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Luzenac : les coulisses d'un été pourri

C'est désormais officiel, Luzenac ne jouera pas en Ligue 2 la saison prochaine, la faute à un stade considéré comme pas aux normes de sécurité et de capacité demandées par la Ligue de football professionnel. Après plus de deux mois de combat, la défaite est donc scellée pour les Ariégeois qui devront rester en National. Derrière toutes ces décisions, il y a la désillusion d'hommes pour qui chaque décision des instances a une incidence sur leur vie de tous les jours.

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Au début, comme bien souvent, l'histoire est belle. Luzenac, contre toute attente, gagne sa place en Ligue 2, sur le terrain, et ce, dès le mois d'avril. Les Luzenacois sont alors au summum du bonheur avec une arrivée dans le monde professionnel pour la première fois de l'histoire de ce petit club de l'Ariège. Un moment historique, fêté comme il se doit, selon les dires de Nicolas Dieuze, capitaine de l'équipe : « C'était une grande émotion. On a bien fêté le titre. Bien comme il faut, même. » Après les festivités inhérentes à une telle performance, le groupe part en vacances, « avec l'esprit tranquille et la satisfaction du devoir accompli » , comme le souligne Quentin Westberg, gardien de Luzenac. Tout le monde est heureux, l'été s'annonce ensoleillé du côté de l'Ariège. Enfin ça, c'est ce que tout le monde pensait.

Il l'apprend en pleine préparation de mariage


Car début juin, les soucis commencent. En effet, la DNCG ne valide pas la montée de Luzenac. Pas de quoi inquiéter les troupes, à ce moment-là, comme le confirme Dieuze : « On est tous en vacances quand on apprend pour la première fois que notre dossier n'est pas accepté, mais honnêtement, à ce moment-là on ne s'en fait pas trop, on savait qu'il allait y avoir quelques soucis, mais il n'y a pas plus d'inquiétude que ça. » Westberg, lui, apprend la nouvelle de manière assez cocasse : « Lors du premier refus de la DNCG, c'est un journaliste de 20Minutes qui m'apprend la nouvelle. Il m'appelle pour me demander ma réaction sur cette décision, alors que je n'étais même pas au courant. En plus, c'était un jeudi, et j'étais en train de préparer mon mariage du samedi. » Mais chez le portier non plus, la décision n'est pas encore synonyme de coup de massue : « On se disait que c'était un passage obligatoire, mais on restait quand même super confiants ! Personnellement, je m'en serais bien passé pour la préparation de mon mariage, mais ça va, on est restés quand même optimiste. »

Si rien n'était vraiment inquiétant à l'époque, le mois de juillet commence par une décision qui refroidit le club de Luzenac, la commission d'appel de la DNCG refuse également la montée du club en Ligue 2. Là, on commence à flipper, c'est ce qu'explique Nicolas Dieuze : « Au moment de la commission d'appel, début juillet, on est en stage. C'est à la fin d'un entraînement qu'on apprend la nouvelle. En voyant la tête des dirigeants, on comprend tout de suite qu'on s'est fait recaler. Le coach nous demande si on préfère rester ou rentrer, et on décide tous de rentrer chez nous. » Une situation qui se complique férocement. Pour Quentin Westberg, « on avait l'impression que le club allait exploser, on nous disait que si on voulait, on pouvait partir, c'était vraiment une situation bizarre. » Malgré la situation quelque peu délicate, les joueurs tiennent le coup, se serrent les coudes : « J'hébergeais Jerôme Lafourcade avec qui je jouais à Troyes et qui venait de signer au club, on était sonné, explique Westberg. Il y avait Gaëtan Belaud qui venait de signer au club et qui était tout seul, donc il venait à la maison pour qu'on discute et histoire de ne pas être tout seul, quoi. » Le mois de juillet est loin d'être rose pour le LAP, de quoi se poser des questions sur un sport que l'on aime tant, comme le confirme Dieuze : « Ça n'a pas toujours été simple, c'est des moments qui dégoûtent un peu du foot. On a compris plusieurs fois qu'on ne voulait pas de nous. »

« Il a entendu le staff gueuler de joie  »


Et le pire est à venir, puisque fin juillet, le CNOSF donne un avis défavorable pour la montée du club. Nouveau coup de massue. Le troisième en un mois et demi, donc. Du côté des joueurs, on se pose des questions, on perd un peu la foi. Car, il ne faut pas l'oublier, l'avenir d'un club ne concerne pas que 25 joueurs, derrière, il y a des familles qui attendent : « Les gens n'y pensent pas, mais dans une situation comme ça, ça ne bloque pas que le joueur, on a des enfants, des écoles à trouver, on loue des apparts, des maisons, argumente le capitaine du LAP. Il y a une petite pression au niveau de la famille. Ici, on n'a pas des salaires de Ligue 1, hein, les enjeux, ils sont aussi économiques pour la plupart des gars. » Même son de cloche du côté du gardien de l'équipe : « Il faut bien penser qu'il y a des employés et leurs familles qui dépendaient de cette situation. Il y a des nouveaux qui avaient déjà prévu leur déménagement, qui avaient bloqué des logements.  » Oui, beaucoup de gens attendent une issue favorable. Et ils vont finir par l'avoir, enfin.


Le club, lassé de cette situation, décide de saisir le tribunal administratif de Toulouse. Moment fort du combat de Luzenac, selon Dieuze : « Lorsqu'on va tous au tribunal administratif, c'était un grand moment. La salle était bondée, il fallait montrer qu'on était solidaires. Et puis on n'y est pas allés seuls, il y avait des supporters, les familles, des enfants. On voulait montrer qu'il y avait l'avenir d'une quarantaine de personnes qui se jouait. » Une démonstration de force et d'envie qui va s'avérer payante : le juge donne raison au club et demande à la Ligue de réexaminer le dossier. Une libération pour tout le monde. C'est un samedi, en fin de matinée, que les joueurs ont appris la bonne nouvelle : « Lafourcade, que j'hébergeais, était resté plus longtemps dans les vestiaires, et il a entendu le staff gueuler de joie, donc il m'a appelé tout de suite, explique Westberg. En plus, c'était vraiment le moment où je touchais le fond, donc c'était une libération. » Le combat est enfin gagné. Enfin, pas vraiment, en fait.

« Trop de claques dans la gueule »


Ce matin même, le conseil d'administration de la LFP a rendu son verdict définitif : Luzenac est recalé. Malgré tous ces efforts, tous ces recours, toutes ces forces jetées dans la bataille, c'est officiel, la LFP ne veut pas de Luzenac. Et c'est cruel. Une désillusion de plus pour les Ariégeois qui auront décidément passé un été de merde. Avant le verdict, Quentin Westberg s'était malheureusement montré un peu prophétique : « On s'attend à tout, donc on essaie de ne pas trop s'enflammer, on a déjà trop pris de claques dans la gueule. » Celle de ce matin doit encore être plus douloureuse que les autres. En tout cas, c'est celle qui met K-O.

Par Gaspard Manet
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