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Lyon, le péril russe ?

Après un nul à La Gantoise et une défaite à la maison contre Valence, Lyon est déjà dos au mur en Ligue des champions. Et dans cette optique, devoir se relancer contre le Zénith St-Pétersbourg n'a rien de rassurant, car un déplacement en Russie s'apparente rarement à un voyage de noces.

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« On a joué sur un terrain blanc, ce n'était pas les conditions idéales, il faisait très froid. » Pierre Dréossi a connu les joies d'un match de Coupe d'Europe à Moscou, c'était en octobre 1991 avec l'AS Cannes contre le Dynamo. Battu à domicile à l'aller (0-1), les Cannois avaient décroché un nul courageux à l'extérieur (1-1), insuffisant néanmoins pour passer en huitièmes de finale de la Coupe UEFA. « Les conditions climatiques ont dû compter dans ce résultat, c'était vraiment compliqué de jouer » , se souvient celui qui, il y a quelques saisons encore, était le directeur sportif du Stade rennais. Ses souvenirs n'ont rien d'uniques dans le monde du football français : quand on joue contre un club russe, il faut s'attendre à se les geler lors du déplacement. « C'était un cauchemar » , se souvient Gérald Passi, autant à cause du score, 5-1, que des conditions climatiques de l'opposition entre Toulouse et le Spartak Moscou à l'automne 1986. « Il y avait un froid de canard, c'était dur de se réchauffer, mais bon, les conditions étaient difficiles pour les deux équipes, hein ? » Même si, forcément, comme se souvient Frédéric Déhu, sorti avec Marseille par le Zénith St-Pétersbourg au printemps 2006, « les joueurs russes sont habitués, car ils jouent ainsi une grosse partie de l'année. » Pour l'ancien défenseur central de l'OM, le climat avait forcément son influence, car « au-delà du froid qui tétanise, le terrain était gelé, ce qui rendait tout plus difficile sur le plan technique » . D'où l'importance en Russie de faire attention, car « la moindre glissade mal gérée pouvait donner lieu à une blessure plus sérieuse » . Défier un club russe, c'est donc avant tout un défi climatique dont on se passerait bien face à des équipes très souvent compétitives.

« Des agents du KGB nous suivaient partout. » Gérald Passi


« Mon souvenir est paradoxal, car on gagne à l'aller et j'en mets trois. Au retour, on en a pris cinq par manque d'expérience. Je pensais que cela allait passer, et c'était pareil pour nous tous, je pense, c'est là qu'on a eu tout faux » , se rappelle Gérald Passi. Entre le triplé de l'aller et l'élimination cruelle du retour, l'ancien milieu de terrain international garde le sentiment que le TFC aurait dû passer : « On a eu des occasions que l'on n'a pas mises au fond, contrairement à eux, alors que techniquement, la différence n'était pas énorme. » Ce réalisme russe, plus d'un club l'a expérimenté, que ce soit l'AS Cannes de 1991, l'OM de 2006 et 2008 ou encore l'OL de 2001, privé de quarts de finale de C1 par un Spartak Moscou qui avait décidé de ne rien lâcher. Aujourd'hui capable de recruter des talents au prix fort, les clubs russes n'en gardent pas moins un ADN d'équipes dures au mal : « C'était une autre époque pour nous, les clubs étaient moins riches et donc moins forts  » , se souvient Dréossi, pour qui la double confrontation avec le Dinamo lui laisse le souvenir d'un onze russe physiquement impressionnant. « Cela courait beaucoup, ils étaient tout le temps en mouvement, pas avares d'efforts, cela allait vite, même s'ils n'étaient pas super adroits techniquement. Leurs qualités, c'était la vitesse et le volume de jeu. » À ces valeurs d'efforts collectifs héritées du modèle soviétique, les clubs russes ont donc ajouté une touche de talents exotiques recrutés le plus souvent au Brésil, voire dans des championnats secondaires européens. Une ouverture du football russe qui lui a permis de franchir un cap, mais qui en contrepartie lui a fait perdre une partie de sa « mystification » : « L'ambiance était surréaliste, entre le passage à la douane ou les agents du KGB qui nous suivaient partout en essayant de passer incognito derrière leurs journaux » , se souvient Gérald Passi à propos de son séjour moscovite en 1986. Pour celui qui travaille désormais dans la cellule de recrutement de l'OGC Nice, « ce n'est aujourd'hui plus aussi dingue que d'aller en URSS à l'époque, le contexte est apaisé, cela n'existe plus aujourd'hui à moins d'aller jouer en Corée du Nord. Il n'y a plus le choc idéologique que l'on ressentait avant. »


Si bien que Lyon n'évoluera pas dans un contexte aussi hostile qu'ont pu l'expérimenter les adversaires des clubs russes pendant la guerre froide. Aux hommes d'Hubert Fournier de se focaliser sur leurs qualités et de « s'efforcer de jouer leur propre jeu » selon Frédéric Déhu, plutôt que de laisser le Zénith dominer les débats. Un constat que partage Gérald Passi, pour qui Lyon « n'a rien à envier au Zénith, même si c'est une équipe rodée en Coupe d'Europe, cela reste une équipe abordable » . Et normalement, il n'y aura pas d'agents du KGB pour les épier.

Par Nicolas Jucha
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