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Lucas digne

En seulement deux rencontres européennes disputées contre Copenhague, Lucas Digne a donné la trique aux émissaires de Manchester United et confirmé qu'après Mathieu Chalmé ou Mathieu Debuchy, Lille n'a pas son pareil pour dénicher des latéraux taille patron. Portrait.

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17 août 2012, Lille. Ce jour-là, le Nord-Pas-de-Calais et les abonnés de Canal + découvrent le Grand Stade, un écrin de 50 000 places classé par l'UEFA parmi les plus prestigieux d'Europe. La structure de 30 mètres de haut n'est pourtant pas la seule attraction à reluquer. Pour ces émissaires de Manchester United ayant traversé la Manche, la vraie pépite n'est pas ce vaisseau translucide au toit rétractable, mais plutôt Lucas Digne, prototype du gendre idéal et du latéral cinq étoiles, que les scoots des Red Devils supervisent pour la première fois. Rien d'étonnant, le garçon de 19 ans a passé sa jeune carrière à sauter les préliminaires pour entrer dans le vif du sujet avec précocité.

Natif de Meaux, Lucas Digne grandit dans un environnement familial de footeux, son père ayant joué en amateur et son grand frère Mathieu prenant rapidement la direction du LOSC de coach Vahid. Lucas n'en est pas encore là lorsqu'il rejoint Crêpy-en-Valois, où il fait remarquer très vite qu'il est au-dessus du jeu en grappe et des passes maladroites. « À 9 ans, il voulait être professionnel et il le montrait. Il était compétiteur, n'aimait pas perdre et était déjà plus rapide que les autres. Il avait déjà une belle détente et une sacrée vitesse » , se souvient Jean-Michel Cholet, son éducateur de 2002 à 2005. Alors attaquant, le blondinet aux faux airs de Daniel Craig cloue plusieurs gardiens du département dans leurs filets et, pour ne pas s'ennuyer ferme, se fait surclasser en 13 ans alors qu'il est en benjamin. Comme un enfant surdoué souhaiterait faire autre chose que des fractions en maths.

Surclassé et en équipe de France

La cellule de recrutement lilloise décide alors de rapatrier le cadet des Digne dans son escarcelle, sûre de son fait. Sur place, les formateurs se rendent très vite compte que le gamin est pétri de talent, comme le détaille Rachid Chihab, son entraîneur en U19 et en CFA : « Il avait des qualités hors normes : une capacité à répéter les efforts, une grosse détente, une grosse accélération sur premiers mètres, la VMA qu'il faut pour faire autant d'allers-retours. Et comme défensivement, il était bon dans les duels, son replacement s'est fait naturellement. » Alors en 14 ans fédéraux, Lucas Digne recule d'un cran pour passer latéral gauche. C'est à ce poste qu'il est surclassé en 16 ans, puis en 18 ans nationaux.

C'est aussi à 16 ans qu'il rejoint les équipes de France de jeunes pour ne plus les quitter, l'intéressé étant aujourd'hui un des tauliers des U20 de Pierre Mankowski, lequel en a fait son relais au sein du groupe : « C'est un leader, un travailleur qui ne laisse rien au hasard et humainement, il est très bon, très fiable. » Un attribut que lui prête aussi sans hésiter Jean-Michel Cholet, l'un de ses premiers éducateurs : « Il n'a pas changé et est resté quelqu'un de simple. Nous sommes restés en contact. Il m'a même invité pour l'inauguration du Grand Stade contre Lille. » Et Rachid Chihab de conclure : « Un élément comme ça, c'est vraiment difficile de ne pas le valoriser. » Sous-entendu, sa trajectoire est autant courue d'avance qu'un départ de 100 m avec Usain Bolt.

Sir Alex : « Nous devons penser au futur »


Jeune premier, Lucas fait ses gammes en CFA lorsqu'il est appelé par Rudi Garcia le 26 octobre 2011 pour entrer chez les grands en Coupe de la Ligue contre Sedan (3-1). Choyé par les Mavuba, Landreau ou Debuchy, Digne prend alors son essor et grandit à leur contact, envoyant même Laurent Bonnart et Pape Souaré astiquer le banc de touche au printemps, lors duquel il enchaîne neuf titularisations avec les pros. Il figure même dans l'équipe type de la journée du journal L’Équipe après la partie contre Rennes. Peut-être parce qu'il est de la trempe d'un Jordi Alba ou d'un Mathieu Debuchy ? « C'est vrai que la comparaison avec Mathieu me semble bonne » , relève Rachid Chihab. « Il est tellement enthousiaste, tellement généreux et a une telle caisse qu'il apporte beaucoup offensivement. C'est le prototype du latéral moderne » , appuie Pierre Mankowski, admiratif de sa progression.

Un défenseur du XXIe siècle qui a littéralement fait l'amour à ses vis-à-vis contre Copenhague (2-0) pour ce qui reste comme le premier frisson populaire de l'histoire du Grand Stade. Un premier but chez les grands teinté d'opportunisme, des courses et des replacements pendant 120 minutes jusqu'à ce que crampes s'ensuivent. Et puis, il y a cette hargne digne d'un Florent Balmont. Tout y passe pour... son deuxième match européen, excusez du peu. Une performance qu'on attend de voir rééditer dimanche contre le PSG et Nene. Mais surtout une partition à mettre en parallèle avec une déclaration récente de Sir Alex Ferguson : « Patrice Évra a été un merveilleux soldat. Personne n'a joué plus de matchs que lui en cinq ans. Mais il a 31 ans et nous devons penser au futur. » Malgré le recrutement d'Alexander Buttner, l'appel du pied est peut-être aussi beau que vrai.

Par Arnaud Clement
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