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Luciano D'Onofrio, le Mendes 1.0

Aujourd'hui, Jorge Mendes apparaît comme le patron du marché des transferts. Dans les 90s, l'Italo-Belge Luciano D'Onofrio exerçait le même type d'hégémonie avec pour clients Didier Deschamps, Zinédine Zidane ou encore Marcel Desailly. Jusqu'à ce qu'il soit rattrapé par la justice et interdit d'exercer. Mais s'il est officiellement hors course, l'ancien agent puis vice-président du Standard de Liège n'a pas pour autant arrêté d'exploiter ses réseaux et d'œuvrer dans l'ombre, comme lors du transfert d'Eliaquim Mangala à Manchester City.

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« Je n'oublierai jamais notre première rencontre, dans un grand hôtel de Monaco, celui où logeait la Juve avant sa demi-finale de Ligue des champions. Tous les joueurs de la Juve se sont spontanément mis en file indienne pour venir le saluer : Zinédine Zidane, Edgard Davids, Alessandro Del Piero, Filippo Inzaghi… Il était assis à la table des dirigeants, dont le directeur sportif, Roberto Bettega, qui avait été une de mes idoles. » Le propos est d'Ali Lukunku, dans Foot Magazine, et relate des faits qui se sont déroulés en marge d'une demi-finale de Ligue des champions entre la Juventus et l'AS Monaco en 1998. Luciano D'Onofrio, personnage clé de cette scène digne de la trilogie Le Parrain, est la même personne qui prenait ses jambes à son cou en 2013 devant un journaliste de Cash Investigation souhaitant parler de Robi Plus, une de ses multiples sociétés écrans, co-propriétaire des droits sportifs d'Eliaquim Mangala à l'époque. Qui est ce personnage énigmatique ? Avant tout un self made man né à Castelforte, Italie, en 1955. La famille de Luciano, fils d'un mineur, s'installe à Liège alors qu'il n'a que trois ans. Son existence reste longtemps assez banale : une petite carrière de footballeur pro en Belgique, puis aux États-Unis (Houston) et enfin en D1 portugaise (Portimonense) où une double fracture à la jambe le force à arrêter sa carrière, à 28 ans.

« Chez moi, il n'y a que du bon »


Ce coup d'arrêt fatal en tant que joueur est paradoxalement un nouveau départ en tant que dirigeant : d'abord comme conseiller sportif à l'Inter Milan, ville où il soigne sa grave blessure, puis à partir de 1985 au FC Porto, club où il reste jusqu'en 1991 et entame son ascension. Il débute chargé de relations extérieures avant de devenir manager général, casquette sous laquelle il savoure la victoire en Ligue des champions 1987. Il épouse la carrière d'agent en 1991 et explique son style en 1997 dans le journal belge Le Soir : « Une fois obtenue la licence, le manager se débrouille comme il l'entend. La FIFA n'a prévu aucun barème, les honoraires officiels n'existent pas, chaque transaction est différente.  » Le mode de fonctionnement de D'Onofrio peut ainsi se résumer à « seul le résultat compte » . Et à le croire, les siens sont sans appel : « Jamais aucun club ne m'a reproché de l'avoir trompé sur la valeur d'une recrue. Chez moi, il n'y a que du bon. » L'argumentaire pourrait valoir tout autant dans un commerce de proximité, à la différence près que D'Onofrio ne deale pas du poisson frais, mais bien des joueurs de foot, et pas des moindres : Alen Bokšić, Victor Ikpeba, Marcel Desailly, Didier Deschamps ou encore Zinédine Zidane pour ne citer qu'eux, Michel Preud'homme, Bertrand Crasson, ou encore Emile M'Penza pour parler du marché belge. D'autant qu'en entretenant d'excellentes relations dans les plus grands clubs du continent, D'Onofrio ne manque pas de clients.

Il était cependant écrit qu'il reviendrait à Liège, la ville de son enfance. Ce retour aux sources prend effet en 1998, lorsqu'il répond à l'appel d'André Duchêne, président à la recherche d'investisseurs. D'Onofrio fait l'intermédiaire avec Robert Louis-Dreyfus, qui va contribuer au sauvetage du club en injectant plus de 30 millions d'euros. S'il ne le clame pas haut et fort, D'Onofrio investit aussi, 3,6 millions d'euros selon la justice liégeoise, mais sous couverture de la société boîte au lettre Kick International Agency BV, gérée et abritée par le géant de l'audit KPMG dans la banlieue d'Amsterdam… Une autre spécialité de D'Onofrio : l'opacité. Ce qui, au Standard, se traduit par son absence officielle dans l'organigramme des Rouches jusqu'à 2004. Étant encore agent, il n'a le droit d'exercer aucune fonction en club ou Fédération. Mais dans les faits, il tire les ficelles via son ami Maurizio Delmenico, qui apparaît - contrairement à D'Onofrio - dans les documents officiels de Kick International et au conseil d'administration du Standard. Si l'ancien super agent aime à ce point brouiller les pistes, c'est parce qu'il est souvent dans le collimateur des juges de Belgique et de France.

Blanchiment d'argent, perquisition et inculpation


Dans l'Hexagone, le palmarès judiciaire de Luciano D'Onofrio est inauguré en 1997 par neuf mois de prison avec sursis infligés par la 6e chambre du tribunal de grande instance de Marseille dans le cadre de « l'affaire Tapie » , lui étant reprochées des malversations financières liées à des transferts entre 1987 et 1992. Il obtient l'acquittement par la cour d'appel d'Aix-en-Provence, mais ses démêlés avec les juges ne font que commencer. Le 5 juin 1998, c'est le tribunal correctionnel de Paris qui le condamne à trois mois de prison avec sursis pour l'obtention de commissions occultes dans le cadre de transactions avec le PSG entre 1986 et 1990. La plus lourde condamnation attend 2006 : deux ans de prison dont 18 mois avec sursis, une amende de 375 000 euros et une interdiction d'exercer dans le football pendant 5 ans dans le cadre de l'affaire des transferts de l'OM entre 1997 et 1999. Il fera bien appel, mais cette fois-ci sans succès…

En Belgique, il est directement lié à une série d'enquêtes autour du Standard de Liège à partir de 2004 pour blanchiment d'argent, ce qui lui vaut une perquisition à son domicile en 2005, puis une inculpation en 2011 pour faux, usage de faux et blanchiment d'argent. D'après le quotidien La Meuse du 22 janvier 2008, ce sont les flux financiers autour de transferts entre le club liégeois et l'Olympique de Marseille qui ont éveillé l'attention des enquêteurs : « S'il est évident que les joueurs transférés sont bien arrivés à Marseille, l'argent des transactions a suivi un itinéraire étrange. Les millions d'euros sont passés sur des comptes au Panama, en Suisse ou au Liechtenstein. Or, il n'y a pas de raison objective pour qu'un transfert entre Liège et Marseille n'emprunte pas le chemin le plus court. L'une des hypothèses serait que, durant son trajet entre Liège et Marseille, l'argent a transité par différents comptes à l'étranger. Au passage, plusieurs intervenants, managers ou conseillers, ont pris leur commission. Or, les justificatifs sont pauvres et les factures très peu détaillées. »

Prête-noms et sociétés écrans


Avec toutes ces casseroles aux fesses, Luciano D'Onofrio est censé ne plus pouvoir exercer dans le milieu du football. Selon le journaliste d'investigation belge David Leloup, qui a étudié en détails le cas D'Onofrio, il n'en est rien : « Il était récemment impliqué comme dirigeant au Standard, mais aussi comme agent. Il a repéré tous les talents dont il est ensuite devenu l'agent, comme Defour, Mangala et Witsel. Il n'était pas leur agent officiellement, mais officieusement, il était impliqué dans les transferts et prenait à chaque fois sa commission. » Et l'implication du sulfureux businessman n'est en rien à conjuguer au passé, car dans le cadre du transfert de Defour à Anderlecht (été 2014, ndlr), le président du club a admis que D'Onofrio était intervenu comme intermédiaire. « Le simple fait d'avouer son intervention suffit à attester de son activité. » Comment faire pour exercer la fonction d'agent sans y être autorisé ? Luciano D'Onofrio opte pour les prête-noms et les sociétés écrans.

Quelques exemples : Mondial Service International Ltd (Panama), impliquée dans l'affaire de la comptabilité occulte du SC Toulon dans les années 90, International Agency for Marketing Ltd (Liechtenstein), impliquée dans le paiement de commissions occultes dans le cadre de plusieurs transferts à l'OM dont celui de Fabrizio Ravanelli en 1997 ou encore Corporate Press Limited (Royaume-Uni), impliquée dans le transfert de Sergio Conceição de l'Inter Milan à la Lazio en 2003. Selon David Leloup, « certaines de ces structures ne lui servent que de véhicule et il n'en est donc pas actionnaire » , mais dans chacune, un nom réapparaît : Maurizio Delmenico. « Maurizio Delmenico sert de prête-nom comme agent de joueurs. Il a passé les examens pour être agent FIFA après que D'Onofrio a été condamné et interdit d'exercer, c'est l'homme de confiance. Il l'a installé partout comme au conseil d'administration du Standard » , précise Leloup… Un homme de confiance qui sera de la partie dans l'arrivée dans le jeu d'une nouvelle structure, Robi Plus Limited, pour le transfert d'Eliaquim Mangala.

« Quand D'Onofrio conseille, le joueur suit »


En juillet 2011, le futur international français quitte le Standard pour le FC Porto contre un chèque d'environ 7 millions d'euros. Alors que d'autres clubs étaient sur les rangs comme le FC Valence et la Roma, le joueur a choisi de poursuivre sa progression au Portugal. Directeur sportif du club valencien à l'époque, Braulio Vasquez se souvient : « J'avais mangé avec lui, avec ses parents et je peux vous dire qu'il était très heureux de pouvoir jouer à Valence. Mangala avait même parlé avec Rami par téléphone, et c'est une discussion qui l'avait convaincu de signer. Avec le Standard, tout était dealé. Au moment de la signature, Mangala s'est rétracté. » Chose surprenante, alors que l'agent officiel du joueur en 2011 est Fabrizio Ferrari, le dirigeant espagnol n'a mémoire que d'une personne : « Son agent, c'était Luciano D'Onofrio » .


Or, ce dernier vient d'être évincé du club belge et n'a officiellement aucun lien avec Mangala ni Defour, l'autre joueur quittant les Rouches pour les Dragons. Si Fabrizzio Ferrari nie toute influence de D'Onofrio dans le choix de Mangala - « il a choisi Porto pour jouer la Champions League » -, la réponse de l'agent de Steven Defour, le Belge Paul Stefani, parle d'elle-même : « Luciano, il m'a dit "Porto, c'est un grand club", mais ce n'était pas nécessaire qu'il me le dise, tout le monde le sait que Porto est un grand club…  » Pour David Leloup, aucune parole de D'Onofrio ne peut être anodine, car « quand D'Onofrio conseille un joueur, ce dernier suit le conseil. Il sait que s'il est dans les petits papiers de D'Onofrio, sa carrière peut être complètement différente que s'il n'y est pas. »

Propriété non identifiable


Quelques mois plus tard, en décembre 2011, Porto annonce officiellement avoir cédé des parts du contrat de Mangala et Defour à deux co-propriétaires : Doyen Sports, à hauteur de 33% contre un versement de 2,6 millions d'euros, et Robi Plus à hauteur de 10% sans la moindre contrepartie financière. Le lien avec Luciano D'Onofrio est officiellement impossible à établir puisqu'il s'agit d'une société boîte aux lettres basée à Londres fonctionnant avec un unique titre porteur, rendant ainsi sa propriété non identifiable. Seul indice, le nom de l'administrateur : un certain Maurizio Delmenico, le fidèle bras droit. 10 % du transfert record de Mangala à City est donc arrivé dans les caisses de Robi Plus et probablement dans les poches de Luciano D'Onofrio aussi facilement que l'on envoie une lettre par la poste.

Cinq millions de commissions pour quelqu'un censé être interdit d'exercer, on a connu moins prolifique. Mais plutôt que de se vanter de savoir jouer avec les règles, Luciano D'Onofrio préfère se la jouer mec honnête mais incompris, comme lors d'une interview à Foot Magazine en mai 2007 : « J'ai beau faire, j'ai une étiquette de bandit… Or, je suis un aventurier, mais honnête ! Et je suis en paix avec moi-même. Je n'ai peur de rien par rapport à la justice. Je suis serein. Ma seule question est de savoir d'où viennent toutes ces enquêtes. Que cherchent-ils ? Dans tous les cas, je suis content d'aller jusqu'au bout parce que c'est mon intérêt. Que la vérité soit faite, ce sera la plus belle chose pour moi. » Or, il semblerait que les juges soient encore loin d'avoir tout démêlé dans la galaxie D'Onofrio...

Par Nicolas Jucha Propos de David Leloup, Fabrizzio Ferrari et Paul Stefani recueillis par Nicolas Jucha, propos de Braulio Vasquez recueillis par Javier Prieto-Santos
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