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Mais qui es-tu, le FC Viktoria Plzen ?

La Bohême, c’est une belle chanson d’Aznavour mais c’est aussi une région à l’ouest de la République Tchèque. Le Viktoria Plzen est sorti tout droit de ce petit coin de nulle part pour faire la nique aux géants du football local en décrochant son premier titre de champion à la surprise générale la saison dernière.

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Parfois sans le savoir, tout le monde, ou presque, connait déjà la ville de Plzen. Ou plutôt son nom allemand et sa prononciation phonétique tchèque : Pilsen. Il suffit d'être un minimum amateur de bière légère pour avoir déjà déchiffré la mention, ou l’un de ses dérivés (Pils, Pilsner), sur une bouteille avant d'avoir les yeux embrumés. Eh oui, Barcelone est peut-être la capitale actuelle du football mondial, mais Plzen est la capitale mondiale de la bière, dans un pays dont les habitants sont les plus gros consommateurs de houblon au monde. Un bon prétexte pour accueillir les groupes de rock les plus en vue de République Tchèque une fois par an à l’occasion d’un festival de la binouze et pour partager le titre de capitale européenne de la culture avec Mons en 2015. Mais pas pour avoir un bon club de foot.

Nedved et Cech sur la carte de visite

Car le titre de champion décroché par le Viktoria Plzen la saison dernière n’est rien moins qu’une anomalie. Depuis 30 ans, le ballon rond dans le pays est assez facile à résumer : il y a le Sparta Prague (19 titres) et les autres. Jusqu’ici, les autres venaient souvent de la capitale (Slavia, Bohemians, Dukla, Viktoria Zizkov) ou des classiques provinciaux (Banik Ostrava, le « Marseille tchèque » avec ses supporters ultra-chauds jumelés avec la Pologne, Mlada Boleslav ou Slovan Liberec). Rien à l’ouest de Prague. Et rien ne disposait particulièrement le club de Bohême à venir trainer ses guêtres au Camp Nou. Avant son retour dans l’élite en 2003, le Viktoria facturait une coupe de Tchécoslovaquie en 1971, une élimination éclair en Coupe des coupes contre le Bayern Munich de Beckenbauer la saison suivante, et aucune figure symbolique à se mettre sous la dent malgré les belles performances épisodiques de la sélection nationale (championne d’Europe 76, finaliste des Coupes du monde 34 et 62).

Et puis les choses ont évolué doucement. Prenant exemple sur son adversaire catalan du jour, le Viktoria est devenu un club formateur et a pu rajouter quelques lignes sur son CV (champion national des moins de 15 ans en 2001 puis des moins de 19 ans en 2008) tout en s’offrant deux belles lettres de recommandation. Celle du gardien géant de Chelsea Petr Cech, né à Plzen et formé au club, et celle du Ballon d’Or Pavel Nedved, passé à la masia locale entre ses 14 et ses 19 ans. Nedved qui à son poste a sans doute pulvérisé la carrière internationale d’un autre talent tchèque : Pavel Horvath. Tristement médiatisé pour avoir effectué un salut nazi face caméra avec le Sparta Prague en 2007, Horvath a bougé ses guêtres l’année suivante pour aider les jeunes de Plzen à prendre leur envol.

L’expropriation du Slavia Prague


Mission amplement accomplie puisqu’avec leur nouveau capitaine et meneur de jeu, les Bohémiens ont décroché une nouvelle coupe dès 2010 avant de réaliser une saison presque parfaite. Survolant la première partie de l’exercice 2010-2011 en Gambrinus Liga (encore un nom de bière), les jeunesses horvathiennes ont conquis leur premier titre de champion de République Tchèque avec un point d’avance sur le Sparta grâce à une victoire sur le Banik Ostrava lors de l’avant-dernière journée et un but décisif inscrit par… Pavel Horvath. S’en suit un parcours parfait en préliminaires européens contre le Pyunik Erevan (9-1 en aller-retour), Rosenborg (4-2) et le FC Copenhague (5-2) pour atteindre le Graal de la Ligue des champions.

Sauf que le stade de 25000 places construit en 1955 a dû être réduit à 8500 strapontins en 2003 pour respecter les normes de la ligue nationale et n'avait évidemment pas une capacité suffisante pour accueillir une compétition que le Viktoria Plzen ne pensait sûrement pas atteindre de sitôt. Pas emmerdés, les nouveaux riches ont donc élu domicile dans la capitale pour l’occasion, au Stadion Eden. Une enceinte ultramoderne construite par le Slavia Prague pour accompagner le développement inéluctable d’un club qui voulait à tout prix réussir à concurrencer son éternel rival du Sparta. Pas de bol, les « Intellectuels » ont flirté avec la relégation toute la saison dernière et en sont exactement au même point aujourd’hui après dix journées de championnat. L’anomalie Plzen les salue bien bas.

Par Thomas Pitrel
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