1. // France – Ligue 1 – 24e journée – Guingamp/Monaco

Mandanne, seconde lame de l'EAG

Si Guingamp s'en tire bien actuellement, c'est grâce à Claudio Beauvue, mais aussi à son plus discret partenaire d'attaque Christophe « Toto » Mandanne. Un joueur de l'ombre, aux performances et à l'importance dans un collectif trompeuses si l'on s'en tient seulement à ses statistiques en carrière. À tout juste 30 ans, il est enfin devenu ce qu'il aurait déjà pu être une décennie plus tôt : une valeur sûre de la Ligue 1.

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Dans la catégorie des attaquants de pointe, il y a ceux dont les statistiques font le CV, et puis il y a les autres. Les besogneux, les travailleurs de l'ombre, les joueurs de l'avant-dernière passe, du contre-appel qui permet au coéquipier de marquer, des accélérations à répétition qui lassent les défenses adverses et offrent les demi-secondes d'inattention qui donnent l'opportunité de tuer le match sur un coup de pied arrêté. Toutes ces petites choses non quantifiables, qu'on ne peut reproduire sur un tableau Excel avec la colonne des buts marqués et des passes décisives. Christophe Mandanne fait partie de ces mecs qui demandent qu'on le regarde vraiment évoluer sur un terrain, sur tout un match, sur plusieurs même, pour comprendre pourquoi ils réussissent en pro malgré des « résultats » individuels tristounes.

Lors de ses meilleures saisons, l'actuel Guingampais plafonne à 10 buts pour sa pomme. Souvent le bilan annuel tourne plus autour des 5 pions. En 2013/2014, il s'est même contenté de n'en marquer qu'un seul. Ce qui n'a pas empêché son entraîneur de lui accorder de nouveau sa confiance cette saison, avec d'ailleurs plus de réussite offensive : 6 buts marqués en championnat depuis l'été dernier, plus 1 en Coupe de la Ligue et 1 en C3, ainsi que 2 passes dé'. Une performance ! Dans le 4-4-2 du père Gourvennec, il forme actuellement avec le spectaculaire Claudio Beauvue l'un des duos offensifs les plus prolifiques de la L1. Élu joueur du match lors de la dernière précieuse victoire de l'EAG à domicile face au voisin lorientais (3-2), Mandanne semble enfin légitime pour évoluer en élite. À tout juste 30 ans (il les a fêté samedi), il était temps.

« Il en avait marre de la Ligue 2… »


L'ascension a été tardive, mais elle est méritée pour Philippe Hinschberger, l'entraîneur qui l'a lancé chez les pros en 2004 sous les couleurs du Havre. « Christophe fait partie d'une sacrée génération de jeunes joueurs du HAC qui ont découvert le haut niveau à peu près en même temps, se souvient-il. Il y avait Mandanda, Lassana Diarra, Hoarau… Mandanne et Hoarau étaient les deux Réunionnais de la bande, très copains. L'un était plus discret que l'autre, c'est sûr. » Le discret, c'est Mandanne, « un caractère un peu taciturne, même » , pour son coach de l'époque, qui précise : « C'était un très gentil garçon, apprécié du vestiaire, mais assez effacé. Il avait 19 ans… Sur un terrain par contre, il avait déjà toutes les qualités de l'attaquant moderne : de la vivacité, du jump, du carburant, la technique, des courses imprévisibles… La finition ? Ça n'a jamais été son fort, mais il a toujours été utile pour une équipe. Partout où j'ai entraîné ensuite, j'ai toujours essayé de le recruter. » Mais Mandanne trace sa route en solo, sans plus jamais craindre pour son statut pro, mais sans jamais vraiment flamber non plus. Il touche un peu au National, puis redécouvre la L2 avec Tours, avant de partir pour Dijon, club où il restera sous contrat de 2007 à 2008. Un quinquennat fait de hauts et de bas. Hinschberger, qui avait gardé le 06 de son protégé, se rappelle surtout des bas. « À un moment, il en a vraiment eu marre de la L2. Je l'avais appelé, je voulais le récupérer à Laval, mais lui voulait partir à l'étranger, il ne voyait plus sa chance d'évoluer au-dessus en France arriver. »

Fan de Sonny Anderson


Pour les hauts, c'est du côté des anciens coéquipiers qu'il faut voir. Mickaël Isabey par exemple, avec qui il a évolué deux saisons en Bourgogne entre 2009 et 2011. « C'est super pour lui qu'il se montre en L1, et c'est mérité. Toto, c'est le genre de mec qui s'entend bien avec tout le monde dans un vestiaire, un gars tout le temps souriant qui se fond parfaitement dans le collectif. » Mêmes commentaires laudateurs de la part de David Linarès, qui a terminé sa carrière à Dijon en 2010. « Le premier adjectif qui me vient à l'esprit le concernant c'est : attachant. Un vrai gars bien, d'une grande simplicité, d'humeur constante, mentalité impeccable… » Et sur le terrain ? « Une énorme qualité de percussion, même si c'est vrai qu'il n'était pas toujours adroit devant le but (rires) ! Je me souviens que c'était un gros fan de Sonny Anderson et je le chambrais pas mal avec ça parce que Sonny, j'avais joué avec lui à Lyon. Bon, c'était pas la même efficacité, mais il y avait quand même un point commun entre les deux : ce côté félin, imprévisible, avec une capacité innée de trouver des espaces libres pour se démarquer et proposer des appels. » Isabey au rebond : « À l'époque, en attaquant de surface, on était servis avec Ribas. Toto, c'est plus un joueur de rupture, qui sait dézoner d'instinct pour faire l'avant-dernière passe, occuper un ou deux joueurs sur un appel, tenter la frappe de loin… Avec Beauvue, de ce que j'ai vu, ils se complètent bien. » Les deux gaziers, complices sur le terrain comme en dehors, sont les grands artisans de la bonne forme actuelle des Guingampais. Depuis qu'elle a entamé son redressement face à Caen le 3 décembre (5-1), la formation bretonne a inscrit 26 buts toutes compétitions confondues (en 13 matchs), dont 20 sont l'œuvre du duo infernal. À ce rythme, Mandanne aussi pourrait se contenter de brandir sa feuille de stats pour montrer ce qu'il vaut.


Par Régis Delanoë
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Mouais, une valeur sûre de L1, c'est un mec qui peut réussir dans plusieurs clubs de milieu de tableau selon moi.

Mandanne, c'est pas dit qu'il réussirait aussi bien s'il avait pas une équipe en pleine bourre et un beau Beauvue à côté de lui.
Note : 1
Message posté par KDurant
Mouais, une valeur sûre de L1, c'est un mec qui peut réussir dans plusieurs clubs de milieu de tableau selon moi.

Mandanne, c'est pas dit qu'il réussirait aussi bien s'il avait pas une équipe en pleine bourre et un beau Beauvue à côté de lui.


Assez d'accord, et puis il est gentil Hinsch, mais le Mandanne époque HAC n'avait pas du tout le niveau pour être titulaire (ce qu'il était pourtant...). Je suis émerveillé de le voir disputer l'Europe avec Guingamp, mais ça dit plus de la capacité de Gourvennec à transcender des joueurs limités que de la progression individuelle de Mandanne.
C'était pareil à Dijon. Mandanne, on le voyait courir partout, tenter des trucs, il était plein de bonne volonté mais super limité. Heureusement pour lui, il y avait à côté de lui le meilleur joueur de Ligue 2 de l'époque, Seba Ribas, pour lui offrir deux-trois possibilités de marquer.
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