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Mais pourquoi sont-ils si gentils ?

Si le championnat d’Europe qui vient de faire entrer l’Espagne dans l’Histoire du sport fut satisfaisant sur bien des plans, il lui a tout de même manqué un ingrédient majeur : les bad boys. Parce que trois semaines de fair-play, ça use.

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Le générique de fin de l’Euro ukraino-polonais une fois terminé, le spectateur garde un goût d’inachevé, une sale impression de manque. Le film n’était pas mauvais, il est même passé assez rapidement, mais il n’y a pas à dire, il manquait un truc pour que l’œuvre soit totalement réussie. Et ce truc, à bien y réfléchir, ce sont bien évidemment les méchants. Parce qu’un blockbuster avec que des personnages gentils, même avec un casting de rêve, ça ne fonctionne pas.

La version clean des méchants

L’inscription « Respect » imposée par l’UEFA sur les manches gauche de toutes les équipes du plateau ne fut pas qu’un vœu pieux. Avec seulement trois cartons rouges distribués durant la compétition, dont deux lors du seul match d’ouverture Pologne-Grèce, l’Euro a été calme. Trop calme, même. Car l’abus de fair-play nuit dangereusement à la dimension dramatique d’une rencontre de football. Pour que le show soit réussi, le spectateur a besoin de ces joueurs élégants qui ont envahi les pelouses de Varsovie jusqu’à Kiev, tel Iker Casillas demandant à l’arbitre de la finale d’écourter la souffrance des Italiens en réduisant les arrêts de jeu. Mais il a également besoin d’en détester d’autres.

Pour que le casting soit réussi, le football a besoin de ces simulateurs grossiers que le public aime huer, de ces bouchers qui font se tordre de douleur leurs adversaires un peu trop aventureux et qui révoltent un audimat ravi de pouvoir passer en revue tout son répertoire d’insultes. Malheureusement, en juin, ces gens-là furent coupés au montage et c’est la version propre des Pepe, Sergio Ramos, Balotelli, Rooney, de Jong ou van Bommel qui fut proposée aux téléspectateurs. Ces derniers n'ont eu aucune occasion de pester devant leur écran comme ce fut le cas en 2010, lorsque de Jong s'était essuyé les crampons sur la poitrine de Xabi Alonso au son des vuvuzelas. Frustrant. Sans tomber dans l’horreur du huitième de finale de la coupe du monde 2006 qui vit Néerlandais et Portugais se répartir seize avertissements et quatre expulsions, la beauté du football résulte de cette complexe alchimie faite de fair-play et de roublardise, de roulettes et de tacles à retardement. Si l’un des ingrédients vient à manquer, la mixture perd indéniablement en saveur.

Bisounours


Non satisfaits de se comporter en parfaits gentlemen sur les pelouses, les principaux acteurs de l’Euro ont même poussé le vice jusqu’à la coulisse. Que ce soit avant ou après les rencontres, les capitaines et entraîneurs avaient des compliments plein la bouche dès lors qu’il s’agissait d’évoquer un adversaire. Que ce soit pour préparer un choc ou féliciter un vainqueur, c’est tout le champ lexical ayant trait au respect qui s’est inlassablement déversé des gorges des différents techniciens. « L’Italie fait du très bon football  » pour Löw, « l’Espagne est une équipe fantastique » selon Prandelli, « le Portugal est un adversaire redoutable » dixit Del Bosque, etc. Un fair-play général de toute évidence sincère qui a insufflé une ambiance de Bisounours tout au long de la compétition.

Au point de donner certaines scènes surréalistes, telles que ces joueurs qui plaisantent entre adversaires avant de fouler la pelouse, comme s’ils s’apprêtaient à disputer un match de charité. Les ricanements entre Ribéry et Tymoshchuk dans le couloir de la Donbass Arena de Donetsk avant France-Ukraine ou la photo d’Andrea Pirlo et Sergio Ramos bras dessus, bras dessous tweetée par le défenseur de la Roja la veille de la finale n’en sont que des exemples parmi tant d’autres. Des ambiances de jubilé avant des rencontres de phase finale de championnat d’Europe, un truc à faire rendre Maradona et Mourinho. Une joyeuse kermesse entre ravis de la crèche heureusement perturbée par les Bleus. C’est là que Samir Nasri s’est rendu indispensable. Sans lui, c’était le navet assuré.


Par Mathias Edwards
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