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Manchester City et son modèle

Ce dimanche après-midi (14h30), place au traditionnel rendez-vous du Community Shield entre le champion d’Angleterre, Manchester City, et le vainqueur de la FA Cup, Chelsea. Une rencontre très éclairante sur l’état des forces dans le royaume et sur le temps qui passe...

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Le cadre ne sera pas tout à fait à la hauteur de l’événement. Villa Park est une très respectable enceinte mais tellement loin de la majesté de Wembley, réquisitionné par les Jeux Olympiques. Reste qu’un Community Shield suffit en soi à assurer le prestige du coup d’envoi traditionnel de la saison anglaise, rendez-vous plus que séculaire maintenant (la première édition date de 1908 quand Manchester United avait fracassé QPR sur le score de 4-0). Et ce n’est rien de dire que le casting de ce dimanche sera doré à l’or fin. Manchester City, champion d’Angleterre, a rendez-vous avec Chelsea, vainqueur de la FA Cup comme il se doit mais aussi, détail essentiel, champion d’Europe en titre. Qui dit mieux ? Et après ça, qu’on vienne encore nous les briser avec les Clasico, tiens ! Oui, ce hors d’œuvre a des allures de festin. D’autant que l’affaire est lourde de sens sur le plan historique.

Car au fond, Manchester City est l’émanation de ce que fut Chelsea il y a un peu moins de dix ans. Soit une superpuissance financière nouvelle dans le paysage, une superpuissance dont les ressources paraissent sans fin. A l’époque, c’est Roman Abramovitch qui était venu apporter sa fortune dans le sud-ouest de Londres pour bâtir à un coups de centaines de millions un effectif capable de dégommer Manchester United avant de dominer l’Europe. Désormais, ce sont les fonds d’Abu Dhabi qui financent avec force transferts surpayés les ambitions les plus folles qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à celles des Blues en leur temps : dégommer Manchester United avant de dominer l’Europe. L’histoire n’est qu’un éternel recommencement.

Le plus dur, c’est la première fois

Maintenant, on ne va pas se mentir non plus : si les Citizens figurent un peu aujourd’hui ce que furent les Blues hier, c’est que ces derniers ne sont plus exactement ce qu’ils étaient. Et en ce mois d’août encore moins qu’en mai dernier. Soyons francs, le sacre européen face au Bayern Munich doit autant à la force intime de ce groupe qu’à une manière de providence qui aura escorté les Londoniens tout au long de leur printemps révolutionnaire. Car depuis près de deux ans, Chelsea, sans plus beaucoup d’essence dans le réservoir de ses vieux grognards, roulait sur la jante. Alors bien entendu, dans le money time, les pensionnaires de Stamford Bridge ont su rassembler leurs dernières forces pour aller vers ce destin. Mais par définition, un miracle ne supporte guère le pluriel. Surtout sans la sorcellerie envolée de Didier Drogba. C’est donc un Chelsea lifté par plusieurs arrivées comme Eden Hazard, Marko Marin ou encore Oscar (retenu aux Jeux avec le Brésil), qui va se présenter à Birmingham. Sans oublier que cette saison pourrait vraiment marquer la renaissance définitive d’un certain Fernando Torres, remis en selle par sa fin de saison et son Euro triomphal, un retour forcément très prometteur.


Le hic, c’est qu’en face, il ne sera aucunement question de reconstruction. Manchester City semble au sommet de son art. L’escouade de Roberto Mancini a fait sauter le dernier verrou en arrachant (le mot est faible) la couronne de la tête de sir Alex Ferguson et ses Red Devils. Comme disait souvent Zidane, qui s’y connait question gagne : «  On dit que le plus dur est de confirmer. Je ne crois pas. Quand on gagne la première fois, derrière on a toutes les certitudes pour enchaîner. Le plus dur, c’est de réussir à gagner la première fois  » . De quoi filer les jetons au reste du royaume où beaucoup craignent qu’il ne soit vite trop petit pour l’appétit gargantuesque des Mancuniens. Et déjà certains d’imaginer que l’affiche de ce dimanche après-midi oppose peut-être, allez savoir, le champion d’Europe sortant au… prochain champion d’Europe. Wembley ou pas, ce Community Shield est terriblement fascinant.

Dave Appadoo
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