Maradona, la Patrie et la Mort

Meilleur populiste qu'entraîneur, Maradona a fait du Mondial un moment d'exaltation nationaliste. Il a pourtant envoyé son pays dans le mur, un peu comme les généraux aux Malouines.

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« C'est le football qu'aime le peuple » . Après la correction reçue par la Mannschaft, Diego Maradona n'exprime aucun remord. Pas la peine de parler tactique, de son milieu fantomatique, de ses choix d'homme(s) surprenants, le Diez a la légitimité pour lui. Tribun de la Plèbe, Lider Maximo, il attribue des désirs à la masse bien intentionnée, et les exécutent. Le credo de Diego est simple: « J'ai confiance en mes hommes, car ils savent ce que signifie le maillot argentin. Pour cela, je sais qu'on va réussir » . La fièvre patriotique comme méthode. Avec son exemple faisant loi: par amour de la Patrie (et de son ego aussi, qu'il mesurait au monde), le Pibe s'était sublimé avec l'albiceleste, il devait donc en être de même pour ses chicos. Logiquement, il sélectionne alors un illuminé qui s'est vu faire un tour d'honneur avec la Coupe du Monde. L'obscur Ariel Garcé a la foi. En son pays, en son demi-Dieu de sélectionneur.

En Afrique du Sud, le cérémonial était parfaitement rodé. Diego rentre sur la pelouse, félicite autant qu'il exalte la tribune albiceleste, les deux parties unies avec exubérance derrière le drapeau ciel et blanc. Sur chaque but, on s'étreint comme si l'on venait de gagner la Coupe du Monde: la fierté nationale ne goûte pas la mesure. Cette franche camaraderie virile se retrouve à l'entraînement. On y renforce l'esprit de corps plutôt que d'esquisser un style de jeu, on y endurcit les soldats plutôt que de coordonner les intelligences. Les scènes des bidasseries argentines ont fait le tour du monde, l'identité de la sélection s'y révélait au grand jour.

« On a un groupe mortel, de vrais hommes » revendiquait le couillu Heinze, pas rassasié malgré la fessée reçue en quarts de finale. Maradona est l'Argentine, sa sélection lui ressemble: crinières de lions, regards défiants, orgueil plus vaste que la Patagonie. Manifestement pas raccords avec une certaine idée du mâle argentin promue par le Diez, Javier Zanetti ou Esteban Cambiasso, qui ont pourtant porté au plus haut le ciel et blanc cette saison, se sont trouvés ostracisés. Sans doute aussi, car leurs états de services comme leur expérience auraient autorisé les deux Intéristes à faire barrage à l'autorité du poussah bouffi dans son orgueil, à faire émerger la raison au milieu du brasier albiceleste. Le populisme a toujours vu dans l'équilibre des pouvoirs une faiblesse. Privées de glace, les têtes brûlées se sont évidemment cramés, et Messi ressemblait à un enfant perdu au milieu des fauves.

Sur le terrain des opérations, à quoi ressemblait exactement ce commando argentin ? A du trois contre trois, transféré d'un bout de trottoir de Buenos Aires aux vastes arènes sud-africaines. Sans doute ce fameux jeu aimé par « le peuple » . En caricaturant à peine, les 11 albiceleste jouaient tous en un contre un (enfin, le pauvre Mascherano luttait souvent seul contre tout un milieu), et le bilan des duels donnait la sentence du match. Face à la Corée du Sud, le Nigéria, la Grèce, puis avec des circonstances favorables face au Mexique, Higuain, Tevez et Messi en remportaient suffisamment, et derrière ça contrôlait plus ou moins. Sauf de rares exceptions, les analystes argentins avaient mis en évidence les failles du free football maradonien, et plutôt que de verser dans l'extase nationaliste, avaient prévenu de ces victoires en trompe l'oeil. L'accueil triomphal réservé à l'albiceleste au pays accentuait alors la sensation d'une fracture inconciliable entre peuple et élites.

« La manifestation spontanée est due pour une partie non négligeable à ce que réveille Maradona, chez les gens. Il faut aussi mettre en avant les relations troubles de Maradona et Bilardo avec des barras, qui entraient et sortaient du siège de la Fédération Argentine comme de leur maison ... » décrypte Monica Nizzardo de l'association Salvemos al Futbol, en lutte contre le pouvoir et la violence des barras. Reste qu'une frange non négligeable d'Argentins (pas la majorité cependant, selon un sondage) en redemande. Comme si le miracle n'avait été qu'ajourné, que la ferveur ne pouvait que triompher, que la mystique maradonienne ne pouvait être égratignée. Le président de l'AFA a laissé entendre qu'il était plutôt favorable à une poursuite du mandat du divin sélectionneur. Après avoir indiqué que son cycle était « terminé » , Diego pourrait donc revenir pour répondre à l'appel du peuple. A qui il donnera ce qu'il veut. Selon, lui.

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Le Pibe doit démissionner.
Pour le bien du pays s'il veut remporter la prochaine Copa America sur ses terres.
Comme vous aimez parler de Diego chez Sofoot! Je pense que vous extrapolez avec vos analyses pseudo-politiques et pseudo-christiques de Maradona. Vous oubliez la dimension humaine du personnage.
Diego n'est pas un Dieu, ni un leader révolutionnaire populiste. Il n'a ni pouvoir institutionnel, ni dogmes. Diego est là, profondément humain, l'enfant chéri du peuple (un peu comme Tevez). Diego vient du peuple et reste du peuple. Ce qui l'unit à son peuple et même au monde entier, c'est le sentiment de passion qui ne peut se réduire au sentiment nationaliste. On ne va pas reprocher à un continent dominé politiquement et économiquement, qui se fait piller en matières premières par les pays riches, d'avoir un tant soit peu d'orgueil, quand c'est tout ce qui lui reste.
Certes Diego n'est pas encore assez compétent comme coach, il a échoué face à l'Allemagne mais on ne brûle pas une idole juste parce qu'il a perdu un match. Ce serait absurde comme abandonner son fils parce qu'il a eu une mauvaise note à l'école. Son équipe a tout de même montré de belles choses sur le terrain et nous a fait vibrer pendant cette coupe du monde.
Si vous vous étonnez du soutien aveugle de la moitié du peuple argentin (qui cela dit en passant n'est pas stupide en matière de football, pas besoin d'être de l'élite pour comprendre tactique), moi je m'étonne que vous trouviez cela irrationnel au point d'invoquer Fidel Castro, les dictateurs et la religion.
C'est juste une question d'amour, de fierté, de passion, de l'impression qu'il est sur la bonne voie, des choses bien terre à terre en somme.
Les succulentes recettes de Maradona : aujourd'hui, la Main de Dieu

Il n'est pas besoin d'être fin psychologue pour deviner que Maradona aime la bonne chair. Comme son travail de sélectionneur ne lui prend qu'un tiers de son temps, el pibe de oro a accepté de nous livrer quelques recettes de cuisine issues de son imagination débridée. Aujourd'hui, la Main de Dieu (pour quatre personnes)

Salut, les amis. Bon, pour la Main de Dieu, je vais vous donner la moitié des ingrédients qu'il faut, je me suis couché à 5 heures du mat' la veille et j'ai le crâne comme un chantier de ville nouvelle... Putain, faut dire, qu'est-ce que je me suis mis dans la gueule ! Dans la boîte, dès qu'ils m'ont reconnu, ils m'ont offert le whisky gratos ! C'est vraiment pas de ma faute, Dieu est témoin !
Déjà, première chose, vous virez les nanas de la cuisine ! Allez jacter ailleurs, vous me cassez le crâne avec vos caquètements de poules, z'avez pas autre chose à faire ! Ouais, c'est ça, allez voir dans l'autre pièce si mon génie y est, pfff...
Ca me rappelle une anecdote avec un défenseur anglais pendant le mondial 86, le type me collait au cul et n'arrêtait pas de palabrer dans mon oreille : « Et tu ne passeras jamais, et je vais te bouffer et je suis ton enfer en short et patati et patata... ». Je n'ai pas ouvert ma gueule et j'ai marqué deux fois. Je ne me souviens pas du nom du type, mais j'imagine qu'il doit encore se réveiller en pleine nuit en pensant à moi.
Bon, mais revenons à nos moutons : Pour une Main de dieu, que vous faut-il ? Très simple : Deux ananas bien mûrs, 500 grammes de spaghettis, deux œufs, deux mangues, deux oignons, deux cuillères à soupe d'huile d'olive, deux cornichons, du sel, du poivre, du beurre, du miel, de la coriandre et deux aspirines. Déjà, foutez une casserole remplie d'eau au feu, dès que l'eau bout, foutez les spaghettis dedans puis prenez deux aspirines (plus, selon l'ampleur de votre gueule de bois). Si une nénette revient, jetez-la fermement en lui expliquant que vous faites de la cuisine virile et qu'il n'est pas question qu'elle y mette un seul grain de sel (n'hésitez pas à lui balancer les deux ananas et les deux œufs à la gueule) – Ca y est, les pâtes sont cuites ! Cherchez une passoire... Putain, où est-elle ?! Fait chier ! Ne vous abaissez pas à appeler une nana pour savoir où cette foutue passoire est rangée... C'est un stratagème. Prenez une cuillère en bois et videz dignement la casserole de son eau. Versez les pâtes fumantes dans un saladier, ajoutez le beurre et le sel, touillez. Goûtez. Rajoutez du beurre et du sel. Regoûtez. La Main de Dieu est prête ! Ne vous reste plus qu'à appeler quatre potes pour la déguster. Enfin, moi je dis ça, z'êtes pas obligés.
D'accord avec le commentaire précédent. J'ajouterai que tout le monde n'est pas avide de victoires à la manière de l'Inter ou des Pays-Bas, et une philosophie de jeu un peu plus spectaculaire, ou moins organisée, attire moins d'amateurs de tactique et plus de fervents supporters. Qu'on me dise pas que seul le résultat compte, qui a oublié Cruyff ou Van Basten et leur équipe? Même en cas de victoire Sneijder et Robben ne leur arriveront jamais à la cheville.
Putain, les mecs, pourquoi vous venez pas sur le forum pour rehausser le niveau ?
Parce qu'avec vos commentaires sur la manière et non seulement sur le résultat vous me faites kiffer. j'ai parfois l'impression d'être le seul à me rappeler quele foot est avant tout un jeu et non une spéculation boursière.
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