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"Mais que um jogo"

Un Brésil/Portugal, c'est plus qu'un match. Une confrontation entre deux nations à la fois sœurs et ennemies. 188 ans après leur indépendance, les Canarinhos font aujourd'hui figure de colonisateurs au sein même de la Selecção.

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« Ce sera le Brésil A contre le Brésil B » . A peine les boules du tirage au sort du Mondial sorties, c'est Dunga qui fait avoir les boules à tout le Portugal. Pour une fois, le sélectionneur brésilien se met à la galéjade et ironise sur les retrouvailles entre son Brasil et ses frères lusitaniens dans le Groupe G : « Il y a beaucoup de Brésiliens dans la sélection du Portugal » . Quelques mois auparavant, la Selecção avait annoncé la naturalisation d'un petit nouveau de 31 ans : Liedson. Après avoir longtemps attendu un appel de Dunga, le buteur du Sporting a fini par se rabattre sur le maillot des Quinas, à l'été 2009. Sous l'ère Scolari, le “Levezinho” (le léger) avait déjà fait du pied aux Portugais : « Il faut y penser et je ne verrais pas d'un mauvais œil une éventuelle invitation » . Mais Felipão n'appellera jamais son compatriote.

Liedson, contre-nature ?


C'est son successeur, Carlos Queiroz, qui le fera alors que le Portugal compte déjà deux “Brazucas” de naissance dans ses rangs : Deco et Pepe. Liedson devient le sixième joueur naturalisé de l'histoire de la Selecção. Petit clin d'œil en cette année de Mondial sud-africain, le premier footballeur portugais ‘de cœur' (dans les années 60) s'appelait David Julio –de son vrai nom Julius– et était originaire d'Afrique du Sud. Les autres ‘convertis', Lucio Soares et Celso Matos, sont nés au Brésil comme les trois “faux” frères actuels. Un chiffre qui aurait bien pu gonfler. Le Professor a songé, il y a peu, à convertir le gardien de but du Flamengo, Bruno, et les frères da Silva qu'il a côtoyés à Manchester United. Des Brésiliens aux lointaines origines guesh... Mais la Fédé a préféré calmer les chimères de CQ.

Contrairement aux anciennes colonies portugaises d'Afrique (Cap-Vert, Angola, Mozambique, São-Tomé-e-Principe, Guiné-Bissau), le Brésil se dessine ainsi donc comme un pourvoyeur de talents à son ancienne mère patrie. Indépendante dès 1822, la seule ex-colonie portugaise en Amérique du Sud s'est très vite émancipée, devenant un refuge voire un Eldorado pour bon nombre de citoyens portugais lassés de la lente apathie dictatoriale vers laquelle glissait leur pays.

L'énorme vivier footballistique que représente la nation canarinha est aujourd'hui l'une des principales ressources pour bon nombre de clubs lusitaniens. La saison passée, 25% des joueurs de la Liga étaient de nationalité brésilienne. Souvent peu gourmands et très techniques, les Brésiliens sont des joueurs bon-marché dont la langue ou la religion n'étonnent guère au pays de Camões et de Fátima. Mais leur afflux massif est souvent mal vécu par les autochtones. A peine son passeport guesh en main, Liedson fait face à la fronde du syndicat des joueurs professionnels (SJPF). Son président Joaquim Evangelista parle de « menace » et exige une réunion avec le président de la Fédé et le sélectionneur, allant carrément jusqu'à balancer que « l'athlète portugais est en voie d'extinction » .

“Les Brésiliens d'Europe”


Pendant longtemps, les Portugais ont regardé les Brésiliens avec envie. Les cinq étoiles brodées sur le maillot doré font fantasmer un pays toujours en famine de palmarès. En 1966, après avoir écarté le Brésil (3-1) –et cassé Pelé– à la World Cup anglaise (seule confrontation entre les deux nations en Coupe du Monde), le Portugal gagne le surnom de “Brésiliens d'Europe” auprès des observateurs. Tout un symbole... En 18 confrontations, le Portugal n'a battu son grand frère qu'à quatre reprises. Ultime succès rouge et vert : février 2007. 2-1 avec un but signé Deco, pour sa première apparition avec... le Portugal. Le dernier rendez-vous remonte à novembre 2008. A Brasilia, la Canarinha déplume la Selecção 6-2. Une claque dont les marques commencent à peine à s'estomper. A quelques jours d'un nouvel ébat familial, Queiroz tente de (se) convaincre : « Cette défaite remonte au temps de Cabral » . Référence au navigateur portugais Pedro Alvares Cabral qui a découvert le Brésil en 1500. 510 ans plus tard, le peuple portugais attend toujours que les “Navigateurs” –pseudo donné par Queiroz à son équipe– (re)trouvent le chemin de la gloire...

Par Nicolas Vilas

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