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Mais qui es-tu le Botswana ?

Petit nouveau sur le plateau continental, le Botswana va connaître ses premières joies contre le favori de la CAN 2012, le Ghana. Présentation de cet inconnu du sud de l’Afrique, qualifié comme un petit poucet bien appliqué.

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Jusqu’il y a peu, le Botswana n’était pas grand chose sur la planète football. Jamais qualifié pour les grandes compétitions internationales (CAN et coupe du monde), il avait pourtant fait irruption dans la petite lucarne et les journaux via un dénommé Ismaïl Bhamjee en 2006. Le type cumulait tous les postes possibles des instances du foot : membre du comité exécutif de la FIFA, du comité exécutif de la CAF, président du Conseil des associations de football d’Afrique du sud (COSAFA) et président d’honneur de la Fédération botswanaise de foot. Pris à revendre au black ses tickets perso pour le mondial allemand 2006, évidemment trois fois plus chers que la norme, Bhamjee se fait bannir du monde du foot.

7 joueurs n'évoluent pas au pays

Il faut alors reconstruire le réseau institutionnel du football botswanais qui met un moment à avaler la couleuvre. 108ème au classement FIFA en 2006, la sélection glisse vers à la 115ème place, à la porte des grandes compétitions, au grand désarroi de 2 millions d’habitants à l’aise avec la chose football. Sur le site de l’INA, un Britannique d’une trentaine d’année témoigne. Jonathan Laverick est venu coacher au Botswana après avoir obtenu ses diplômes d’entraîneur aux Bahamas : « Au Botswana, chaque village, chaque école, chaque entreprise a son équipe de football. A 17 heures, tous les terrains de foot du Botswana sont pris d’assaut. Ça fait partie de la vie du pays » . En 2008, on touche le fond lorsque le sélectionneur anglais Colwyn Rowe se fait virer pour manque de résultats. La fédé camouflera ça en précisant surtout qu’elle ne pouvait plus garantir sa sécurité au pays. Côté clubs, toujours en 2008, sous l’œil de la FIFA, les dirigeants locaux avaient réuni tout le gratin pour établir un « plan Marshall » (ce qu’ils appellent là-bas « la déclaration de Bosele » ) visant à la professionnalisation de la BeMobile Premier League pour 2012.

Aujourd’hui, la D1 du Botswana, à 16 clubs, est la 2ème ligue la plus sponsorisée de la région d’Afrique du sud (la fameuse COSAFA), avec 2,5 millions d’euros en poche, après la première division sud-africaine. Pour y participer, les clubs doivent impérativement fournir une équipe sérieuse dans les catégories U15 et U17. On vise sur le long terme. Sur les 23 joueurs présents au Gabon pour la CAN, 7 seulement n’évoluent pas au pays (dont trois titulaires). Pour autant, par la hausse relativement qualitative du championnat domestique, de plus en plus de Botswanais se mêlent à l’émigration vers le championnat d’Afrique du Sud, habituellement plutôt squatté par les Nigérians, les Zambiens ou les Zimbabwéens. En 2012, la nation s’apprête à vivre son premier hymne particulier avec ses Zèbres, désormais dans top 100 mondial (95ème au dernier pointage). En mars dernier, ces surprenants Zèbres étaient même les premiers Africains à se qualifier pour le Gabon et la Guinée Equatoriale. Ils finiront cette phase de poules avec une défaite, deux nuls et cinq victoires, ce qui leur vaut la première position d’un groupe relevé (Tunisie, Togo, Malawi et Tchad).

Un joli coup au Scrabble

Pour le jeu, on repassera. Le style est plutôt restrictif : on bétonne derrière et on avise en contres, une tactique assumée par le coach Stanley Tshosane, un local. Avec un goal-average de +4 et trois buts encaissés (meilleure défense du groupe), ces Zèbres-là ne feront sans doute pas rêver par leur jeu l’étranger, l’observateur. Ils s’arrêteront sans doute après trois rencontres. En plus, en coulisses, la belle histoire n’arrive pas à éviter l’écueil des affaires de primes. Les joueurs s’étaient mis en grève lors d’un stage pour négocier des bonus (une dizaine de milliers d’euros par tête pour chaque match joué). "Non" ferme de la fédé. Dociles, les joueurs rechausseront les moulés sans résistance, sans nouvelle prime non plus. Ou comment perdre son temps, toujours précieux à l’approche d’une compétition inconnue.

Au risque d’être trop simpliste, cette sélection ressemble finalement un peu à son pays. Elle a sans doute tout pour plaire, est efficace, en construction mais a ce quelque chose qui dérange pour vraiment l’aimer. Car le Botswana, ce n’est pas qu’un joli coup de lettres au Scrabble, si tant est que vos règles autorisent les noms propres. Anciennement brocardé PMA (Pays les Moins Avancés, appellation ONU), le Botswana se gave économiquement depuis plus de trente ans (9% de croissance annuelle en moyenne), vend du diamant, beaucoup de diamants (second producteur mondial, le premier en valeur), est considéré comme le pays le moins corrompu du continent (selon Transparency International). Une seule ombre, et de taille, réussit à noircir le beau tableau : en 2005, les études laissaient entendre que près d’un Botswanais sur trois portaient le virus du SIDA. Dernier pointage.


Par Ronan Boscher
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