1. // Tous championnats
  2. // Réflexion

Mais qui es-tu l'identité de jeu ?

On entend le terme partout, ou alors sa variante, la fameuse « philosophie de jeu » . Qu'elle soit mentionnée admirativement pour louer la cohérence du FC Barcelone, ou employée avec ironie pour railler le « projet » Montanier du côté de Rennes, l'identité de jeu est un totem pour amateurs de football. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Modififié
72 8
Plutôt du style Blackburn ou Barça ? Klopp ou Girard ? Toque ou long ball ? Pressing ou non ? Que l'on parle d'approche tactique, d'identité de jeu, voire de personnalité, c'est un fait difficilement contestable : les équipes jouent différemment. Mais lorsqu'il s'agit d'expliciter l'identité de jeu, il règne une certaine confusion dans les termes employés, même s'ils évoquent souvent le même concept. « Chaque équipe a sa propre identité dans la manière dont elle approche le jeu, éclaire Chris Davies, membre du staff de Liverpool chargé de l'analyse de l'adversaire. Est-ce une équipe de possession cherchant à s'ouvrir le terrain et à garder la balle ou une équipe au style de jeu direct, se concentrant plus sur l'occupation territoriale, le jeu direct et les centres ? » Et Davies n'oublie pas les phases de transition pour déterminer l'identité de jeu d'une équipe : « Comment réagit immédiatement l'équipe à la perte de balle ? Elle presse sur tout le terrain, les trois quarts ou elle s'organise dans sa moitié ? »

Tout le monde a-t-il une identité ?


L'analyste de Liverpool associe chaque équipe de football à une certaine identité de jeu, en se basant sur divers critères : la possession, la hauteur du bloc, l'intensité du pressing, les caractéristiques et les rôles des joueurs... Mais pour d'autres, l'identité de jeu va bien plus loin : un atout rare que peu de clubs possèdent. Éric Carrière, consultant Canal + qui a fait les beaux jours de Nantes et l'OL, élargit le jeu : « C'est quand une équipe a une façon de jouer identifiable sur le terrain, invariable selon les matchs. De par mon expérience au FC Nantes, je dirais aussi qu'elle se transmet par le centre de formation, à travers la philosophie de jeu. À Nantes, des principes basés sur le jeu en mouvement, les déplacements collectifs, le jeu sans ballon... constituaient l'identité de jeu de l'équipe, mais aussi du club. Très peu de clubs en France travaillent de cette manière. Lorient travaille comme ça, Guingamp aussi, Nantes à un moment... Dans ma carrière, je n'ai vraiment senti d'identité de jeu qu'à Nantes. » En France, les autres clubs sembleraient donc davantage marqués ponctuellement par la patte d'un entraîneur, tels l'OM de Bielsa, voire le PSG de Laurent Blanc. Si chaque équipe a sa manière de jouer, très peu l'inscrivent dans le temps, et rares sont les formations dans lesquelles chaque joueur est marqué par une manière de concevoir le jeu et d'adapter le sien.

« Quel que soit l'enjeu, nous prenons les mêmes risques »


Régis Le Bris, directeur de la formation des Merlus et entraîneur des U17, décrypte ce FC Lorient pour l'instant marqué à vie - même si parti - par Christian Gourcuff dans la promotion du jeu plutôt que du résultat de saison en saison. « La cohérence d'ensemble au sein d'un club est le premier élément important d'une identité, commence-t-il. Elle se matérialise véritablement s'il y a une harmonie durable des jeunes jusqu'à l'équipe première. On constate régulièrement plusieurs chapelles au sein d'un même club. Chaque entraîneur des différentes équipes adopte ses propres méthodes dans le but de gagner une compétition. Au FCL, nous sommes parvenus à installer une réelle continuité, un travail d'équipe qui va des U9 jusqu'aux pros. » Et Lorient ne s'arrête pas au simple technico-tactique. « Nous recherchons les comportements comme l'enthousiasme, l'intensité dans les situations de jeu, l'envie de jouer avec les autres » , poursuit Le Bris. Ce sont donc dans ces conditions que Lorient entretient ensuite une relation au résultat, pas prioritaire, même si les U17 de Régis sont champions de France. Quelle que soit la catégorie, l'héritage de Gourcuff transpire. « Nous le cultivons, acquiesce Le Bris. Avant de savoir si on va gagner, on se demande comment on va y arriver. Avec les U17 par exemple, nous avons toujours abordé les matchs de play-off de la même manière. Quel que soit le prestige de l'adversaire ou l'enjeu, en quarts, en demi-finales et en finale, nous avons pris d'énormes risques avec parfois des pertes de balle à 20 mètres de nos buts. Nous estimons que c'est sur cette base collective, ces idées-là, que nous pouvons favoriser l'épanouissement individuel du joueur. »

Identité versus résultat


On touche ici à la notion de philosophie de club, une ligne directrice qui imprime la marque d'un club, et détermine ses choix. L'exemple lorientais le prouve, nul besoin de disposer de moyens faramineux pour se doter d'une identité de jeu, qui présente en plus des avantages. « Tout est plus solide avec, confirme Éric Carrière. Tous les clubs devraient en adopter une, inspirée des valeurs du club, surtout en cas de faibles moyens, car ça peut vraiment aider. » Comme Le Bris, lui aussi recommande de s'échapper des éléments conjoncturels. Carrière développe : « Être trop dépendant d'un entraîneur ou d'un joueur est toujours un danger pour un club. Lens a par exemple la culture du foot britannique, du jeu direct, de l'agressivité... C'est tout de même l'identité du club, ça doit se ressentir dans le jeu. Pourtant, quand j'y suis arrivé, on m'a dit que l'équipe allait jouer en passes courtes, en mouvement. Dès les premières difficultés, certains voulaient revenir à un football plus direct et ça a créé des tensions dans l'environnement du club. À Nantes, au contraire, on a su se rassembler autour de notre manière de jouer dans les moments difficiles. » Dans sa plénitude, l'identité de jeu est un repère constant auquel peuvent se référer les membres du club : c'est comme cela que le football doit être joué, et c'est comme cela que le club va gagner.

Le système n'est pas l'identité


Il y a encore un point de confusion chez les suiveurs du foot : le système utilisé sur le terrain, et l'identité de jeu. La philosophie d'un club ne se résume pas au 4-4-2 ou 4-3-3. « Probablement une des principales idées fausses que les gens ont, corrige Chris Davies. Les équipes peuvent avoir une identité et peuvent changer de système de nombreuses fois. On a un certain style de jeu avec Brendan [Rodgers, ndlr], mais nous changeons tout le temps le système pour s'adapter aux joueurs que nous avons, aux forces et aux faiblesses de l'adversaire. » Éric Carrière abonde sur ce point : « Aujourd'hui, c'était peut-être moins le cas avant, il faut pouvoir jouer avec son style, mais en adoptant des schémas selon les adversaires, selon les joueurs. C'est aussi très important pour les joueurs de pouvoir s'adapter à plusieurs systèmes, postes. Les clubs cherchent de plus en plus des joueurs polyvalents. » Il faut dire que dans le jeu collectif en mouvement prôné par l'ancien Canari, les positions ne peuvent être figées dans des schémas rigides. Souvent caricaturé par l'emploi indéfectible du 4-4-2, Lorient et Régis Le Bris font passer le même message : « Le 4-4-2 est un très bon support d'apprentissage, notamment pour l'aspect défensif. Après, quand on a le ballon, la structure de base va se déformer avec les mouvements des joueurs... On peut aussi adapter le système à l'adversaire, aux qualités des joueurs dont on dispose. » L'identité de jeu permet en tout cas à certaines institutions de garder style de jeu et résultats, comme l'Ajax ou le Barça. Elle permet à d'autres aux moyens bien plus modestes, comme Lorient ou le Rayo Vallecano, de se hisser à des hauteurs inespérées.

Par Hadrien Mathoux
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

"Ideeeeentité sexuelle.
Ma main à couper qu'ça va encore tourner autour du trou d'balle c't'histoire"
Rares sont les équipes à avoir un réel système de jeu immédiatement identifiable. La grande majorité joue la carte du pragmatisme, de l'adaptation aux circonstances et à l'adversaire.

Parce qu'il y a une chose que l'article ne dit pas. Un système se met en place très lentement, sur des décennies et il est le résultat de la volonté et du travail d'un seul homme qui parvient à l'imposer à tout un club. Arribas à Nantes. Roux à Auxerre. Crujff au Barça. Etc...

Une forte personnalité qui coordonne tout. Un système est une stratégie victorieuse imaginée par un "général" génial. C'est donc une denrée rare.
« Probablement une des principales idées fausses que les gens ont, corrige Chris Davies. Les équipes peuvent avoir une identité et peuvent changer de système de nombreuses fois. On a un certain style de jeu avec Brendan [Rodgers, ndlr], mais nous changeons tout le temps le système pour s'adapter aux joueurs que nous avons, aux forces et aux faiblesses de l'adversaire. »

Entièrement vrai, y a qu'à voir le Barça sous Pep, le dispositif de base si on peut dire ainsi était le 4-3-3, mais avec sa vingtaine de changement tactique par match nous ne restions jamais très longtemps dans ce système.

Après pour la dernière phrase, Lorient ils sont plus ou moins à leur place. En revanche le Rayo Vallecano, vu le budget, c'est très costaud ce qu'ils font. Vraiment très, très costaud, l'une des équipes les plus impressionnante d'Europe, et surement la meilleure équipe d'Europe qualité/prix. (ça se dit ?)
Xavlemancunien Niveau : CFA
Avoir une identité de jeu lorsqu'on est pas une grosse équipe en recherche constante de résultat attise la sympathie et permet vraiment de donner du caractère au club pour les gens qui suivent de loin, les exemples parfaits sont Lorient sous Gourcuff et Vallecano avec Jemez, et ça aurait pu être Toulouse avec le 3-5-2 de Casanova qui n'aura fonctionné qu'une saison mais qui a été forcé de vendre les principaux éléments qui faisaient que ça marchait (Abdennour pour l'assise défensive et Aurier qui prenait constamment le couloir). Même si ça a pour conséquence de devoir rester en milieu de tableau et de ne pas vivre de saison coup d'éclat, comme ont pu avoir Nancy, Auxerre, Sochaux ou Nice ces dernières années en Ligue 1.
Gourcuff a eu l'opportunité de mettre en place sa philosophie de jeu à tous les étages au FCL. Et Ripoll qui a été son adjoint pendant 10 ans s'inscrit dans cette continuité. Nommer un autre entraineur aurait signifié détruire toutes les bases sur lesquelles le club s'est construit depuis 25 ans.
La différence dans le jeu est que Ripoll sait plus s'adapter aux circonstances, chose que Gourcuff n'avait fait qu'une fois à l'automne 2013 quand ça devenait critique et qu'on prenait des branlées à la louche.

Les petits clubs n'ont pas vraiment le choix, il en va de leur survie à long terme. Le revers de la médaille c'est que les joueurs formés ne sont pas forcément adaptables à un autre plan de jeu, mais ça les autres clubs ne l'ont heureusement pas encore compris (coucou l'OM).
Message posté par mario
Rares sont les équipes à avoir un réel système de jeu immédiatement identifiable. La grande majorité joue la carte du pragmatisme, de l'adaptation aux circonstances et à l'adversaire.

Parce qu'il y a une chose que l'article ne dit pas. Un système se met en place très lentement, sur des décennies et il est le résultat de la volonté et du travail d'un seul homme qui parvient à l'imposer à tout un club. Arribas à Nantes. Roux à Auxerre. Crujff au Barça. Etc...

Une forte personnalité qui coordonne tout. Un système est une stratégie victorieuse imaginée par un "général" génial. C'est donc une denrée rare.


Oooh D'Ago...oups pardon : Mario ;o) (éh éh)

Arrêtons avec Cruijff, arnaque que son impact dans l'Histoire du jeu, imposture que celle lui-prêtée au Barca... Le 4-3-3 n'y vient pas de lui (propre à l'Espagne comme tu sais - débrouille-toi avec tes souvenirs ;o) -...et imput tenté au Barca avant Cruijff par Weisweiler, mais que refusa Cruijff), le centre de formation non plus... ; à la rigueur une influence quant à cette dérive d'un toque passé en mode pilotage automatique et basta... ; c'est une blague le Hollandais, moins idéologue que moine-copiste et synthétiseur hum-hum du jeu.

Je crois par ailleurs que l'article mêle abusivement deux concepts, "identité" et "philosophie" de jeu... Car même chose? Bof...

La "philosophie" relève du concept, paramètre exclusivement cérébral, produit constructiviste et pensé, cartésianisme...

L'"identité" est plus vaste et complexe. Dont la "philosophie" n'est qu'une composante parmi d'autres.

Autres composantes, plus décisives et moins volatiles, de l'identité : l'environnement, le tempérament... A ville ouvrière, qu'importent les imputs conceptuels de tel ou tel autres techniciens du jeu, qu'importe même la transmission ou le maintien de leurs approches : abord prolo du jeu, et partant identité prolo du jeu...laquelle n'interdit pour autant de proposer un football fondé par exemple sur une haute technicité, on serait étonnés...

L'"identité" est corps et esprit, matière et pensée. La "philosophie", pour sa part : n'est que pensée.
rp.bourque Niveau : DHR
L'idée de pouvoir construire une identité correspondante aux valeurs du club me semble importante. La problématique c'est que bon nombre de clubs ne se sont construits que sur la localisation territoriale du stade en gros, avec des supporters qui sont, au hasard, nés quelque part et en l'occurrence pas bien loin. Ça se résume à ça.
A partir du moment où les gens sont de plus en plus mobiles, se sentent de moins en moins appartenir à un territoire, d'autant plus qu'il est possible de suivre des matchs autrement qu'en allant au stade, les clubs se retrouvent désemparés et ne croient plus que dans les résultats. Pour les clubs avec un budget limité cela se traduit vite par la peur de retomber en ligue 2, la peur de perdre, la peur d'avoir de l'ambition dans le jeu... ils se refusent alors les moyens d'investir dans la construction d'une identité : le simple palmarès pouvant suffire comme support de cet affaiblissement de l'appartenance territoriale des supporters qu'on espère accidentelle et temporaire. Pour réveiller tout le monde certaines dirigeants n'hésitent pas à agiter un peu les réflexes d'auto-appartenance des supporters, en agitant les éventuelles concurrences locales, les régionalismes et autres... avec toute la violence qui va avec. Mais c'est un cache-misère aujourd'hui.
La pérennité d'un club aujourd'hui se construit sans doute sur le spectacle, l'animation des tribunes, la mise en scène des grands rendez-vous en y ajoutant des évènements (son et lumière, feu d'artifice...), l'organisation des lieux de commerce (pourquoi en France avons-nous tant de difficulté à distribuer de la bière là où d'autres savent le faire malgré des affluences plus importantes ?). Et même quand un concurrent se retrouve avoir des moyens disproportionnés pour se garantir des résultats sportifs, il me semble que travailler au dynamisme économique de tout le secteur produit forcément des résultats positifs au final, plus que des revendications politiques sur la redistribution des gains ou des choses de ce genre... enfin, à mon avis.
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
Article suivant
Les députés au ballon
72 8