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  1. // So Foot n°113
  2. // Février 2014
  3. // Luis Suárez

« Manteca » Victor : « Luis est un fils de pute, un magnifique fils de pute »

Dans la vie, il faut avoir une bande et Luis Suárez en avait une. Récemment débarqué de Salto, une ville portuaire de l’intérieur du pays, celui qu’on appelle le petit Luis fait alors face à la séparation de ses parents, mange peu et traîne dans la rue avec ses potes : Victor, Léo, Martin. Vingt ans plus tard, Victor n’a pas beaucoup changé. Il porte les cheveux longs, vit en short et torse-nu, tient le pavé. « Manteca » ( « beurre » ) Victor sort deux chaises en plastique, les installe au coin d’une rue d’un quartier périphérique de Montevideo, allume une clope et sert le premier maté.

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Tu l’as connu à quel âge Luis ?
Je l’ai rencontré quand il avait 8 ans, on jouait ensemble dans la « 7e » de Nacional (l’un des deux grands clubs uruguayens, NDLR). On s’était déjà croisés avant, mais comme adversaires. Dès qu’on s’est rencontrés, c’est devenu un frère. Pour de vrai : c’était juste comme si j’avais un frère de plus. Il vivait quasiment chez nous.

À cette époque, la famille Suárez fait face à la séparation des parents et c’est un peu compliqué à la maison. C’est pour ça que Luis vient vivre avec toi ?
Ouais, Luis, à cette époque, il était toujours tout seul. À l’entraînement, tu le voyais arriver avec ses petits frères, parfois en bus, mais souvent à pied. Et ils repartaient pareil, en pleine nuit. Il n’y avait personne pour venir l’emmener aux entraînements, personne pour venir le voir jouer aux matchs.

Il te parlait de ce qu’il ressentait, c’était dur pour lui ?
Il a toujours été assez introverti, mais c’était dur, c’est sûr. Des fois, sa mère lui disait « Il y a ton père qui vient » et il devait le voir en dehors de la maison, parce qu’il avait des problèmes avec l’alcool. Parfois, il nous appelait pour qu’on vienne le chercher chez lui, quand ça n’allait pas à la maison. Luis, c’était un gamin de la rue. C’était incroyable, il connaissait tous les noms des rues, toutes les lignes de bus et il avait à peine 12 ans. Si tu te demandais « Comment je fais pour aller là » , tu interrogeais Luis, il avait toujours la réponse. Au final, c’est un peu devenu le fils de tout le monde, le fils de Nacional. Énormément de gens l’ont aidé. Quand il était chez nous, mon père et ma mère ne faisaient pas de différence entre lui et moi. S’il y avait un bermuda ou des crampons pour moi, il y en avait aussi pour lui. Tout ça, Luis ne l’a jamais oublié. Il a aidé le club et aujourd’hui mon père garde sa maison.

Ici à Montevideo ?
Oui. Tu sais, mon père a eu une vie difficile, pleine de merdes et de malchance. Il a fait mille métiers. Quand il a eu 50 ans, il était chauffeur de bus et commençait à perdre la vue. Un jour, Luis appelle et demande à mon père comment ça va. Il lui dit « Ça va » . Luis lui demande comment ça va vraiment. Alors mon père lui a raconté la vérité. Que c’était dur, et qu’une nuit difficile l’attendait. Quelques jours plus tard, Luis l’a rappelé pour lui proposer ce travail. Tu sais, c’est un type avec des valeurs. Il t’appelle toujours dans les moments importants, il connaît mieux les dates des anniversaires des gens de ma famille que moi. (Rires). Le pire, c’est que c’est vrai.

« Luis a toujours eu un cul énorme »

Aujourd’hui, quand tu le regardes avec Liverpool, tu reconnais le joueur avec qui tu partageais l’attaque de Nacional ?
C’est le même, il a pas du tout changé. Un attaquant inné, qui vit pour le but. C’est dingue, il fait la même chose depuis toujours : dès qu’il reçoit la balle, il se met face au but et essaye de te caler un petit pont. Si ça passe pas, il est tellement près de toi qu’il sait qu’il va avoir le contre favorable et partir au but. Il a toujours fait ça. Si tu anticipes, tu es mort, parce qu’il va te mettre un crochet. En plus, Luis a toujours eu un cul énorme : il foirait une tête et frappait avec l’oreille, ça finissait en lucarne. Une chance incroyable.

La légende voudrait qu’il ait failli abandonner le football à cause de cette enfance difficile, qu’il traînait dans les boîtes, avait de mauvaises fréquentations. Tu confirmes ?
C’est faux. Cette histoire, c’est la mienne, c’est celle de pas mal de nos potes. À un moment, on sortait tous les vendredis et les samedis soirs, même s’il y avait match le lendemain. On allait en boîte, et moi je sais même plus comment je rentrais, on me mettait dans un taxi pour m’envoyer à la maison. On traînait dans le parc, on se mettait des caisses. Luis, il est venu avec nous de temps en temps, mais je ne l’ai jamais vu bourré. Il nous disait toujours qu’on devait arrêter de fumer, que c’était mauvais pour nous, pour notre football.

Qu’est-ce qui fait la différence, qu’est-ce qui fait qu’à un moment dans la vie, certains prennent à droite et d’autres à gauche ?
La tête, le mental. Luis, il a réussi parce qu’il avait du talent, mais surtout parce qu’il a tout donné pour ça. Il s’est dédié au football. À l’époque, on était tous très forts. Sauf que moi j’allais jouer après deux heures de sommeil ou à moitié stone. Luis, non. Si tu donnes tout pour le football, tu y arrives. Luis avait la rage. Les gens de Nacional pariaient avec lui : si tu mets un but, on te paye un coca et un hot-dog. Si tu en marques deux, on t’en paye deux. Je me rappelle d’un match contre Huracán Paso de la Arena où il avait mis 11 buts.

Tu te rappelles du moment où il a rencontré Sofia, celle qui est devenue sa femme aujourd’hui ?

Bien sûr. Luis devait avoir 15 ans, et elle à peine 12 ans. C’était à La Fabric, une boîte de Montevideo. On y allait pour ce qu’on appelait les « Matinées » : avant minuit, les discothèques ouvraient pour les adolescents. Mais Luis a toujours été un casanier, attaché à la famille. Alors quand il a rencontré Sofia, ça a tout de suite été le grand amour.

Tu penses parfois au destin ? Au fait qu’un gamin avec lequel tu jouais est devenu l’un des meilleurs du monde, à sa trajectoire dans la vie et à la tienne ?
Tu veux que je te dise la vérité ? J’y pense tous les jours. Quand je vois les matchs de Luis à Liverpool, quand je lis les journaux. Aujourd’hui, j’ai plus de boulot, je bosse dans l’épicerie de ma femme, et le vendredi et le samedi soir, je mets un barbecue là, au coin de la rue, et je vends des choripans (sandwich à la saucisse, ndlr). Au final, c’est toi qui décides de ce que tu deviens.

Et Suárez a toujours eu ce tempérament explosif sur le terrain ? Il t’a déjà mordu par exemple ?
(Rires) Non, il ne m’a jamais mordu. Mais il a toujours été comme ça, la tête dure. Aujourd’hui, on dit que Luis est un fils de pute. Bien sûr que sur un terrain, c’est un fils de pute. Mais c’est un magnifique fils de pute ! C’était un nerveux, et pas seulement sur le terrain. Il était toujours à te charrier mais toi tu pouvais rien lui dire. Nous, on l’appelait « Oreilles de beignet » pour se moquer de lui, où alors on se foutait de son accent de paysan, de sa manière de dire « si mami, si papi » . Il devenait fou, il partait énervé sans rien dire où alors il nous courait après comme un dingue. Encore une fois, il n’a pas changé. Quand je le regarde jouer, en cinq minutes, je peux te dire s’il va faire un bon match ou non. S’il loupe les deux trois premiers ballons qu’il touche, il s’énerve et il va faire tout de travers. Par contre, tu sais que si ça marche, il va voler. En ce moment, il vole beaucoup.

Propos recueillis par Pierre Boissonà à Montevideo



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