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Mais qui sont donc ces fameuses taupes ?

La semaine dernière, Marcelo Bielsa s’est réveillé, a allumé son ordi et a pu écouter son discours fait aux joueurs dans l’intimité du vestiaire sur tous les sites d’informations sportives. La faute à l'une de ces « taupes » de vestiaire, ces informateurs de l'intérieur prêts à tout balancer aux journalistes mis à distance et affamés...

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Quel est le point commun entre l’Equipe de France, l’Allemagne, le Real Madrid et l’Athletic Bilbao ? A première vue, aucun. Et pourtant, les quatre ont récemment été touchés par le virus de "la taupe de vestiaire". Cet individu discret, joueur ou membre du staff, prêt à tout balancer aux journalistes. La dernière victime se nomme Marcelo Bielsa, qui a eu la mauvaise surprise d’écouter dans les médias une bonne partie du discours qu’il avait fait à ses joueurs au lendemain de la défaite face au Barça, en finale de la Coupe du Roi, au mois de mai dernier. « Dans ce cas, c’est encore un peu plus grave parce que ça a été enregistré, mais au fond, quelle est la différence entre passer un enregistrement à un journaliste et tout lui raconter ? C’est devenu très fréquent. Et c’est honteux » , s’est agacé l’entraineur argentin. C’est un fait, les vestiaires se fissurent. Ce moment d’intimité entre joueurs et entraineurs, d’échanges tactiques, d’échanges de mots, est menacé. Patrice Evra s’était senti investi d’une mission de haute importance, la recherche de cette taupe ou de ce « traître » , en pleine Coupe du Monde. Joachim Löw est devenu fou lors du dernier Euro, furieux qu’il était de voir systématiquement sortir ses compositions d’équipe dans la presse à la veille des matchs de la Mannschaft. Casillas, lui, a dû aller raconter en conférence de presse que non, il n’est pas cette taupe du Real Madrid qui se plait à détailler les tensions de vestiaire entre pro et anti-Mourinho.

La taupe aux yeux d’or

Depuis deux ans, les Bleus sont particulièrement atteints par le phénomène. Après l’épisode Anelka, on a encore eu en Ukraine quelques miettes de discutions virulentes entre Laurent Blanc et Ben Arfa et entre Nasri et certains de ses coéquipiers. Il faut dire que les médias s’alimentent de ces querelles de vestiaire. En période de crise de la presse, tout est bon à prendre. Ou plutôt à vendre. Si le quotidien sportif le plus lu en France titre « Va te faire enculer sale fils de pute » , c’est que ça lui rapporte. Tant qu’à jouer la carte du sensationnalisme sur le fond, autant y ajouter la forme. A Knysna, la taupe et ses employeurs, les médias, ont transformé un simple échec sportif en fiasco moralisateur, fort juteux médiatiquement. On aurait pu s’arrêter là, analyser nos limites techniques, tactiques, de préparation. On aurait conclu en quelques jours qu’on n’avait pas le niveau et le sujet aurait été clos. Mais rendre publics l’embrouille de vestiaire, les mots d’un joueur envers son entraineur, les échanges musclés, qui ont lieu régulièrement dans tous les vestiaires du monde, ça prolonge le plaisir. Les joueurs, perturbés et naïfs, perdent les pédales. Soudainement, tout le monde, même les non-footeux (individus et médias), s’intéressent à l’Equipe de France et connaissent Anelka et Ribéry mieux que leurs proches. Footballeurs, anciens footballeurs, hommes politiques, "experts", tous y vont de leur analyse, de leur commentaire. Le débat est lancé. Les journaux sont vendus. L’été médiatique est réussi. Probablement mieux que si la France avait été championne du monde.

Couteaux dans le dos

Si l’intérêt pour les médias est évident, quel est alors celui de "la taupe" ? Faire tomber un entraineur, déstabiliser un joueur pour prendre sa place, faire changer les choses en sa faveur. « Ceux qui sont de ce côté utilisent les journalistes pour dire des choses qu’ils pensent mais qu’ils ne veulent pas dire eux-mêmes, pour ne pas porter la responsabilité de leurs propos. Et le journalisme encourage cette pratique au lieu de la rejeter » , analyse Bielsa. Tirer dans le dos d’un ou plusieurs coéquipiers, en somme. Et manipuler le journaliste si nécessaire. Javier Clemente, qui a connu une petite vingtaine de vestiaires, va dans le même sens. « C’est un manque d’esprit de groupe. Après, il commence à y avoir des doutes, des suspicions. Certains joueurs médiocres utilisent les médias en leur donnant des pistes, pour qu’en échange, le média les récompense en essayant de faire en sorte qu’ils soient titulaires, avec des articles du genre "Pourquoi lui ne joue pas ?". Dans ce cas, ce joueur précis est l’informateur. » Cissé aurait donc tout balancé sur Anelka ?


Médias partout, info nulle part

Le journaliste s’adapte aussi au football et au footballeur moderne. Avec l’hypermédiatisation, l’information en continu et la multiplication des médias, la relation entre joueurs et journalistes a complètement changé. Installer "une taupe" dans un vestiaire est aujourd’hui l'un des rares moyens d’accès au groupe. En concurrence, sous pression, méfiants et censurés par leurs clubs, les joueurs professionnels sont devenus fermés et inaccessibles. « Dans les années 70, l'accès des journalistes aux vestiaires était beaucoup plus aisé. Les stars de l’époque étaient très accessibles et répondaient toujours volontiers. La différence avec aujourd’hui, c’est qu’il y avait quatre radios, une télé et maximum trois journaux locaux. Ce qui ne provoquait pas une cohue mais plutôt une sympathique convivialité qui pouvait se prolonger hors du stade » , se souvient Claude Régent, ancien journaliste de RMC, de France Télévisions et du Monde. Bah oui, avant, les journalistes allaient boire une bière avec l’équipe après le match. Aujourd’hui, le premier joueur aperçu le soir dans un bar un verre à la main se fait descendre, surtout si ça profite à une taupe. Qu’elle soit française, allemande, basque ou madrilène.

Par Léo Ruiz
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