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Marco Reus, le choix du cœur

Après des mois de réflexions et de tractations, Marco Reus a fini par faire un choix : celui de prolonger au Borussia Dortmund, le club de son cœur. Une décision qui le place dans cette catégorie rare de joueurs qui préfèrent rester que partir.

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« Mon cœur a décidé. Dortmund est ma ville, et le Borussia est mon club. » C'est avec des mots assez simples, mais qu'on entend finalement très peu dans la bouche des footballeurs que Marco Reus a justifié hier sa décision de prolonger avec le BVB jusqu'en 2019. Une décision qui intervient quelques mois avant que la clause de départ du blondinet ne s'active, et qu'il ait la possibilité de quitter le club lors du prochain mercato. Pour 8 millions de salaire par an (hors primes et revenus marketing), Marco Reus a donc choisi de rester dans sa Ruhr natale. « Marco aurait pu facilement gagner le double ailleurs » , a tout de suite assené le boss du Borussia, Hans-Joachim Watzke, rappelant au passage que le Real Madrid était prêt à mettre beaucoup, beaucoup d'argent par mois pour s'offrir les services du joueur offensif. Mais l'argent n'aura pas suffi à déloger Marco Reus de là où il a toujours voulu être. « J'ai grandi ici, je suis né ici, j'ai joué ici chez les jeunes. Je me sens bien. Ceux qui me connaissent savent qu'il n'y a rien de plus important pour moi que ma famille, mes amis. Cela a parfois plus de valeur que le reste » a-t-il déclaré lors de son interview post-signature. Une déclaration qu'il avait déjà plus ou moins faite en utilisant les mêmes termes lors de son arrivée en provenance du Borussia Mönchengladbach en 2012. À cette époque, il avait déjà refusé de nombreuses propositions émanant des plus grands clubs, notamment du Bayern Munich, pour retourner, chez lui, à Dortmund.

Marco Reus l'anti-Mario Götze


Rarement une prolongation de contrat n'aura autant déchaîné les passions de l'autre côté du Rhin. Et pour cause, si une prolongation ne veut plus dire grand-chose aujourd'hui, elle revêt ici un caractère singulier. En restant (au moins pour quelque temps encore) dans son club de cœur, un club au plus mal sportivement depuis le début de la saison, Marco Reus montre à un monde du football de plus en plus cynique, que oui, il est possible de faire passer ses sentiments avant son compte en banque, même lorsqu'on est un des meilleurs joueurs du monde. « On perd et on gagne ensemble, c'est une décision pour la vie » , a-t-il affirmé hier encore. Un choix, évidemment salué en Allemagne, un pays où l'attachement à tel ou tel club fait partie intégrante de ce que l'on est. En ne cédant pas aux sirènes de l'étranger ou d'un club allemand plus coté (le Bayern donc), Marco Reus peut aussi se targuer de devenir une nouvelle icône, une espèce d'anti-Mario Götze comme l'a appelé Bild hier (expression reprise dans une grande partie des journaux allemands ce matin, ndlr). « Marco Reus peut définir une ère au Borussia Dortmund, comme Uwe Seeler à Hamburg ou Steven Gerrard à Liverpool » , a même lancé Watzke hier, tout heureux d'avoir réussi à garder un de ses joueurs pour la première fois depuis des années, alors qu'avec une clause à près de 30 millions d'euros, l'affaire semblait bien mal embarquée.

Un risque calculé


À bientôt 26 ans, l'homme à la mèche folle n'a toujours rien gagné de significatif, que ce soit en club (la Supercoupe, bof bof...) ou avec la Mannschaft. En restant encore quelque temps au BVB, il n'a aucunement l'assurance de voir cela changer, probablement pas cette saison du moins, où le Borussia se bat pour sa survie. Mais au-delà des titres qu'il ne gagnera peut-être pas avec ses copains, individuellement, le risque semble bien calculé. Rester dans un club de la taille du Borussia lui permet de demeurer une star, un joueur indispensable. Là où dans un autre club il se serait peut-être fondu dans la masse (cf. Mario Götze au Bayern), il peut, dans la Ruhr, rester l'homme providentiel et voir le jeu de l'équipe tourner autour de lui. Il peut aussi rester le chouchou de son entraîneur et ne pas avoir à se battre pour sa place. Et si cela peut passer pour un manque d'ambition de sa part, cela lui sera bénéfique en vu de l'Euro 2016. Car pour être sélectionné et surtout être titulaire, Marco Reus aura besoin de jouer et surtout de montrer à tout le monde qu'il est toujours le même joueur qu'en 2012, avant que ses blessures ne le freinent. Si sportivement, son choix se tient, il se tient aussi et surtout financièrement. Marco Reus a gagné beaucoup en prolongeant. Il devient, en signant son nouveau contrat, le troisième joueur allemand le mieux payé du championnat derrière Lahm et Schweini. De plus, le BVB partage le même sponsor que lui (Puma). Ses revenus marketing resteront donc les mêmes. Alors que s'il s'était rendu au Real Madrid par exemple, Marco Reus aurait dû céder son droit à l'image.

Rester pour partir ?


Bien évidemment, les plus cyniques voient déjà en cette prolongation une entourloupe, le seul moyen qu'a trouvé le Borussia de lever la clause de départ de Reus pour mieux le revendre. Ils n'ont pas complètement tort. En faisant sauter sa clause, le BVB s'assure de gagner un paquet d'argent si les dirigeants décidaient de le revendre un jour, par exemple à Barcelone, autre club qu'il chérit, lorsque leur interdiction de recruter cessera. Mais si son départ semblait inévitable il y a encore quelques jours, il ne le semble plus du tout aujourd'hui. Pourquoi Marco Reus partirait demain, alors qu'il ne l'a pas fait hier ? À presque 26 ans, cette saison semblait la bonne pour aller découvrir d'autres terrains. Mais il ne l'a pas fait. Et si tout bonnement, il n'avait vraiment pas envie de partir ? Comme Totti ou comme Gerrard qui ont toujours refusé de partir pour des clubs comme le Real. S'il avait envie de rester là, de faire des choses avec ce club ? Ce club qui l'a soutenu envers et contre tout lors de son histoire de conduite sans permis. Ce club qui un jour, lorsqu'il était adolescent, n'a plus voulu de lui, mais qui désormais ne peut plus vivre sans lui. Ce club qui, malgré tous les événements de ces derniers mois, devrait conserver son entraîneur et son capitaine, pourtant eux aussi courtisés par tous les grands clubs européens. Dire que Marco Reus partira un jour n'apporte pas grand-chose. Dire que Mario Götze avait, lui, prolongé pour mieux se barrer, c'est ne pas tenir compte de la personnalité du joueur. C'est mettre tous les footballeurs dans le même panier. Et si Marco Reus a prouvé quelque chose hier, c'est qu'il n'était définitivement pas comme la majorité des footballeurs. La preuve : il n'a toujours pas son permis.

Par Sophie Serbini
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