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Louis van Gaal et le temps qui court

Après une première saison passée à remettre Man United à l'endroit, Louis van Gaal entame cette seconde avec, cette fois, des ambitions bien plus affirmées. Parce qu'à soixante-quatre ans, le temps joue contre le manager néerlandais, qui n'ira pas au-delà de la fin de son contrat avec les Red Devils en juin 2017. Dépourvu de tout trophée depuis cinq ans, Louis van Gaal est un homme en mission.

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Les quêtes existentielles ont ce défaut permanent d'être conditionnées au temps. Qu'importent le rang, le statut ou l'envergure de chaque homme, nul ne peut se soustraire devant ce qu'on appelle la fin. Celle de Louis van Gaal sur un banc de touche est proche. Arrive à grands pas. Inéluctablement. À soixante-quatre ans, l'iconique Néerlandais a connu plusieurs vies au cours desquelles se sont entremêlé réussites et déconvenues. Son dernier chapitre en tant qu'entraîneur, il est actuellement en train de l'écrire à Manchester United. Une ultime danse, donc, peut-être la plus exaltante de sa carrière.

Car entraîner Manchester United revient avant tout à embrasser toute une histoire. À quelques mois de prendre sa première retraite en 1969, le grand Sir Matt Busby avait confié pourquoi être à la tête des Red Devils s'apparentait davantage à une mission plutôt qu'un travail ordinaire : « United n'est pas un club, c'est une institution. J'ai l'impression que les attentes dépassent les moyens d'un simple être humain. » C'est pourquoi, avant de définitivement raccrocher, Van Gaal n'envisage qu'une seule issue possible : quitter le microcosme du ballon rond par la très grande porte. Comprenez, sur le toit de l'Angleterre ou de l'Europe.

« Je l'ai promis à ma femme »


Le philosophe et métaphysicien Saint Augustin a écrit, un jour, que « si l'instant c'est l'attention, le temps n'est que l'attente » . Or Louis van Gaal, lui, n'est plus en mesure d'attendre. À plus de soixante ans, le « Pélican » a annoncé, en juillet dernier, qu'il mettra un terme à sa carrière de coach au terme de l'exercice 2016/2017 (soit à la fin de son contrat avec United). Parce qu'il l'a promis à sa femme, après avoir déjà si longuement retardé son crépuscule. « Je l'ai promis à ma femme. Nous n'avons plus beaucoup d'années à passer ensemble, avait révélé le technicien batave au micro de la BBC. Je dois avouer que je lui ai dit, lorsqu'on s'est rencontrés et quand tout allait bien entre nous, que j'arrêterais à cinquante-cinq. Or je travaille toujours et bientôt, j'en aurai soixante-quatre. Il faut profiter de la vie et de sa femme. » Emporté par sa passion et sa volonté de découvrir une fois la Premier League, le Néerlandais n'a pu se retenir de prolonger le plaisir. Tel un Alex Ferguson qui n'a cessé de souffler inlassablement à ses joueurs durant vingt-sept ans : « Amusez-vous comme des enfants ! »

Pourtant, la légende écossaise, que beaucoup croyaient éternelle sur le banc de Manchester United, s'en est allée, à soixante et onze ans, avec l'amour du jeu. En 2001, Fergie avait une première fois annoncé sa retraite, avant de se rétracter quelque temps après. Douze ans plus tard, la sentence a, cette fois, été irrévocable. Non pas parce qu'il était lassé, loin de là, mais parce que la sœur de sa femme Cathy venait de quitter ce monde, en octobre 2012, lors de sa dernière saison. Un décès qui a agi comme un déclic dans la tête du manager britannique, soucieux de profiter pleinement de ses dernières années. Van Gaal sait, lui aussi, ce que signifie le mot « profiter » . En 1994, il a perdu sa femme des suites d'un cancer et s'est juré de ne plus connaître pareille tragédie. Cette perte, celui qui est dépeint comme rigide, stoïque ou encore borné l'a d'ailleurs seulement évoquée à travers le prisme du football. « Le premier titre de champion avec l'Ajax en 1994 reste mon plus grand souvenir. Cette année-là, ma femme est décédée. Elle est morte en janvier, nous avons été sacrés en mai. Émotionnellement ce fut très fort » , s'épanchait-il, toujours aussi pudique, en janvier 2008 lors d'un entretien accordé à la FIFA.

Triompher, oui, mais avec la manière


Comme sur le banc de touche, la « Tulipe de Fer » , se montre toujours impassible et, cela, même si les circonstances peuvent tourner en sa défaveur. Assis dans les travées d'Old Trafford, Van Gaal ne quitte jamais son grand carnet, y note souvent quelques idées après avoir conversé avec ses adjoints Ryan Giggs et Albert Stuivenberg et laisse la pièce de théâtre se tenir. Une constante chez lui. Tout comme sa propension à vouloir tout monopoliser. Au terme d'une première année où il s'est évertué à remettre partiellement d'aplomb les fondations mancuniennes, l'ex-sélectionneur des Pays-Bas a conquis un peuple rouge qui sortait éprouvé du court passage de David Moyes. Et eu tout loisir, cet été, de superviser en personne le mercato, contrairement à la saison dernière où celui-ci avait été réalisé à la hâte dans la foulée du Mondial. Même si ce n'est pas encore totalement son Manchester United, comme il aime à le rappeler, cette équipe commence à lui ressembler. Disciplinée, volontaire, solide. À défaut d'être encore vraiment enthousiasmante.

Et c'est là, aussi, tout le péril pour le Néerlandais. En se voyant offrir toutes les cartes afin de réussir, il est condamné à ne pas échouer. Pour lui-même, d'abord, puisque son dernier titre remonte à 2010 avec le Bayern Munich. Pour Manchester United, ensuite, qui n'a plus soulevé un trophée majeur depuis deux ans. Une éternité. Mais la tâche promet d'être rude pour un entraîneur qui n'a jamais dévié de sa ligne de conduite : triompher, oui, mais avec la manière. « Moi, j'entraîne pour développer un football attractif qui permet de gagner. Mon chemin est plus difficile » avouait-il, il y a quelques années, telle une rengaine intemporelle. À Manchester, il ne cesse match après match de s'appesantir et de discourir sur le style de son équipe. Avec, évidemment, une inébranlable conviction. « Louis van Gaal voit tout, et ce qu'il dit se réalise toujours » , assurait récemment le Red Devil Daley Blind, dans le magazine Four Four Two. C'est parfois véridique, oui. Mais, comme nous, Louis van Gaal ne sait toutefois pas encore comment va s'écrire sa propre fin.

Par Romain Duchâteau
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