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Lyon, la parenthèse en chantier

À peine remis de leur qualification face au LOSC, les Lyonnais retrouvent le chemin de la L1 à Montpellier (21 heures). Un premier déplacement capital pour confirmer chez un rival direct dans la course en tête les belles dispositions du moment et la bonne tenue des chantiers ouverts par Rémi Garde.

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Mille fois, on s’est posé la question depuis l’arrivée de Rémi Garde : où veut bien en venir cet OL-là ? On veut dire maintenant qu’il s’est débarrassé de ses dernières illusions de conquête au sommet de l’Europe et qu’il n’est même plus question d’une domination de celle que le club lyonnais a fait vivre au football français dans les années 2000. Pendant cette première moitié de saison, pas un adversaire pour témoigner d’une quelconque impression de puissance et de maîtrise collective qui fait la marque des équipes qu’on dit taillées pour un titre. On pourra toujours penser que la concurrence n’y a pas vraiment eu droit elle non plus. En attendant, Parisiens, Lillois, Montpelliérains, Rennais et même Toulousains semblent avoir laissé plus de traces chez ces escouades de milieu de tableau qui finissent par servir d’indicateur au moment de chercher un prétendant au titre. Pourtant, tous s’accordent à citer l’OL parmi les équipes sur lesquelles il faudra compter pour la seconde moitié du championnat.

Foire aux ennuis

Après tout, les Lyonnais ne sont plus à un paradoxe près depuis le début de saison. Surtout, ils se sont bien gardés d’impressionner leur monde. Voilà un club qui passe son été à agiter le retour à une certaine idée du (beau) jeu, donne à en voir quelques promesses le temps d’un tour préliminaire de Ligue des Champions pour mieux l’abandonner au premier détour et revenir à ce jeu de contre pratiqué ces trois dernières saisons. Une équipe qui se laisse éliminer d’un huitième de Ligue des Champions pour mieux se qualifier. Qui doit se retrouver à dix pour obliger onze Lillois à ne trop savoir que faire d’un ballon qu’ils ont pu confisquer à l’envi (60 % de possession de balle). A croire que c’est lorsque la foire aux ennuis connaît son sommet que l’OL s’en sort encore le mieux. Pour s’en convaincre, on peut revenir à la dernière apparition des Lyonnais en Ligue 1, à Valenciennes. Revenue à quelques encablures de la tête du championnat, l’équipe tient le genre de rythme qui lui faisait jusque-là défaut (quatre victoires d’affilée), en plus de retrouver les quelques joueurs cadres perdus de vue depuis quelques temps. Résultat, l’OL a livré une prestation funeste, se remettant à jouer au bord du gouffre comme jamais.

Alors quoi ? Si les suiveurs ont vite fait d’y perdre les quelques certitudes glanées à la faveur d’une série sans lendemain, il se trouve que cette façon d’avancer révèle aussi sa part de vérité. Et comme souvent dans ce cas-là, il faut aller la chercher loin des histoires qu’on a bien voulu nous raconter. En d’autres termes, laisser les histoires de retour aux considérations esthétiques et à une maîtrise collective à d’autres, aux observateurs, à Jean-Michel Aulas ou aux supporters. Et se remettre à la construction du projet en cours. C’est encore ce que les Lyonnais savent faire de mieux, surtout si les ennuis sont de la partie. Pour ce déplacement de reprise à Montpellier, Rémi Garde est servi. Entre blessures (Lovren, Cris, Réveillère, Cyssokho), suspension (Dabo) et départ pour la CAN (Koné), c’est une ligne de défense inédite qu’il devra aligner. Avec au centre une paire expérimentale Gonalons-Umtiti qui a pour elle de s’en être sortie avec les honneurs face à l’armada lilloise. Reste la question des latéraux. S’il ne fait plus de doute que Rémi Garde ne compte plus vraiment sur Gassama pour occuper le côté droit, tout laisse à penser qu’il devrait donc investir pour une pige de plus Bastos, convaincant et déterminant à son poste de formation mercredi dernier. A gauche, Thimotée Kolodziejczak pourrait gagner sa première titularisation de la saison.

Trouver le cadre

Bien entendu, Rémi Garde et ses hommes n’ont pas le monopole des contraintes du moment. Suffit de voir René Girard obliger de composer lui aussi avec le départ de quelques-uns de ses cadres pour la CAN (Belhanda, El Kaoutari, Diarra, Saihi). Pourtant, là où il aurait sans doute été question il y a encore six mois de voir l’OL en grand corps malade à force de blessures et d’absences en tous genres, on préfère désormais évoquer une forme de vaste work in progress qui fait des chantiers entrepris par Rémi Garde une des affaires les plus passionnantes du moment. Le premier d’entre eux confirme la place accordée à la formation maison. Si pour cette fois elle a l’allure d’un choix par défaut, elle n’en pas moins permis de trouver un taulier (Gonalons), un drôle d’accélérateur (Lacazette) et un esthète qui pourrait bien se révéler dans un rôle de relayeur (Grenier). Pour que cet apprentissage ne se passe pas à prendre le bouillon dans un contexte lyonnais qui oblige à mener de front quatre compétitions, Garde s’emploie à maintenir des relais d’expérience pour encadrer ce beau monde. Sans doute un héritage ramené de son passage par Arsenal où, pour ses dernières années de joueur, il occupait la place de go between entre le vestiaire et le staff de Wenger. Une histoire de personnalité aussi, si l’on en croit les quelques confidences lâchées par le coach lyonnais, qui se démarque de l’empreinte de Claude Puel en délégant tant qu’il peut à ses adjoints (Genesio, Baticle, Bats ou Duverne) et à quelques précieux relais de vestiaire. On tient pour preuve cette anecdote de Gomis, en pleine trêve : « Il aime bien nous réunir chez lui, surtout quand ça va mal […] Il a toujours soutenu Bako (Koné) qui est pourtant un concurrent. C’est un geste fort. » (Le Progrès)

On pourra toujours dire qu’après le départ de Claude Puel, tout l’OL s’est employé à surjouer l’idée d’un collectif qui tire dans le même sens. Il n’empêche que plutôt que de chercher à remettre la main sur les belles arabesques des années de domination, Garde a établi un cadre qui permet aux gars au-dessus du lot, à ceux à qui tout est normalement permis, d’aller gagner un match à eux tout seuls. Ce que disent à leur manière les débordements décisifs de Bastos et le départ en trombe de Lisandro en 2012 (six buts en trois matchs). Ce qui pourrait bien arriver à Yoann Gourcuff s’il parvient à attraper cette main que s’est décidé à lui tendre le club à mesure que la perspective d’un départ au mercato s’est éloignée. Il y a une chance à saisir : l’OL n’est jamais en train de redevenir ce que son meneur de jeu aurait toujours voulu rester. Non pas ce phénomène qui supporte mal la lumière, mais bien quelque chose du grand club tranquille que l’on a toujours connu.

Par Serge Rezza
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