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Lyon et le mirage de la concurrence parisienne

Depuis l’arrivée des gros sous à Paris, les performances françaises en Europe sont faibles. Loin de ce qu’on nous avait promis en 2011. Et la traversée du désert de Lyon cette année en est le plus bel exemple.

Alors qu’Omar Sy et François Cluzet prouvent au cinéma français qu’il en faut peu pour remplir une salle, les consommateurs de foot retrouvent également un peu d’intérêt pour notre bonne vieille Ligue 1. Nous sommes en 2011, les Qataris viennent juste de poser leurs valises remplies de billets à Paris, et les premiers noms de stars arrivent à nos oreilles. Javier Pastore succède donc à Nene et Tiéné, et les spécialistes qualifient cet événement de globalement positif. Principal argument : l’argent attire l’argent, et l’arrivée de QSI va susciter l’intérêt d’autres investisseurs, qui vont eux-mêmes amener des supporters du monde entier. Bref, tout ça semble donc de bon augure pour un mot devenu obsolète dans le vocabulaire du football français : la concurrence. Mais comme toutes les prévisions économiques, celle-ci s’avère fausse. Ou du moins, pas tout à fait vraie.

L’allégorie Anthony Martial


On a d’abord cru au projet Monaco. Puis à celui de Lens. On a aussi beaucoup misé sur celui de Lyon. Mais quatre ans après l’arrivée de trois ou quatre zéros en plus sur le compte bancaire du PSG, force est de constater que les clubs français font toujours la gueule en Europe. Quelle que soit la stratégie adoptée. Marseille et ses entraîneurs de renom. Monaco et son envie de copier Porto. Lyon et ses jeunes… Non, pour le moment, Ibrahimović et consorts ne sont pas la locomotive tant espérée du TER de la Ligue 1. On s’en doutait déjà, l’argent investi par le PSG ne reste pas en France. Et pour Richard Duhautois, économiste du sport, il est encore trop tôt pour être définitif. Surtout à Lyon : «  Aulas a une stratégie d’expansion, c'est du long terme. S’ils n’arrivent pas encore à concurrencer le PSG, ils vont sans doute se qualifier chaque année pour la C1 et sans doute faire venir de plus en plus de joueurs compétitifs. Il faudra encore un moment avant qu'ils ne se stabilisent. »

En fait, initialement, les principales retombées pour le football français n'étaient pas prévues avant 2020. En matière de football, mais aussi en matière de finance. Le nombre de téléspectateurs à travers le monde entier est en hausse, mais on est encore loin des autres championnats. Et c’est pareil pour les capitaux : « Les investisseurs préfèrent la Premier League. Et actuellement, il n’y a plus de six clubs qui appartiennent à des actionnaires anglais. Il y a bien un moment où ils vont se tourner vers la France. » Il faut donc que nos clubs se montrent prêts à changer. À se faire à l’idée qu’un club comme le PSG puisse claquer du fric à tout-va. C'est cette mentalité qui actuellement freine les milliardaires réticents : « Je crois effectivement qu’il y a un problème culturel. Le transfert d’Anthony Martial en est l’exemple parfait. En France, 50 millions, c’est excessif. Mais pas en Angleterre, étant donné les droits télé, son âge, etc. La culture française est aussi responsable du fait que les prévisions de 2011 ne marchent pas. Pas rapidement en tout cas. »

Illusions


Il va donc falloir s’armer de patience pour que notre coefficient UEFA reparte à la hausse. Avec ou sans investisseurs étrangers. Les quatre années passées ne sont qu’une partie du chemin à parcourir. La performance de Monaco l’année dernière est un message d’espoir pour l’avenir. Quant aux Lyonnais, ils devront surtout essayer de sauver leur honneur ce soir. Et se dire que ça leur servira de leçon. Non, Lyon n’est pas Paris et ne sera peut-être jamais Paris. Quand il n'y a pas d'argent, les choses prennent forcément plus de temps. Tout le monde n'accède pas aux huitièmes de finale de C1 dès la première année. La concurrence a beau être « déloyale » , il est encore temps de repartir de Valence autrement qu’une main devant et une autre derrière. Pour ça, il vaut mieux oublier le mirage de la concurrence parisienne tant évoquée par leur président. Car Paris est à ce jour une exception française. Intouchable.

Par Ugo Bocchi Sciences sociales football club par Bastien Drut et Richard Duhautois
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