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Mais qui es-tu, İstanbul Başakşehir ?

Jusqu’à il y a peu, le haut des classements européens n’était pas vraiment des exemples de diversité. Puis sont venus Leicester, Leipzig, Nice. Ou en Turquie, la toute nouvelle formation d’Emmanuel Adebayor : İstanbul Başakşehir. Dépassé par Beşiktaş le mois dernier, le club de la rive nord a longtemps squatté la première place devant les trois dragons voisins. Un miracle pour un sympathique petit club de quartier ? Pas vraiment.

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Istanbul, 26 juillet 2014. La température est chaude, le public de bonne humeur. Dans le dos de deux défenseurs balourds, un grand gaillard en maillot orange contrôle la balle du pied gauche à l’entrée de la surface. Il enchaîne de l’extérieur du droit dans le petit filet opposé. Une minute plus tard, lancé en profondeur, il remet ça. Alors qu’un arrière fait mine de résister, l’attaquant en profite pour envoyer un piqué puissant en lucarne. Ce soir-là, l’équipe qui évolue à domicile l’emporte 9-4 contre une formation d’anciens joueurs pros et célébrités locales. Avec un triplé de son n°12 : Recep Tayyip Erdoğan.

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Un club sans raison d’être


Si le futur président a rechaussé les crampons, c’est pour baptiser le flambant neuf stade Fatih Terim, nouvelle demeure d’İstanbul Başakşehir, construit sur la rive européenne de la ville turque. Quelques mois auparavant, le club s’appelait encore İstanbul Büyükşehir Belediyespor et appartenait à la municipalité. Pas pour rien que Belediye signifie carrément « mairie » . C'est peu dire qu’il était mission impossible pour le petit club lancé en 1990 – soit neuf décennies après les trois monstres sacrés stambouliotes – de remplir les 75 000 sièges du stade Atatürk, son ancienne maison et celle de la sélection. Pour Ceyhun Kaplan, consultant en football turc, impossible qu’il en soit autrement : « C’est un club artificiel, qui évolue dans un quartier calme, conservateur, loin du centre urbain. À l’image du gouvernement actuel. Personne n’est vraiment supporter de ce club. » Des supporters, non, mais un public, oui. Depuis quelques mois, des groupes d’étudiants se déplacent par exemple régulièrement au nord du Bosphore. Fatigués des querelles violentes opposant les trois dinosaures, ils veulent croire en un football sans conflit.


Deuxième de Süperlig après des semaines en tête, Başakşehir arrive enfin à remplir son nouveau stade. Une victoire du beau jeu, développé par les joueurs de l’ancien sélectionneur Abdullah Avcı, avec à la baguette, la légende Emre Belözoğlu, venu s’offrir un dernier challenge il y a deux étés. Des hommes forts convaincus de rejoindre l’aventure depuis le rachat du club par Medipol, chaîne d’hôpitaux dirigée par Farhettin Koca, médecin personnel d’Erdoğan. En 2015, Medipol accole d’ailleurs son nom devant Başakşehir FK.

Les liens entre les autorités turques et la formation de la rive nord ne s’arrêtent pas là. Dès la reprise du club par Medipol, c’est Göksel Gümüsdag qui est nommé président. Les cheveux blonds bien ordonnés, l’homme d’affaires fait partie de la famille Erdoğan, par sa femme, Müge, nièce de la première dame turque. Parmi ses nombreuses étiquettes, Gümüsdag est aussi à la tête du syndicat des clubs de Süperlig et a présidé les négociations avec beIN sur les droits TV. L’intérêt de reprendre une équipe à laquelle personne ne s’intéresse ? Une question d’influence, selon Kaplan : « C’est toujours ça. C’est un businessman comme un autre. Et le football est toujours bon pour développer tes affaires personnelles. Il a sans doute été aidé par ses connexions politiques. Il y avait un projet de stade et des investisseurs, c’est logique. » Quelles qu’en soient les raisons, il ne cache pas son plaisir. Sur le site du club, on le voit tout sourire, célébrant une victoire dans les vestiaires ou posant avec Emmanuel Adebayor, un portrait d’Atatürk en fond. Une peinture élégante, mais bien moins imposante que la représentation de son véritable héros, Erdoğan lui-même, célébré par un immense poster à l’entrée du stade Fatih Terim. Une enceinte construite par Kaylon Grup, holding responsable de projets étatiques importants comme le redéveloppement de la fameuse place Taksim.

Le rêve turc d’Erdoğan


Alors Başakşehir pourrait-il être au président turc ce que le Milan a été à Berlusconi ? Non. Du moins d'après le consultant : « Başakşehir comme réponse politique de l’AKP aux grands clubs d'Istanbul, je n'y crois pas du tout. Ils n’auraient pas choisi un club sans histoire. À l'époque, l'État ne cherchait pas à investir le sport pour plus de pouvoir, ce n'était pas du business, du marketing comme aujourd'hui. L’AKP a investi le football, mais pas qu’à travers Başakşehir. » Kaplan assure qu’Erdoğan n’a de toute manière pas réellement besoin d’une telle pub : « Il a déjà du poids dans le sport, avec son tissu de soutiens. On n'a aucune voix dissidente dans le foot ou presque. Arda Turan le soutient sur l’idée d’un référendum pour une nouvelle constitution. Le président de la FFT est l'un de ses proches. Quand il y a des attentats, les dirigeants des trois grands clubs appellent toujours au rassemblement, au soutien des forces de l’ordre et donc, par extension, au gouvernement. Il est toujours présent aux inaugurations de nouveaux stades, auquel il contribue, comme ceux du Beşiktaş, Galatasaray ou Trabzonspor, dont la direction est pour le coup très proche d’Erdoğan.  »

On sait pourtant que les clubs de supporters d’Istanbul ont allègrement soutenu les rassemblements de la place Taksim. Ce n’est simplement pas suffisant pour que leurs présidents les suivent. Si Başakşehir remporte le championnat, les effusions de joie seront loin de celles observées en cas de victoire de Beşiktaş. Mais Ceyhun Kaplan prévoit quand même du monde dans les rues. « On dit que ça ne ferait plaisir qu’à Erdoğan et ses copains. Mais ça, c’est déjà la moitié du pays. Si Başakşehir est champion, l’AKP va s’en féliciter et ses supporters iront faire la fête. Erdoğan félicitera le club publiquement et déclarera que c’est la preuve que dans son pays, les petits peuvent devenir grands. » En Turquie, tout serait donc possible. Si Erdoğan le veut bien.

Par Thomas Andrei
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