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Mais qui êtes-vous, les stéroïdes anabolisants ?

En révélant les résultats d'une enquête de laboratoires sous contrôle de l'Agence mondiale antidopage, la chaîne de télévision allemande ARD a fait planer à nouveau les soupçons de l'utilisation de produits dopants dans le monde du football.

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Une bombe à retardement. C'est l'effet qu'ont eu les révélations de la chaîne de télévision allemande ARD au sujet de la plus chère enquête jamais réalisée sur le dopage dans le football. Une enquête commissionnée directement par l'UEFA auprès de douze laboratoires différents et dont les résultats laissent pantois. Pour cause, sur 4000 échantillons anonymes d'urine prélevés sur 879 joueurs lors de matchs de Ligue des champions entre 2008 et 2013, 7,7 % présenteraient un taux anormalement élevé en testostérone. Plus que suffisant pour que la mèche d'une tricherie à grande échelle soit rapidement allumée. Et tout aussi rapidement éteinte par l'UEFA elle-même : « Cette enquête ne montre pas de preuves évidentes de dopage » , s'est ainsi empressée de justifier la plus haute instance du football européen. Avant d'ajouter que le « manque de standardisation » des méthodes utilisées et « l'impossibilité » de tester les échantillons B, comme préconisée par l'Agence mondiale antidopage (AMA), prouve qu'aucun « résultat scientifique » ne peut être produit. Alors bonimenteur ou honnête ? Pistes de réponses avec deux experts : Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport français et auteur de l'ouvrage Dopage dans le football : la loi du silence, et Gérard Dine, médecin hématologue.

Muscles, endurance et agressivité


Si tout le monde a un jour su ce qu'était la testostérone, tout le monde n'a pas gardé un souvenir impérissable des cours de SVT du collège et du lycée. Jean-Pierre de Mondenard donne un petit cours de rattrapage. « Les stéroïdes anabolisants sont des dérivés de la testostérone, l'hormone mâle. Pour limiter les effets virilisants - la testostérone donne de la moustache, des poils sur le torse, entre les fesses, développe la pomme d'Adam, etc - des molécules synthétiques ont été développées à la fin des années 1950 qui sont proches de la testostérone » , explique-t-il. Pour faire simple, quand un sportif prend des stéroïdes anabolisants, il prend de la testostérone exogène, qui n'est pas naturellement produite par son corps, et dont les effets secondaires sont nuls. Car outre la pousse des poils, la testostérone a beaucoup d'autres avantages pour le corps humain.

« Suivant l'alimentation associée à la prise de ces stéroïdes, on peut développer de façon importante la masse musculaire. A contrario, si on ne prend pas ou peu de protéines, on développe l'endurance sans la masse musculaire » , détaille Jean-Pierre de Mondenard. Plus de muscles, plus de souffle, plus de puissance : autant d'avantages physiologiques conférés aux dopés. Avec plus de globules rouges, plus d'hémoglobine, les joueurs développent leurs corps au-delà de la norme biologique. « Ils permettent de courir plus vite, de sauter plus haut, de taper plus fort dans le ballon, avec la tête et avec le pied. C'est un produit particulièrement efficace dans un sport comme le football » , détaille le docteur De Mondenard. Mieux encore, les stéroïdes anabolisants auraient des effets psycho-toniques très importants. « On devient plus agressif, plus concerné par le match. On veut à tout prix réussir » , assure le spécialiste.

Bien sûr, les stéroïdes anabolisants sont bannis en France depuis 1997. Ce qui n'empêche pas certains sportifs de s'en procurer par « des circuits alternatifs » , via internet, par exemple. C'est en tout cas ce que pense le docteur De Mondenard. Si certains peuvent se prendre « par voie orale » , des joueurs préfèrent eux les piqûres, « pour la bonne raison que par la voie orale, les stéroïdes peuvent être digérés, et pas absorbés. » . Il faut surtout comprendre que le principe même des stéroïdes se consomment « en cure » , c'est-à-dire sur le long terme, et pas quelques heures avant une rencontre, à la différence des produits stimulants.

Profil hormonal et test isotopique


Pour contrôler efficacement la prise de tels produits, il faut d'abord saisir la différence entre la testostérone endogène, qui est naturellement produite par le corps humain, et la testostérone exogène, qui est ici le produit consommé. Et c'est à ce niveau-là que les premières difficultés apparaissent, puisque certaines personnes produisent naturellement plus de testostérone que d'autres. « La testostérone que les garçons produisent naturellement est très dépendante dans sa production et ses valeurs de l'âge des individus, du moment où on les prélève dans la journée, ou dans l'année, par rapport à l'activité, et par rapport à des variations entre les ethnies des individus » , éclaire ainsi Gérard Dine. « Du coup, pour être sûr de ne pas épingler des joueurs qui ne sont pas dopés, on fait un test isotopique qui permet de faire la part entre la testostérone exogène et la testostérone endogène » , rapporte le docteur De Mondenard.

Pour ce faire, les spécialiste s'appuient sur un profil hormonal type, qui permet de « ne pas analyser uniquement la testostérone comme le produit fini, mais analyser éventuellement d'autres paramètres qui donnent des informations de régulation ou de contre-régulation et qui donc pourraient dire s'il y a eu processus exogène » , explique le docteur Dine. « C'est très facile à détecter. Ça s'appelle le profil biologique sportif avec un profil hormonal. C'est fait depuis 1998-2002. Comme il y a des profils biologiques sportifs à finalité sanguine, il y a des profils biologiques sportifs à finalité hormonale » , ajoute le spécialiste.

Un taux sujet à débat


Le taux de 7,7% d' « échantillons anormalement élevés en testostérone » représente-t-il alors une preuve irréfutable de dopage ? Non, si on en croit Gérard Dine qui appelle à prendre toutes les précautions : « Ce taux n'est pas forcement lié à des raisons de dopage. C'est pour cela qu'il faut toujours être très prudent devant l'interprétation de telles données, quand on n'a pas les bases exactes des populations étudiées. » Les taux élevés de testostérone pouvant être justifiés par différents facteurs allant de l'âge à l'activité de l'individu en passant par son ethnie, il serait ainsi fortuit de tirer une conclusion définitive selon Gérard Dine : « Quand on fait des prélèvements sur des sujets jeunes de moins de 25 ans par exemple - sachant que le dernier pic de croissance peut aller de 18 à 25 ans - les valeurs de testostérone sont plus élevées. À partir de là, on ne peut pas tirer d'informations absolues, mais uniquement des infos relatives sur un échantillon aussi vaste. »

Cependant, tout le monde ne partage pas la grille de lecture. Pour Jean-Pierre de Mondenard, le dopage est bel et bien avéré : « Les laboratoires qui ont été sollicités pour faire cette étude sont des laboratoires qui sont agréés par l'AMA. Quand ils sortent le chiffre de 7,7%, cela veut dire que 7,7% des footballeurs contrôlés dans cette étude sont positifs. Ce n'est pas qu'ils ont un taux naturellement élevé, c'est qu'ils sont positifs ! On a contrôlé, avec le test isotopique, s'ils avaient pris de la testostérone. Les laboratoires ne feraient aucun commentaire sur des tests négatifs. » Le test serait de toute façon galvaudé dès l'embryon : « Tant qu'on n'aura pas compris qu'aucune Fédération au monde ne va dire qu'elle abrite une bande de tricheurs, on n'aura rien compris à la lutte antidopage. C'est un peu comme les sondages. Les partis politiques commandent des sondages et ne révèlent que ceux qui leur sont favorables. Là c'est pareil. Ce n'est pas l'UEFA qui a révélé le truc, c'est ARD et on comprend pourquoi. L'UEFA ne voulait pas révéler ça, alors qu'elle se targue d'avoir zéro positif depuis 50 ans. Tant que les fédérations internationales auront entre leurs mains la lutte antidopage, il n'y a aucun espoir que ça marche. Il faut retirer la lutte antidopage aux fédérations. »

Et Jean Pierre de Mondenard de conclure : « Moi, 7,7%, je trouve que le chiffre est bas. Si on croit qu'il n'y a pas de dopage dans le football, alors il faut croire que les footballeurs viennent de la planète Mars. Les charges de travail ont augmenté, donc le dopage peut être encore plus efficace puisqu'il joue sur la récupération. Les conditions de jeu sont plus favorables au dopage, mais ce n'est pas le principal facteur du dopage. Le principal facteur, c'est l'ego des hommes. Il faut réussir, il faut être reconnu. Les joueurs ne veulent pas jouer pour avoir les notes de 2 ou 3 dans les pages du canard le lendemain. La compétition fait le dopage. La lutte antidopage aussi puisqu'elle n'est capable de grand-chose. » Un bel exemple de serpent qui se mord la queue.

Par Eric Marinelli et Gabriel Cnudde
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