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Lyon, la reine des com'

Quand on est sur un fil tendu au-dessus du ravin, il reste encore la com'. Un exercice dans lequel on a surtout retrouvé Puel qui en a profité pour poser l'enjeu du débat : continuer à bâtir ou commencer à partir. Première partie de la réponse attendue ce soir, com' un symbole, face au LOSC.

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On avait quitté les Lyonnais tout heureux d'aligner deux victoires de suite et de marquer plus de buts en trois jours qu'il ne l'avaient fait en un mois et demi. On les retrouve après la trêve toujours scotché à cette terne dix-septième place, sept points devant Arles-Avignon et dix derrière Rennes. Plus qu'à dix jours surtout de l'ultimatum fixé par Jean-Michel Aulas à Claude Puel, plus « menaçable » que jamais dans ce tunnel de la mi-octobre que Bernard Lacombe, en Pythie de service, avait déjà repéré lors du tirage au sort des groupes de Ligue des Champions comme le rendez-vous de tous les dangers, avant même que ça ne commence à secouer sévère dans la maison lyonnaise.


Ce soir-là, pendant que tout le staff lyonnais soufflait à l'annonce d'un tirage plutôt clément, Bernie était le seul à donner l'impression de ne pas vouloir profiter de la douceur de ces derniers jours d'août à l'ombre du Rocher monégasque. Pas que l'idée de rencontrer le Benfica l'effraie particulièrement, mais la perspective d'affronter les gars de la Luz après ceux du LOSC ne le rassurait guère : «  Vous savez, pour peu qu'on ne soit pas bien à ce moment de la saison... » . Pour ceux qui ne s'en souviendraient pas, on parle quand même d'un type qui avait imaginé une Roma « en état de grâce » trois mois avant de voir l'OL se faire sortir en huitième de finale de Ligue des Champions en 2007, alors que l'OL promenait depuis six mois sur tous les terrains son titre de plus belle équipe d'Europe. On parle du même gars qui a imaginé, un peu seul contre tous en janvier dernier, une équipe lyonnaise, alors bien plus proche du ravin qu'aujourd'hui, capable de sortir le Real sur un peu plus qu'un simple malentendu.


Com', un symbole


Difficile dans ces conditions de ne pas considérer l'affiche de cette neuvième journée de Ligue 1 entre l'OL et le LOSC sans repenser à l'oracle balancé par Lacombe à tous les suiveurs de la saison lyonnaise. Difficile surtout de ne pas y voir un tournant autrement plus délicat que celui d'avant la trêve – Tel-Aviv puis Nancy – pour un coach mis à l'épreuve par sa direction. Dans un monde idéal, Claude Puel aurait pu profiter de cette semaine de trêve internationale pour faire oublier un début de saison duraille et s'appuyer sur les deux dernières victoires pour redonner un peu plus de consistance tactique et de confiance à son effectif revenu presque au complet. Dans la réalité, il a dû se plier à ce qui ressemble toujours à un impératif d'avant sortie, l'exercice de com'.


Le tour de piste qu'a donné à voir Puel ces derniers jours, des colonnes du Progrès à celles de L'Equipe en passant par le tout dernier crochet radio en date, prendrait presque des allures d'ultime parade qu'on assigne à ceux pour lesquels la messe n'est plus loin d'être dite. Pour s'en convaincre, il suffirait de ramener ce précédent qui n'en finit plus d'agiter jusqu'à épuisement le football français, avec le passage par la même case com' de Domenech à quelques encablures du crash nommé Knysna.


Bien sûr, avec un lancement pour l'instant sans faute en Ligue des Champions et une première victoire à l'extérieur en championnat qu'on veut voir comme l'amorce d'une nouvelle dynamique, on peut toujours se dire que Puel n'en est pas encore là. Surtout qu'au petit jeu de la com', ses joueurs n'ont pas vraiment eu à se forcer lorsqu'il a fallu dissiper cette drôle d'idée qu'on retrouve chaque fois qu'un entraîneur exerce sous la menace – le lâchage. Michel Bastos : «  Les joueurs sont là pour le soutenir » . Yoann Gourcuff : «  Le coach fait tout pour former une équipe compétitive, mais ce sont les joueurs qui sont sur le terrain » . Même Lisandro, soupçonné de lassitude à l'égard de la méthode Puel, a joué le refrain de l'irréprochable loyauté : «  Ma relation avec lui est parfaite en termes de professionnalisme et de respect » .


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Après tout, rien d'étonnant. Les gars ne sont même pas en service commandé. Ils se contentent juste d'en revenir au fondement de leur métier : continuer à jouer en faisant comme si de rien n'était et laisser les envies de faire sauter l'entraîneur à d'autres. Aux supporters, par exemple. Et peut-être un peu au-delà... C'est du côté du premier intéressé que l'idée a fini par ressurgir dans la semaine, le temps d'une interview accordée à L'Equipe. Venu là pour parler image et mettre en mots sa situation personnelle, Puel s'est aventuré en creux à un plaidoyer aux allures de bilan. L'absence de titres depuis son arrivée à Tola Vologe ? « Si j'étais carriériste, je serais venu ici quand l'OL survolait le foot français (...). J'ai senti que je pouvais mener, à l'OL, la reconstruction d'un groupe en perte de vitesse » . La perspective d'un retour de Lyon aux commandes du foot français en cas de départ ? « Si quelqu'un doit profiter par la suite de mon travail, il n'y a aucun problème. (...) Je bosse pour le club à long terme. J'en bénéficierai ou pas » .


L'ennui sonore


Autrement dit, plutôt que de se plier au simple exercice de com', Puel fixe déjà l'enjeu du verdict attendu après dix journées de championnat : savoir si l'OL a encore besoin de ses talents de manager-bâtisseur. Au vu des récentes déclarations de son président – « L'OL doit redevenir une équipe qui fait rêver ses supporters pour ses résultats d'abord, mais aussi pour sa qualité de jeu » – et du bilan financier devenu pour la première fois négatif (35 millions d'euros de pertes), pas sûr que l'argument joue en faveur de Puel. D'autant que, ironie du sort, il peut donner à Aulas l'occasion de juger des effets bénéfiques de son héritage dès ce soir. En effet, depuis deux saisons, si les Lillois, anciens protégés de Puel, ont manqué de se remettre à fréquenter les soirs de Ligue des Champions, ils se sont taillés une réputation plus enviable d'équipe joueuse, avec ce genre de 4-3-3 que Rudi Garcia a su mettre en musique et dont les supporters lyonnais aimeraient bien revoir pointer le bout du nez du côté de Gerland. Avec ses jolies pépites (Eden Hazard, Gervinho, Adil Rami) comme autant d'actifs qui sentent un peu plus que le simple retour sur investissement dont OL Groupe ne connaît plus la saveur. Avec sa présence dans le haut du classement quand, à Lyon, l'ennui s'honore à la dix-septième place. Avec son stade qui pousse quand OL Land en reste à l'état de projet qui suscite toujours autant d'interrogations et de débats – quand il n'est pas question d'une franche opposition.


Bien au-delà de ce qu'avait pu craindre Lacombe fin août, la rencontre de ce soir et celle de mercredi prochain en Ligue des Champions promettent de peser plus lourd que tout le reste lorsqu'il s'agira de savoir quelle allure donner à la suite de la saison lyonnaise. Une façon comme une autre d'annoncer que, bien avant l'échéance qu'Aulas vient de repousser au 27 octobre, le sort de Puel devrait se jouer au cours des 180 minutes à venir. Il sera toujours temps ensuite de peaufiner une nouvelle com' de circonstance.


Serge Rezza

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