« Ma copine m'a présenté mon agent »

Il y aura peut-être deux clubs de D2 en finale de la Scottish Cup. Cet après-midi, Raith Rovers doit éliminer Dundee United pour rejoindre Ross County, énorme tombeur du Celtic ! L'ancien Montpelliérain Thierry Gathuessi et le Français Grégory Tadé sont prêts pour l'exploit.

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Raconte-nous le parcours épique de Raith Rovers.

Premier match, on gagne 4-1 le match à rejouer. Le tour d'après, on a un expulsé, l'adversaire marque mais on revient à cinq minutes de la fin ! On gagne encore le match rejoué. En huitièmes, on mène 1-0 contre Aberdeen mais ils reviennent à dix secondes de la fin, sans mentir. On rejoue chez eux et c'est moi qui colle le but de la victoire ! Les gens étaient fous, ça faisait peut-être quarante ans qu'on perdait contre eux. En quart, on élimine Dundee, alors premier de notre championnat. Tu sais, c'est le club écossais qui a dépensé le plus l'été dernier. Les commentateurs disent qu'ils jouent déjà comme une équipe de Premier League. Bref, ce n'était pas rien de les taper.

Raconte un peu comment un p'tit gars d'Orvault se retrouve en demi-finale de la Scottish Cup ?

Mon frère a toujours dit : "On n'est pas prophète en son pays''. J'ai vécu en France jusqu'à dix-neuf ans mais j'ai commencé le foot vraiment sérieux en Ecosse. Avant, je n'avais jamais réussi à intégrer une structure pro. J'ai pourtant essayé à Angers et Guingamp. Là-bas, on était trois pour deux places, c'était mon pote Igor Djoman ou moi, je n'ai pas été retenu. Ensuite, mon cousin Alain Liri m'a emmené à Sedan mais à l'époque, je n'étais pas bon.

C'est l'amour de la Guinness qui t'a mené à Glasgow ?

J'ai rejoint mon autre cousin Armand Oné en vacances ici. J'ai fait un essai à Patrick Thistle qui a bien marché, je devais rejoindre la réserve dès qu'elle serait maintenue. Manque de pot, elle est descendue. Je suis rentré pour finir mes études mais j'ai rencontré ma copine en Ecosse, on est resté en contact, elle venait, j'y allais... Bref, elle a fini par me présenter à mon futur agent.

Quoi ?

Elle connaissait cet agent depuis longtemps mais ils s'étaient perdus de vue. Quand nous sommes entrés dans son bureau, elle m'a dit : "Mais je le connais !". Il m'a aidé comme il l'avait fait avec mon grand cousin Armand. Mais ça n'a pas été facile. Je me rappelle ses premiers mots : "Mais attends, t'es qui ? Personne ne te connait, je ne te connais pas non plus. Bon, qu'est-ce que t'es prêt à faire pour jouer au foot ?'".

C'est là que ça devient illégal ?

Pff... En fait, l'agent m'a trouvé un club mais c'était super loin de là où j'habitais, genre la même distance entre Nantes et Le Mans tu vois. Et je n'avais pas le permis de conduire. Je me tapais deux heures de bus et de train pour aller m'entraîner deux fois par semaine, le mardi et le jeudi. Au moins, j'ai fini par signer mon premier contrat pro en décembre. Mais le coach s'est fait virer et le nouveau m'a dit clairement : "Tu n'entres pas dans mes plans". Voilà, c'est comme ça que j'ai découvert le fonctionnement du foot pro. Alors j'ai pris la porte à la fin de mon contrat.

Mais ta love story avec l'Ecosse ne s'arrête pas là...

Au retour des vacances, mon agent trouve un club de D3, enfin l'équivalent du CFA, mais un club pro. Le premier jour de mon essai, le coach vient me voir et me dit : "Ecoute, on te connaît déjà, on veut te faire signer''. Bon, l'essai était qu'une formalité. Le club jouait la montée et je n'avais rien à perdre. Je mets quinze buts la première saison mais on perd en finale des play-offs. Au moins, cette saison-là m'a fait pas mal de pub. Pendant ce temps-là, j'étais standardiste chez IBM à plein temps et le foot, bah c'était à mi-temps. Et puis je me suis retrouvé à Clyde, une structure pro, entraînement quotidien et intensif. Et voilà.

T'as écrit sur Facebook : "Je suis tributaire de mon succès, la mélancolie, les regrets et la nostalgie m'habitent comme la vie suit son cours''. Ça veut dire quoi ?

J'ai fait mon tout premier CV avec mon frère. J'ai écrit que j'avais fait des matches internationaux en – de 15 ans. T'es obligé de faire sinon personne te regarde. Personne n'a jamais vérifié, ils s'en foutent. En Ecosse, ils veulent juste savoir de quel club tu viens. Là, je n'ai pas triché, j'ai parlé d'Orvault Sports. Il y a même un coach qui m'a fait un papier de recommandation.

L'Ecosse, c'est l'eldorado des recalés du monde pro ?

Tu sais, je connais plein de gars qui me demandent des renseignements sur le foot écossais. Ils n'ont rien eu en France mais ici, tu peux prétendre à quelque chose. Quand t'arrives, tu n'es personne mais tu peux devenir quelqu'un. Demande dans les rues, les gens me connaissent, je signe des autographes. A Raith Rovers, j'ai deux ans de contrat, ça me permet de vivre. Bon je ne m'affole pas non plus, je n'ai pas acheté une Porsche mais j'ai ma Clio (rires). Tu connais Souleymane Bamba ? Quand il est arrivé en Ecosse, les mecs ont fait : "Mais il est nul. Pour un gars formé au Psg, on s'attendait à mieux''. Ben aujourd'hui, il est titulaire à Hibernian, il a été élu « Man of the match » contre le Celtic. Il va finir à Liverpool ou Arsenal, j'te jure ! Attends, il fait 2 m sur 1,80 m, tu ne le passes pas, c'est le stoppeur idéal. Aujourd'hui, le Psg tuerait pour avoir un gars pareil. Bah voilà, l'Ecosse permet à ces gars-là de se faire connaître.

Vous ne serez pas favoris contre Dundee. Quelle sera votre tactique ?

Je t'explique : chaque joueur de notre équipe a quelque chose qu'il fait bien. Certains gars ne peuvent pas courir mais compensent avec un super jeu de passes. Moi, je n'ai pas de pied gauche, je ne lève pas souvent la tête mais je vais au charbon.

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