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Lyon, l'heure de griffer l'Histoire

Mercredi soir (20h45), Lyon se présentera face au Real avec un avantage d'un but aussi précieux que fragile. Certes, Madrid reste favori mais un peu moins qu'il y a trois semaines. Et pourquoi le cacher, plus encore que face à MU en 2008 ou au Barça l'an passé, une élimination serait une immense déception pour l'OL.

Aly Cissokho n'a pas encore perdu sa candeur et c'est heureux. Invité à évoquer la transition difficile entre un déplacement à Boulogne-sur-Mer et un voyage à Madrid pour peut-être le plus grand exploit de l'Olympique Lyonnais en Coupe d'Europe, l'ancien latéral de Porto n'a pas recouru à la langue de bois : « Faut pas se mentir, c'est vrai que Boulogne et Madrid, ça ne peut pas être tout à fait la même motivation » . En même temps, le déroulement du match n'a guère laissé de doute : depuis le retour de la coupure internationale, les Lyonnais n'ont probablement que ce rendez-vous castillan en tête et tant pis pour les deux points abandonnés en Ligue 1. Enfin, on l'espère car l'ascension s'annonce vertigineuse pour une équipe lyonnaise incapable de battre la plus faible équipe de l'hexagone en 2010 face à un Real qui vient de coller trois pions à une formation de Ligue des Champions, le FC Séville en l'occurrence (3-2). Voilà le défi devant lequel se présente Lyon. Immense et excitant à la fois.

Préparation “à la Puel”

C'est qu'en trois semaines, le paysage a formidablement changé pour les anciens maîtres de France. Avant le match aller, personne ou presque n'aurait osé parier quelques menus euros sur les chances de l'OL de faire la nique à ce Real Madrid surpuissant. La bande à Claude Puel semblait traîner sa misère dans le jeu, même si arithmétiquement le club rhodanien avait renoué avec ses standards passés. On avait cru à une simple réussite circonstancielle au regard de la pauvreté collective proposée. On n'avait pas bien mesuré non plus la solidité retrouvée devant les buts de Lloris d'une arrière-garde de mieux en mieux réglée avec les retours de blessures et mieux protégée par un Toulalan qui avait fait cruellement défaut à partir de la fin de l'automne. On avait aussi sous-estimé l'impact de la très grosse préparation hivernale, estampillée “à la Puel”, le Claude ayant donné rendez-vous à tout le monde fin février pour juger de la montée en puissance ou non de son escouade. D'ailleurs, dès janvier, Guy Roux, toujours bien informé, avait répondu aux sceptiques sur le plateau des Spécialistes. « D'après ce que je sais, les Lyonnais ont travaillé très dur physiquement à la trêve et devraient bientôt tourner à plein régime » . Info ou intox ? Toujours est-il qu'à l'aller, on a retrouvé un Lyon aussi dense que juste, patient que tranchant, tactique que technique. C'est simple, il n'y avait pas eu de match entre les deux formations, l'OL bloquant sans souci aucun les initiatives madrilènes pour mieux s'engouffrer dans les lézardes de la Maison Blanche. Au point de faire regretter de ne pas avoir doublé la mise qui aurait donné cet oxygène en plus avant d'aller défier Madrid dans la touffeur de Santiago Bernabeu. Un enfer pour l'adversaire cette saison.

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Sergio Ramos annonce un 3-0 net et sans bavure

Chez lui, le Real semble métamorphosé comme l'a encore montré sa remontée fantastique face à Séville samedi (succès 3-2 dans les arrêts de jeu après avoir été mené 0-2). En chiffres, cette toute-puissance file la diarrhée à l'adversaire : 17 matches toutes compétitions confondues, 16 succès (défaite face à l'AC Milan 2-3), 51 buts inscrits. Pfff... Comme le dit Raynald Denoueix, « même sans la facilité collective de Barcelone, Cristiano Ronaldo et Kaka font partie de ces joueurs inarrêtables, contre lesquels il n'y a pas grand-chose à faire » . Et ne surtout pas croire que cette attaque-mitraillette s'exprime aux dépens de la défense. A onze reprises, Iker Casillas est ressorti de l'antre mythique sans aller chercher le ballon au fond de ses filets. Alors quoi ? Explosifs devant, solides en diable derrière, les Merengues seraient imprenables pour l'OL ? Pas si sûr, même si la confiance semble régner dans les rangs madrilènes. « Nous allons gagner 3-0 et le public nous soutiendra à nouveau comme samedi face au FC Séville » , pronostique sans rire Sergio Ramos, intenable samedi (un but et un centre décisif) et encore plus sûr de son coup depuis la leçon collée par l'Espagne à la France (2-0 et un but du même Ramos) mercredi dernier. Si, il y a trois semaines, le Real avait esquissé ses limites, il a depuis dessiné le champ de ses possibles (4 succès en 4 matches, 14 pions inscrits). Samedi, le choc enlevé face à Séville s'est révélé être la synthèse de ce double visage. Face A : une équipe friable sur les côtés, à l'image du premier but amené par Jesus Navas à droite, le couloir faible, où Govou avait fait des ravages à Gerland. Face B : une force de perforation rare avec 34 tirs, dont 16 cadrés et trois poteaux, face aux Andalous. Une stat ahurissante toutefois tempérée par Alain Perrin : « Face à Lyon, le Real n'aura pas 34 tirs » . Il n'empêche, face à ce déferlement, Lyon devra probablement « marquer au moins une fois » comme l'explique Vahid Halilhodzic. Et c'est sans doute l'heure pour Lisandro Lopez d'être immense.

Mais c'est bien le Real qui aura la pression, lui qui a investi 250 millions d'euros pour espérer jouer la finale de la C1 qui se déroulera à... Madrid. Plus qu'un objectif, une obligation pour le recordman de trophées dans la compétition (9) et infoutu de franchir les huitièmes depuis cinq ans, comme le reconnaît l'infernal Guti (attention à celui-là, peut-être le joueur clé de ce huitième) : « Avec les transferts de cette année et la finale de la Ligue des Champions à Madrid, ce serait un échec pour le Real de ne pas passer ce tour. Surtout contre un adversaire comme Lyon, un grand adversaire, mais je ne crois pas que ce soit un grand d'Europe » . Il n'empêche, pour la première fois de son histoire face à un grand d'Europe, au coup d'envoi du match retour, Lyon sera qualifié. Et au coup de sifflet final ?

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