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Mais bon sang, qu'arrive-t-il à Paul Pogba ?

Si c'est encore un peu tôt pour être définitif, ça n'échappe à personne : Pogba est méconnaissable en ce début de saison. Maladroit, perdu sur le terrain et loin d'être influent sur le jeu. Mais qu'est-ce qui t'arrive, Paul Pogba ?

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C'est un mal contemporain. Une sorte de phobie moderne. Un surplus de responsabilités qui fait chuter les plus talentueux. Entouré de Pirlo, Tévez et Vidal, il semblait intouchable. Seul, entre son attaque et son milieu, avec tout ce que représente le numéro 10 (Baggio, Platini, Del Piero), il se sent obligé d'en faire plus. D'en faire trop. Et du coup, pas assez. Paul est submergé. Cette saison, il va devoir se battre contre le pire ennemi possible : lui-même. Et ce, pour prouver qu'il n'est pas qu'un espoir. Il est au début d'un long, sinueux, mais obligatoire voyage vers le statut de « grand joueur » . Un itinéraire devant lequel tant d'autres ont échoué, mais si beau pour ceux qui en ont vu le bout.

Tout juste majeur aux États-Unis


Car on l'oublie parfois, mais Paul est jeune. Très jeune. Tout juste majeur aux États-Unis. C'est pourquoi son entraîneur a choisi ce week-end de donner les clefs de la maison à Claudio Marchisio, le « vétéran » , et de laisser le Français un peu tranquille sur le banc : « C'est un gars de 22 ans. À 22 ans, on ne peut pas agir et jouer comme un gars de 30 ans. Donc il doit jouer comme il sait jouer et exploiter ses qualités. Et il en a beaucoup. » Objectif ? L'aider à franchir ce cap. Extraire en lui un maximum de pression, cette infection qui peut se transformer en gangrène : « Personne ne lui demande de marquer trois buts par match ou de gagner des matchs à lui seul. Nous demandons simplement à Paul de jouer comme il sait le faire, d'être un peu plus insouciant. Voilà. C'est facile à comprendre. » Oui, certainement. Mais beaucoup moins à appliquer, visiblement.

Pour ça, il suffit de regarder la 57e minute du match contre le Chievo. La Juve, ou plutôt son ombre, galère à revenir au score. Pogba a pris la place de Marchisio, blessé, et a du mal à faire vivre le ballon. C'est alors que Pereyra se retrouve dos au but, se retourne et frappe sur le poteau. Bizzarri, le gardien véronais, est aux fraises. Le ballon arrive dans les pieds du tout nouveau numéro dix. Serein, flegmatique, le Français met du temps à réagir, ouvre son pied droit et frappe sur le dernier obstacle avant les filets, Nicolas Frey. Un instant d'hésitation qui aurait pu avoir de bien plus lourdes conséquences. Sur le banc, Allegri rit jaune. Paul, lui, se prend la tête dans les mains. L'insouciant commence à douter. La réduction du score de Dybala en fin de match n'y changera rien. Le mal est là. Dans sa tête.

Le temps comme seul remède


À elle seule, cette action symbolise, mais ne résume pas toute la situation dans laquelle se trouve Pogba. Si seulement il ne ratait que des buts tous faits… Mais non, il n'arrive pas non plus à prendre le jeu à son compte, à se faire à son nouveau poste. Il manque des contrôles évidents, commet des fautes inutiles, rate des passes dans les pieds, joue à contretemps, fait le dribble de trop, offre plusieurs ballons par match aux tribunes. Bref, il n'est plus le Pogba de l'année dernière. En fait, c'est tout simple : il grandit et doit maintenant faire face à de nouvelles obligations. Rumeurs de transfert, blessure guérie trop vite pour jouer la finale de C1 l'an passé, critiques acerbes et attentes grandissantes du club. Une accumulation de soucis, un ennemi intérieur plus communément appelé « pression » . Chose dont il ne s'occupait pas avant. Le grand saut a peut-être été un peu brutal, mais aujourd'hui, il est en plein dedans. Et seuls le temps, le soutien de Claudio le grand frère et la confiance de Max le patron pourront l'aider à éradiquer ce début de gangrène. Patience...

Par Ugo Bocchi
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