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Lyon joue sa peau

Alerte, alerte ! Pour la première fois depuis 2003, l’OL, la seule équipe française digne de ce nom en C1, restera à quai en cas de défaite face à l’Ajax Amsterdam. L’heure est grave. Pour Lyon comme pour tout le foot tricolore.

Longtemps, Jean-Michel Aulas a mangé son pain noir. Et comme tous ceux qui dégustent sévère avant de trouver la clé, le président de l’Olympique Lyonnais a ensuite longtemps savouré la réussite de son équipe dans un océan de misère hexagonale. Depuis 1999, le club rhodanien s’est invariablement qualifié pour la Ligue des champions et depuis 2003 est sorti tout aussi constamment des phases de poule et de ce point de vue, seul le Real Madrid et Arsenal peuvent en dire autant. Ne cherchez pas plus loin la référence du siècle naissant sur le plan tricolore. Simplement voilà, Lyon est aujourd’hui à la croisée des chemins, quelque part entre une permanence continentale admirée de tous et le retour à un rôle de simple figurant, tout juste bon à venir encaisser son chèque après six petits matches et puis s’en va. Ce soir face à l’Ajax Amsterdam, l’OL va être fixé sur ce qui devrait être son quotidien pour le reste de la saison. Qu’il gagne et sauf énorme catastrophe lors de la dernière journée face à Zagreb, il sera en route pour les huitièmes de finale pour la neuvième fois consécutive; enviez la régularité. Qu’il fasse match nul (en inscrivant au moins un but, ce serait plus simple) et il sera alors tributaire du bon vouloir du Real Madrid, en devant alors absolument compter sur une victoire merengue tout en faisant le job face aux Croates. Qu’il perde et ça en sera alors fini de l’épopée en C1, ouvrant alors les portes d’une Ligue Europa longtemps méprisée par les Gones auxquels il faudra alors de sacrés arguments pour les convaincre qu’il ne s’agit pas d’une Coupe Banania. En clair et pour faire simple, il faut gagner à Gerland face aux Néerlandais que l’on avait d’ailleurs trouvés très en verve au match aller, en tout cas infiniment supérieurs à l’équipe confondante de naïveté qui était venue l’an passé se faire taper à l’Abbé-Deschamps face à Auxerre.

Lisandro-Gourcuff, le casse-tête de Garde

Soyons francs, le club néerlandais n’est qu’un lointain descendant des quadruples champions d’Europe qu’ils sont et partant, Lyon ne devrait pas flipper outre-mesure. Mais de quel Lyon parle-t-on ? Celui du début de saison qui semblait porté par un nouveau souffle, celui de Rémi Garde, ou celui de ces dernières semaines qui prend l’eau dès qu’il doit sortir de ses bases et, pire, qui vient de lâcher face à Rennes son invincibilité à domicile qui faisait sa fortune depuis plus d’un an ? C’est en grande partie de cette question que va dépendre le futur européen lyonnais. Et la réponse sera forcément le fruit de certains choix. A commencer par celui concernant le cas Lisandro Lopez. Tout juste de retour après plus de trois mois d’absence, l’Argentin n’est évidemment pas à son niveau. Mais même diminué, « Licha » reste un détonateur comme la Ligue 1 n’en connaît que très peu, pour ne pas dire aucun, par cette faculté rare à dynamiser ses partenaires par sa seule énergie. Reste à savoir dans quelles proportions le meilleur joueur du championnat 2010 est amoindri. Et quant bien même Garde ferait ce pari, il faudrait alors définir comment. C’est tout le dilemme quand à la fois Lisandro et Yoann Gourcuff sont sur pattes : quel système mettre en branle ? Lisandro aime jouer près de Bafé Gomis dans un 4-4-2. Mais ce système fragilise le milieu soit en installant Gourcuff dans l’axe avec un seul récupérateur (un désastre face à Rennes aux côtés de Kallström), soit en l’exilant sur un flanc ce qui est encore pire. Gourcuff, lui, préfère largement un 4-2-3-1 ou un 4-3-3 mais là, c’est Lisandro qui gagne le droit d’aller sur un côté (si on admet que Gomis est incontournable, et actuellement il faut l’admettre).


Alors quoi ? Alors Garde est face à un casse-tête sans nom car il doit faire un choix entre deux stars à court de forme. Pourtant, il faut trouver une idée. Pas seulement parce qu’il y a une qualification (ou presque) en jeu, ce qui est déjà considérable. Mais aussi parce que dans quelques mois, ses deux fuoriclasse, soutenus par tout un groupe revenu aux affaires (Ederson, Cris…), donneront un tout autre visage à l’OL. Pas forcément celui qui regardait toute l’Europe droit dans les yeux il y a cinq ou six ans. Mais celui qui, sur un malentendu, sur une ouverture, reste le seul club français à voyager loin en Ligue des champions. Jusqu’à ce soir, ce temps-là n’est pas révolu. Pas encore.


Par Dave Appadoo
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