Malaga : « Un ange est descendu du ciel »

Quand le Cheikh qatari et son bras droit jordanien Abdullah Gubn ne sont pas là, José Carlos Perez dirige Malaga City d'une main de maitre. Responsable du recrutement cinq étoiles des andalous, le petit chauve enchaine les cigarettes comme des perles. Interview exclusive de l'ambianceur du mercato estival.

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Que signifie l'arrivée du Cheikh Bin Al Thani dans un club comme Malaga ?


Avant, Malaga était un club très humble qui avait connu une série de déboires économiques très graves. Avant l'arrivée du Cheikh, nous survivions, maintenant nous avons des perspectives très différentes.

Est-ce que vous travaillez de la même manière qu'avant maintenant que vous avez plus d'argent ? Est-ce que vos habitudes ont changé ?


C'est très facile de changer quand on a de l'argent. C'est comme si un Soudanais sans ressources débarquait à Manhattan. Il ne peut qu'être à l'aise. Par contre, si tu es new-yorkais et que tu as vécu toute ta vie dans un petit confort, tu auras sûrement plus de mal à t'adapter au Soudan. L'arrivée du Cheikh a transformé le club. Sportivement, c'est le jour et la nuit, économiquement, c'est pareil. Mais nos structures ont également été profondément modernisées, tout comme notre service marketing. Nous avons l'assurance que Malaga deviendra tôt ou tard un grand club européen voire mondial.

Est-ce que vous aimez l'étiquette de nouveaux riches que l'on vous colle désormais ?


Non, ça ne nous plait pas. Premièrement, tous les salariés du club n'ont jamais été riches et ne le seront probablement jamais. Personnellement je ne suis pas Crésus, tout comme ceux qui m'entourent. Et puis, le cheikh Al Thani n'est pas un nouveau riche. Il l'a toujours été. Pour lui, ce n'est pas nouveau d'avoir à gérer de l'argent.

Est-ce que vous pensez que vous pouvez conserver une identité propre malgré l'arrivée de capitaux étrangers ?


C'est difficile mais nous sommes convaincus que nous pouvons le faire. Nous voulons être le club le plus important d'Andalousie. Vous savez, ici, la notion d'identité est très importante, nous sommes profondément attachés à notre terre. L'Andalousie compte 12 millions d'habitants, soit 25 % de la population espagnole. Être la référence du football andalou, ce serait déjà très bien pour commencer. Si on fait les choses bien, ça arrivera rapidement.

La saison dernière, Malaga s'est sauvé dans les dernières journées. Pensez-vous que le club pourra véritablement franchir un cap dès la saison prochaine ?


La saison qui commence bientôt va être très importante. C'est une saison charnière pour l'histoire du club, car nous avons l'obligation et les moyens pour faire un grand bond qualitatif. Le nouveau Malaga est arrivé et nous espérons tous que la saison sera belle. Il n'y a pas de raison pour que cela ne soit pas ainsi au vu du recrutement que nous avons réalisé.

Avez-vous la sensation que la réputation de Malaga a changé depuis l'arrivée du Cheikh ?


Elle a changé à 100%. Maintenant on est jalousés, haïs et respectés à la fois. Un ange est descendu du ciel pour nous aider et ça va nous poser problème car tout le monde va vouloir nous battre. Malaga a toujours été un club avec une image sympathique en Espagne. Nous allons tout faire pour être encore plus sympathiques même si nos objectifs sportifs ne sont plus les mêmes... On va essayer de se comporter en gentlemen et de prôner le fairplay non seulement lors des victoires mais aussi les jours de défaites.

Vous pensez que Malaga sera la troisième équipe à battre après le Barça et le Real Madrid ?


Oui, mais c'est normal. On est persuadés d'être l'un des clubs les plus importants de la Liga à moyen et long terme.

Quels sont vos rapports avec le cheikh et Abdullah Gubn ?


Nous avons des rapports exquis. On est d'accord sur à peu près tout. Abdullah, malgré sa jeunesse, est quelqu'un de très expérimenté dans le monde des affaires mais il est aussi très doué en ce qui concerne la politique sportive même si ça paraît étrange.

Vous pouvez avoir le droit de ne pas être d'accord avec eux ?


Bien sûr. Ils sont ouverts au dialogue. Les Qataris sont des gens qui sont friands de conseils et qui savent changer d'avis si les arguments qu'on leur oppose sont bons. Je le répète : les relations sont très saines entre nous.

Est-ce que le projet sportif de Malaga peut s'inscrire plus largement dans un cadre socioculturel selon vous ?


Pour être un grand club, il nous faut dépasser les frontières du terrain. On en a conscience et c'est aussi pour cette raison que nous avons choisi l'Unesco comme sponsor. C'est une fierté de les avoir sur notre maillot et ça doit être une fierté pour la ville de Malaga et pour l'Espagne toute entière qu'un organisme comme celui-là s'affiche sur nos maillots. On a négocié pendant un an pour pouvoir être les partenaires de l'Unesco. C'est tout, sauf facile et anodin.

Est-ce que vous avez dit non à d'autres annonceurs pour pouvoir apposer l'Unesco sur votre maillot ?


On a déboursé beaucoup d'argent pour obtenir l'accord de l'Unesco et nous avons dû repousser beaucoup d'offres alléchantes d'annonceurs exclusivement étrangers pour pouvoir concrétiser ce partenariat unique. Pour nous, c'est une vraie fierté. C'était quelque chose de vraiment important et, heureusement, nous y sommes arrivés.

C'est un peu bizarre d'avoir refusé des offres d'annonceurs privés, non ?


Il y a quelques mois, j'aurais trouvé ça hallucinant, mais aujourd'hui nous pouvons nous le permettre. Nous avons assez d'argent pour nous permettre de faire une croix sur un telle rentrée d'argent. Mais surtout, nous avons une philosophie différente depuis l'arrivée du cheikh. On voit la vie différemment. On est un peu comme les gens qui auraient échappé de peu à la mort : on essaie de profiter à fond de l'instant présent et de transmettre un message positif. Nous sommes heureux d'être là et de notre situation. Pourquoi on le cacherait ?

Vous êtes au club depuis dix-huit ans. Qu'est-ce que vous auriez dit à l'époque si quelqu'un vous avait dit qu'un cheikh qatari allait racheter Malaga ?


Si ça avait été le cas, j'aurais dit à ce type d'aller se faire voir ailleurs. Je l'aurais traité d'imbécile même...

Quel est votre objectif pour la saison qui vient ?


Notre objectif, c'est d'être européens et si possible de pouvoir lutter pour un titre. Mais attention, on ne se met pas la pression. Le football, ce n'est pas des mathématiques, si nous n'y arrivons pas cette année, on ne perdra pas la tête.

Pensez-vous que Manuel Pellegrini est l'entraineur idéal pour le nouveau projet de Malaga ?


Quand on a engagé Pellegrini l'année dernière, c'était pour qu'il soit l'homme d'un projet sportif important à long terme. Manuel est un magnifique entraîneur. Sans doute l'un des meilleurs du monde. Mais l'homme est encore plus impressionnant que l'entraineur. C'est un véritable seigneur des pieds à la tête. Il est au courant de tout ce qui se passe dans le club. Manuel est ravi des joueurs qui sont mis à sa disposition et nous sommes ravis nous aussi qu'il soit avec nous. Ce n'est pas pour rien qu'on l'a renouvelé. Nous avons une confiance aveugle en lui et je vais même aller plus loin : nous souhaitons qu'il reste avec nous pour les dix prochaines années.

Au FC Séville, Monchi, le directeur sportif, compte sur une équipe de 80 scouts pour trouver des perles rares. Comment ça se passe à Malaga ?


Antonio Fernandez, notre directeur sportif, est quelqu'un de très compétent. En Espagne, c'est une référence. D'ailleurs, il a été l'un des bras droits de Monchi au FC Séville. Il a travaillé pour Valence et, surtout, il a travaillé ces dernières années pour la sélection espagnole. Hasard ou coïncidence, la Roja est devenue championne d'Europe et du monde... Son CV est en béton.

Quelle va être votre politique de recrutement à moyen et long terme ?


L'année prochaine, nous allons pouvoir compter sur une académie de football ultramoderne qui sera sans doute le centre d'entrainement et de formation le plus important d'Europe. Nous allons quadriller la province pour qu'aucune jeune promesse ne nous échappe. Et puis surtout nous allons pouvoir compter sur du matériel, des installations de grand standing avec notamment dix-neuf terrains de football pour l'ensemble des équipes du club. Le futur Malaga sera composé à 80% de joueurs du cru entourés de grands joueurs étrangers. D'ici à cinq, ans je pense qu'on pourra voir les premiers résultats de ce travail de formation.

Vous pensez que le Cheikh sera encore là dans cinq ans ?


Oui, c'est sûr. J'en suis convaincu.

Quel est le rêve du Cheikh pour Malaga ?


Son rêve, c'est de faire de Malaga, l'un des clubs les plus importants du monde. Il veut voir Malaga au sommet. Pour l'instant, c'est encore un rêve, mais on a les moyens de le rendre réel. On travaille dans ce sens-là en tout cas.

Pensez-vous que les habitants de Malaga vont troquer leur maillot du Barça ou du Real Madrid contre celui de Malaga désormais ?


Je pense qu'on est sur la bonne voie. Nous avons vendu 26000 abonnements en 24 heures et il y a une liste d'attente de 1000 personnes. Dans l'histoire du club, ça n'était jamais arrivé. Les gens ont récupéré la fierté d'être “malaguista” et pour l'instant, c'est notre première victoire. Il y a vingt ans, voire dix ans, quand le Barça ou le Real venaient jouer à la Rosaleda, c'était comme si Malaga jouait à l'extérieur. Que les maillots du Real et du Barça se vendent à Madrid et à Barcelone parce qu'ici, ils n'intéresseront bientôt plus personne !

Propos par Javier Prieto-Santos

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Dans cet article

Un nouveau City/Chelsea est né. Heureusement qu'il existe encore des clubs avec des histoires, parce qu'on ne verra bientôt plus que des clubs de merde avec des pétrodollars.
COncurrence déloyale vous avez dit ?? Un peu comme si des courreurs disputaient un marathon mais que juste une infime partie d'entre eux étaient dopés, mais que c'était tout à fait légal...
"Les gens ont récupéré la fierté d'être malaguista” ->un cheik et un chèque suffisent à retrouver l'amour du maillot...monde de m erde
Manchester City et Chelsea avait une histoire bien avant d'être repris par des propriétaires riches. Ce qui se passe à City est moche et je ne comprends pas l'intérêt sportif d'accumuler les joueurs de talents pour les mettre sur le banc de touche et les revendre un an après, mais quelle est la différence avec le Real Madrid, le Barça ou l'Inter ? Ils sont riches depuis toujours alors c'est plus légitime, moins moche ?

C'est absurde, soit l'argent c'est bien, soit c'est mal. Mais ça ne peut pas être bien pour certains et mal pour d'autres. Les joueurs du Barça, du Real et de Manchester United sont payés avec de l'argent comme les autres, beaucoup d'argent, mais comme ce sont des clubs "historiques" alors ça ne choque personne. Mais si c'est Chelsea ( que je n'aime pas ) ou Manchester City ( que j'apprécie encore moins ), c'est horrible, c'est le capitalisme, la mort du football etc.

Un club comme le Real balance 100M en transferts à chaque intersaison. Comment peut-on rivaliser avec eux sur le plan sportif sans faire des changements sur le plan financier ? C'est impossible, même des clubs comme Valence qui jouent bien et ont des joueurs de talents finissent à 25 points. Alors les clubs se tournent vers des investisseurs étrangers. L'argent amène l'argent, c'est tout. Le football échappe à toutes règlementations et ne souffre quasiment d'aucun contrôle, il ne faut pas se plaindre quand les autres clubs décident de jouer sur le même terrain.
C'est exactement ce que l'on disait en France il y a quelques années quand Chelsea a été repris par Abramovitch. Maintenant que c'est le PSG qui bénéficie du système, on se dit après tout pourquoi pas, si ça nous permet d'avoir un club français un peu plus fort.

Cette situation me fait vraiment plaisir parce qu'elle a au moins le mérite de démontrer l'absurdité du modèle actuel, absurdité que personne ne voulait voir quand c'était les clubs "à histoire" qui en profitaient un maximum. En 2003, tous les spécialistes football disaient que Chelsea n'allait jamais fonctionner, qu'on ne pouvait pas acheter des titres, qu'il fallait une tradition etc. Eh bien si, on peut, Abramovitch l'a prouvé.
Platini a dit "quoi qu'il arrive à Manchester City, si ils gagnent une coupe d'Europe, ça ne sera pas du sport, mais une victoire politique et économique". Et quand le Real gagnait avec les Galactiques, c'était la victoire de quoi ? Tous ces nouveaux investisseurs étrangers milliardaires ont parfaitement compris comment fonctionnait notre football. Ils nous disent en gros "Ok, c'est comme ça ? Alors moi je reprends ce club, je vais mettre deux fois plus d'argent que je vous, et je vais gagner".
si on avait été dans un bar, je t'aurais payé l'apéro Général !
@ General Delacroix:

D'accord avec toi sur pas mal de points,

mais pour l'Inter, Barça..., c'est aussi le succès des clubs qui a amené plus d'argent, autrement dit, le club avait "mérité" qu'on investisse dans sa structure et son développement.

Aujourd'hui, c'est le potentiel de la bulle du football-business qui attire les investisseurs, plus que le succès passé du club, qu'il soit sportif ou économique.

Enfin bon je suis entièrement d'accord avec toi sur le reste; si un jour je vends ma voiture et qu'un mec me propose plus que sa valeur, et en cache, je vais pas lui demander d'ou il sort son argent...
Pourquoi des anciens pauvres ne pourraient-ils pas devenir des nouveaux riches? Seuls les géants qui écrasent leur championnats de leur toute-puissance financière malgré des endettements colossaux auraient le droit de dépenser à foison?

Je ne suis pas fan non plus du business model des Man City, Malaga, mais bon...Faut bien commencer quelque part.
Le Milan de la première moitié des années 80 (certes avait déjà une histoire très riche en terme de titres et de grands joueurs) mais végétait dans entre le milieu de tableau de la Serie A et la Serie B...Sans les thunes du gros Berlusconi, il n'y aurait pas eu le grand Milan et personne ne se toucherait sur le trio d'Hollandais et sur Baresi, Pirlo ou Savisevic. A un moment donné, pour construire un grand club, faut bien des sous...Si le Real des années 50 ou l'Inter de la première moitié des années 60 chopait les meilleurs joueurs et raflait des titres c'est bien parce qu'ils avaient de la thune. Personne ne leur conteste le statut de "grand club"
Donc si on suit la logique implacable de certains, c'est moins scandaleux de voir un magnat des médias et politicien véreux et adepte de partouzes avec des mineurs qui met des thunes dans un club qu'un sheikh arabe ou un oligarque russe non moins véreux.

Le Barça de 2011 sur lequel tout le monde se touche est fort grâce à son identité de jeu et sa belle politique de formation, mais niveau dépenses colossales parfois judicieuses (30 M€ pour Dani Alves ou 40 M€ pour Villa c'est pas donné)et souvent foireuses (Guardiola et ses deal Ibra-Eto'o, Caceres, Chigrinskiy, Hleb, Henrique...C'est du 110 M€ en 3 ans pour un apport très médiocres), ils n'ont rien à envier à City
C'est obvious ce que je dis, mais à un moment donné, faut bien passer par le stade "nouveau riche".
On en est très très loin, mais si Malaga ou City dans 15 ans ont raflé chacun 2 C1 et 4 championnats chacun, ben que vous le vouliez ou non, ils auront mérité leur statut de "grand club".Je regrette comme beaucoup le modèle ultra-capitaliste qui gangrène le football, mais si on doit être cohérent, on doit dénoncer les grands clubs, pas seulement les "nouveaux riches".
Bref je co-signe le Général Delacroix.
on en est à l'étape de la Grandeur......j'attends la Décadence !
Je veux voir ce que devient un club « New Rich » comme Malaga quand le tycoon ne s'amusera plus de son jouet.
Ce n'est pas de la concurrence déloyale sauf pour des xénophobes ... D'ailleurs , çà n'empêche pas des pays européens populistes au fond à la pensée xénophobe , ou qui songeraient à des quotas , de faire du business en vendant des droites télé à al jazeera par exemple tout en songeant à interdire à des jeunes issus de l'immigration récente de parfaire ou jouer pour le pays de son choix, ou politiquement, ceux qui stigmatisent des femmes voilées ( pas celles qu'on voit sur les champs élysées parce qu'elles sont souvent des femmes de dignitaires
mais celles des banlieues servant des interets condamnables, nauséabonds visant l'ensemble d'une civilisation).
Pour revenir à la concurrence déloyale ou plus exactement,la concurrence illégale , c'est plutôt le fléau du dopage qu'il faudrait médiatiser et sanctionner davantage : exemple,la juve dans les années 1990 et d'autres clubs .
non c'est à cause des lasers dans les stades tout ça...
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