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Mais qui es-tu, Jamie Vardy ?

Ces dernières semaines, Jamie Vardy est partout : dans les tabloïds anglais, sur le banc des remplaçants de la sélection anglais et, surtout, en tête du classement des buteurs de la Premier League. S'il reste difficile de connaître le bout de son incroyable progression, on sait en tout cas d'où il vient : Sheffield. Et ça mérite qu'on s'y attarde un peu.

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La scène se passe dans un casino de Leicester le 26 juillet dernier. Il est 1h20 et Jamie Vardy, malgré les conseils de sa femme, Rebecca Nicholson, fonce vers un Japonais et lui lance plusieurs insultes. Plutôt racistes, les insultes : « Yo Jap, walk on » , crie alors celui que l'on surnomme « The Cannon » en raison de sa personnalité explosive. Malheureusement pour lui, la scène a été filmée, le Sun a mis la main dessus et l'a diffusée sur le web quelques jours plus tard. Bien sûr, Vardy a présenté ses excuses pour son comportement, considérant que cette histoire n'est « qu'une regrettable erreur de jugement. » . Bien sûr, Vardy risquait gros, mais s'en tire finalement plutôt bien : seulement une amende au lieu des nombreux matchs de suspension initialement envisagés.

Du foot amateur, des attelles et un million d'euros


Tout serait donc rentré dans l'ordre ? À croire les dirigeants de Leicester, pourtant d'origine thaïlandaise, ça ne fait aucun doute. Pour Ranieri également : « Le problème est clos. Jamie s'est excusé. À présent, on se tourne vers nos prochaines échéances » , a-t-il affirmé en conférence de presse mi-août. Il faut dire que l'entraîneur italien a toutes les raisons de protéger son attaquant vedette. Depuis le début de saison, Vardy caracole en tête du classement des buteurs de la Premier League avec sept buts en huit matchs. Pour l'instant, c'est mieux qu'Agüero, Sánchez ou Lukaku. Et ça lui permet d'envisager sereinement une place au sein du bus de la sélection anglaise l'été prochain lors de l'Euro en France, lui qui a délivré sa première passe décisive à Sterling le 9 octobre contre l'Estonie. Pourtant, avant de poser le pied à Leicester en 2012, Vardy n'est rien ni personne, juste un attaquant de 25 ans faisant ses premiers pas en pro après un transfert record d'un million d'euros.

Une somme démesurée quand on pense aux 30 malheureuses livres qu'il se mettait dans la poche chaque semaine au mitan des années 2000 au Stocksbridge Park Steels. Vardy a alors 20 ans et ne s'imagine en aucun cas pouvoir atteindre son rêve : devenir professionnel. « Pour être honnête, même dans un million d'années, je ne m'attendais pas à ce que cela arrive. » Lorsque Neil Aspin, l'entraîneur de Halifax Town, vient le recruter en 2010 pour évoluer au sein de la Northern Premier League, l'intéressé ne semble pas y croire beaucoup plus. Il a déjà 23 ans, se contente régulièrement d'un malheureux fast-food sur une aire d'autoroute comme déjeuner et, surtout, a un travail à plein temps au sein d'un organisme spécialisé dans la fabrication d'attelles. Pourtant, son talent et sa motivation ne cessent de séduire. Progressivement, Vardy gravit les échelons. À peine un an après son arrivée à Halifax Town, alors en cinquième division, le voilà propulsé deux échelons plus haut à Fleetwood Town.

Appelez-le « The Cannon »


Là encore, l'attaquant ne reste qu'un an. Juste le temps de se faire une réputation. Celle d'un buteur acharné, avec notamment 31 réalisations en 36 rencontres. Mais aussi celle d'un séduisant provocateur, comme l'illustre ce match contre Luton où, comme lui-même l'a expliqué au Telegraph, il se plaît à chauffer les supporters adverses après son but : « On menait 1-0 à la mi-temps et j'ai lobé le gardien adverse, puis j'ai célébré de manière un peu folle. Les supporters m'ont couru après, jusque dans le tunnel, et tous les joueurs tentaient d'attraper l'un de nos attaquants. La police a dû venir dans le vestiaire et nous a dit que si on voulait commencer une rixe, ils nous enfermeraient. On a fini par sortir et gagner 2-1, mais c'était le chaos. »


Ce tempérament ne calme en aucun cas les ardeurs de clubs plus huppés. Après Blackpool, qui a vu son offre de 500 000 livres refusée quelques mois plus tôt, c'est au tour de Leicester de tenter le coup durant l'été 2012. Avec une enveloppe deux fois plus élevée que celle de Blackpool, le club de Nigel Pearson remporte la mise. Vardy peut se réjouir : il est professionnel. Après une année d'adaptation (seulement 4 buts en 26 matchs), quelques doutes surgissent. Des doutes qui s'estompent rapidement : reboosté par les mots du coach à l'intersaison, « The Cannon » devient un titulaire indiscutable, éclate à 16 reprises les défenses de la Championship et permet à Leicester de retrouver la Premier League : « Durant ma première saison à Leicester, j'ai compris qu'il me restait encore beaucoup à apprendre. Je devais travailler davantage ma force et mon efficacité, parce qu'à ce niveau-là, tout est beaucoup plus physique, et ça demande beaucoup plus d'énergie. Ce sont des perfectionnements que vous devez vous infliger à vous-même, sinon vous risquez d'être coincé au même niveau. »

Désormais en Premier League, Jamie Vardy applique les mêmes méthodes : se donner à fond à l'entraînement, engranger de l'expérience et s'adapter le plus rapidement possible, comme lorsqu'on l'aperçoit avec des colliers bouddhistes autour du cou en guise de soutien à son nouveau président, le richissime Vichai Raksriaksorn. Et si un statut provisoire de meilleur buteur du championnat anglais ne suffit pas à prouver quoi que ce soit, du talent, Jamie en a. Sinon, comment expliquer ses quatre sélections avec l'Angleterre, les rumeurs grandissantes concernant son transfert dans un gros club l'été prochain ou ses matchs de patron avec Leicester, qui permettent au club anglais de faire le fier à la cinquième place du classement ? Sans doute un peu modeste, Vardy préfère de son côté se réjouir de tout autre chose : « La meilleure chose concernant le fait d'être un joueur de Premier League, c'est certainement le fait de ne plus devoir se lever à 7 heures tous les matins. Franchement, je ne regrette pas les repas sur les aires d'autoroute. » De toute façon, l'Anglais n'a visiblement qu'un regret : cette fameuse nuit au casino de Leicester l'été dernier.

Par Maxime Delcourt
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