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Mais qui es-tu Crotone ?

À mi-saison, ce club de Calabre se retrouve en tête de la Serie B et a de grandes chances d’imiter l’exploit réalisé par Carpi et Frosinone la saison passée. Découverte d'un énième conte de fée à l'italienne.

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C’était la rencontre qui devait montrer ce que l’équipe surprise avait dans le ventre. Pour l’ouverture de la phase retour, Crotone, second, recevait le leader Cagliari lundi soir. Une équipe sarde censée dominer le championnat de la tête et des épaules au vu de son effectif cinq étoiles. Il a fallu un exploit de Storari pour éviter une grosse correction. Au final, les Calabrais s’imposent 3-1 et prennent la tête du championnat. Leur président Raffaele Vrenna a enfin craché le morceau : « On ne peut plus se cacher, cette promotion en Serie A, on peut aller la chercher. » L’avance sur le 3e (première place qualificative pour les play-offs) est maintenant de 8 points, Crotone est bien parti pour succéder à Carpi et Frosinone au rayon des promus surprises.

Le chouchou des gros cadors


« En 1992, mon frère Gianni et moi devenons propriétaires de la Nuovo Crotone, la seconde équipe de la ville, puisque la première avait fait faillite. Les couleurs étaient jaune et noire, et le club évoluait en 1a Categoria (le 8e niveau, ndlr). À la base, ce n’était qu’un jeu, mais notre bonne organisation a payé et huit ans plus tard, nous nous retrouvons déjà en Serie B ! » , raconte le président. Une ascension fulgurante comme on en voit finalement régulièrement dans le panaroma du football italien : « L’enthousiasme vous amène à obtenir des résultats, sans oublier le travail minutieux de tous mes collaborateurs. » Parmi eux, Peppe Ursino, directeur sportif en place depuis 20 ans et à l’origine de la politique qui a fait le succès du club : « Il a mis en place un réseau de scouting très important, nous nous concentrons surtout sur les jeunes. Sur les 10 dernières années, plus de 60 joueurs passés par Crotone ont ensuite fini en Serie A ou en Nazionale. »

Des noms ? Nocerino, Sculli, Aronica, Konko, Gastaldello, Pellé, Sansone, Florenzi ou encore Bernardeschi. La stratégie est la suivante : dégoter les prêts de quelques-uns des meilleurs pensionnaires des centres de formation des top clubs italiens : « Avec le temps, on a gagné leur confiance et leur estime. Ils savent qu’on fait du bon boulot, que les joueurs ont les moyens de progresser techniquement, mais aussi de le faire dans un environnement sain. Et puis, on paye toujours en temps voulu, on peut dire qu’on est devenus leur courant préférentiel au cours des saisons. » Cet été encore, Yao est arrivé de l’Inter, Tounkara de la Lazio et l’excellent Capezzi de la Fiorentina, tandis que le prêt de Federico Ricci a été renouvelé par la Roma. Moyenne d’âge de l’effectif ? 24 ans. Coût du dernier mercato ? Zéro euro ou presque.

Le choix des hommes


Depuis la 1re promotion 2000, Crotone a évolué pas moins de onze saisons en Serie B, redescendant à deux occasions : « Après la première relégation, j’ai eu les yeux plus gros que le ventre et j’ai recruté des joueurs de catégories supérieures. C’est un choix que l’on paye encore aujourd’hui et qui nous a amenés vers une gestion beaucoup plus pragmatique. » Des jeunes, quelques éléments expérimentés pour les entourer et surtout des éducateurs. Gasperini avait ouvert la voie il y a dix ans, Massimo Drago a pris la suite ces trois dernières années : « On l’avait choisi, car il s’était construit avec nous, un mec de Crotone qui entraînait les jeunes. Je l’ai appelé, je l’ai regardé droit dans les yeux, et j’ai su que c’était le bon. » Résultat, le club accroche les play-offs il y a deux ans, mais s’incline au premier tour contre Bari. Quand Drago décide de filer à Cesena cet été, le problème de la succession se pose, mais pas pour longtemps : «  Juric a été joueur chez nous pendant trois saisons, je connaissais très bien l’homme, un leader et un grand professionnel. Il avait fait du bon boulot à Mantova. Je ne veux pas paraître présomptueux, mais on ne se goure jamais sur le choix des coachs. »

D’un Croate à un autre : Ante Budimir, inconnu au bataillon et débarqué en prêt en provenance de Sankt Pauli, vient de passer la barre des 10 buts, et les offres se bousculent le concernant. Il est le terminal offensif d’une tactique très gasperinienne (le 3-4-3), rien de surprenant, puisque Juric est tout simplement le disciple de l'entraîneur du Genoa. Le défenseur brésilien Claiton (31) et le portier Cordaz (33) sont les seuls titulaires dépassant les 25 ans et guident une équipe de jeunes pousses promises à un bel avenir. Tout ce beau monde avait déjà frôlé l’exploit à San Siro mi-décembre lorsqu’il avait poussé le Milan à la prolongation en 16es de finale de la Coupe d’Italie. Le tout avec un des plus petits budgets de Serie B et une masse salariale brute tournant autour de 4 millions.

L’orgueil de Calabre


Mais l’épopée de Crotone, c’est aussi l’occasion de redorer l’image de la Calabre, sportivement, puisque la Reggina a fait faillite cet été, mais pas que : « On vit dans un territoire très beau, il faut 25 minutes pour aller de la montagne à la mer. Il y a un littoral splendide, la plus grande réserve marine d’Europe. Malheureusement, nous avons des problèmes au point de vue du chômage, mais nous sommes une région civilisée et accueillante. » Preuve en est, l’absence d’incidents lors des matchs au Enzo Scida : « Une petite forteresse bouillante de 10 000 spectateurs, proche du terrain, à l’anglaise, au centre de la ville, il n’y a jamais eu de troubles de l’ordre public. » Vrenna insiste : « Je suis fier d’être calabrais, on ne parle souvent que des choses négatives concernant notre région, alors que c’est une des plus belles d’Italie. J’invite tous les Français à venir visiter dans le coin. » Tous à vos billets d'avion. Calabre, nous voilà !

Par Valentin Pauluzzi
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A chaque fois que je vois évoqué le nom de Crotone, je pense à Jean-Pierre Cyprien.
Encore un club qui semble géré avec intelligence, un peu à l'image de Sassuolo.
Je leur souhaite de connaître la même trajectoire.
Ca commence à devenir de plus en plus fréquent en Italie, et ça donne un peu d'espoir pour l'avenir.
Depuis deux ou trois saisons, on sent toute une génération de jeunes pousses qui commencent à s'affirmer de plus en plus en équipe première, en Serie B comme en Serie A.
Même si personne ne crève véritablement l'écran pour le moment, il y a quand même quelques belles promesses (je pense notamment à Donnarumma, Berardi, Mandragora, Bernardeschi, Gabbiadini, Romagnoli, Rugani, Barba, Sturaro...).
Il y avait très clairement un virage à prendre après les échecs de 2010 et 2014, et on peut dire qu'il est bien négocié pour le moment.
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
Ca ferait plaisir de revoir un club calabrais en Serie A, même si ce n'est malheureusement pas la Reggina. Et plus globalement, ça manque de clubs du sud dans l'élite...

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