le dictateur du football auriverde, comme celle qui lie la CBF à l'entreprise de marketing sportif, Traffic. Cette dernière, chargée de négocier et d'obtenir des contrats de droits TV et de sponsoring pour la confédération (entre autres), aurait amassé 460 millions d'euros en 30 ans. Teixeira, très proche de son créateur, José Hawilla, touchait d'énormes parts (on parle de 20% sur le dernier contrat de Nike avec la CBF!). Et Marin le sait très bien. Si bien qu'une fois Teixeira hors-circuit, et alors qu'Hawilla se demande s'il doit continuer de verser des frais et à quel nom, Marin, lors d'une conversation enregistrée (sûrement par le FBI), lui rétorque : « il est temps que ça (l'argent) aille dans nos poches, non ? » C'est là la plus grande erreur du président par intérim de la CBF. Croire que l'affaire qui a mis son prédécesseur dans de sales draps ne le toucherait pas, lui qui passait toujours entre les gouttes. Maintenant, c'est peut-être entre quatre murs qu'il passera le restant de ses jours.

Par William Pereira
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pour ce genre de mec, faut taper où ça fait le plus mal : au portefeuille

ou les faire tous jouer un match au qatar dans un stade non climatisé en plein été à 14h
"comme celle qui lie la CBF à l'entreprise de marketing sportif, Traffic. Cette dernière, chargée de négocier et d'obtenir des contrats de droits TV et de sponsoring pour la confédération (entre autres), aurait amassé 460 millions d'euros en 30 ans. "

Avec un nom d'entreprise pareil fallait se méfier non?

Sinon bien qu'on savait tous que le foot n'était pas tout propre vu les millions qui y circulent ça me rend toujours triste de lire ce genre de choses. Une petite part d'innocence et d'optimisme en moi qui meurt avec ce genre d'affaire.
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