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Lorient la cyclothymique

Après un début de saison à toucher les étoiles aussi bien sur le fond que sur la forme, le FC Lorient se retrouve aujourd'hui comme un coq français un matin de juin 1940, les pieds bien embourbés dans la merde. Comme si les Merlus avaient fait de l'alternance entre le très chaud et le très froid leur spécialité.

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Cyclothymie : nf. Trouble de l'humeur allant de la forme la plus légère à la plus grave, proche de la maniaco-dépression, où les périodes euphoriques et les périodes dépressives et d'irritabilité se succèdent. Une pathologie qui n'est pas propre à l'AS Nancy-Lorraine, qui se cantonne à une profonde mise à l'épreuve psychologique, mais qui va comme un gant au FC Lorient. Actuels onzièmes de L1, Fabien Audard et ses partenaires jouent du yo-yo comme Annie Cordy chante Tata Yoyo : à merveille. Mais qu'a-t-il pu se passer entre le 16 septembre, date de la victoire à Rennes (1-2) avec deux coups de grisou allumés par Alain Traoré, et le 20 octobre, jour de la monumentale rouste subie à Valenciennes (1-6) ?

Pour comprendre, on pourrait analyser les déclas d'après-match, forcément aussi savoureuses depuis un mois que les copies rendues par les Merlus. « On a de nouveau fait preuve d'une passivité et d'un manque d'agressivité frisant la panique. (…) Si j'avais pu faire quatre changements à la mi-temps, je les aurais faits » tirait à bout portant Christian Gourcuff dans Ouest-France après le nul inespéré contre Ajaccio. « Que les joueurs prennent en main leur destin ! J'ai demandé à Alain Traoré de ne plus être seulement l'homme des débuts de saison. Benjamin Corgnet, on a déjà parlé de lui en équipe de France, mais j'attends surtout qu'il montre qu'il peut être un titulaire indiscutable à Lorient, ce qui n'est pas le cas » mitraillait à son tour Loïc Féry dans L’Équipe après la bouillie bordelaise. A moins que l'expérimenté Arnaud Le Lan ne vise juste ? « Rien n’est acquis, et on a dû s’endormir un peu, se voir peut-être un peu trop beaux. Tous ces petits lauriers qu’on nous avait tressés au début… » déclarait-il toujours dans Ouest-France.


Traoré : Quand vient la fin de l'été...


C'est sans doute une synthèse de tout ça qu'il faut effectuer pour comprendre la façon dont s'est délité le collectif lorientais ces dernières semaines, pour encaisser en moyenne quatre buts par match depuis la neuvième journée. Comme nous l'a indiqué un des journalistes de Ouest-France suivant de près le club, la base du problème reste un effectif dont les contours ne sont pas aussi larges que ceux du PSG. Alors quand des mecs de la trempe de Mareque ou Ecuele Manga se pètent et que les autres collectifs plus fournis trouvent leur vitesse de croisière, forcément, ça fait désordre. Surtout lorsque la perte d'un Mvuemba à la récupération peine à être compensée par Benjamin Corgnet, plus porté vers l'avant que ne l'était le néo Lyonnais. Comble de malchance, Alain Traoré a choisi de se cantonner à son rôle de tube de l'été restant dans les placards une fois la première bise arrivée. Un classique.

Enfin, les lourdes défaites faisant baisser les têtes, la crise de confiance semble profonde malgré l'atmosphère zen qui règne dans les rangs. « Nos débuts de matchs sont catastrophiques, il va falloir réagir car cela fait un moment que ça dure. C'est un problème d'état d'esprit. On croit qu'on est bien en place et on se fait surprendre dès les débuts de matchs » pointait même du doigt Ludovic Giuly après Ajaccio (4-4). Un constat qui devrait pousser Christian Gourcuff à revoir ses plans pour éviter d'écoper comme des dératés face à la houle nordiste. La Gourc' devrait même délaisser son sempiternel 4-4-2 ce samedi contre Lille, un 4-1-4-1 avec le seul Aliadière en pointe et Bourillon en sentinelle semblant tenir la corde pour limiter la casse.


La loi des séries


Limiter la casse et faire le dos rond, un leitmotiv qui sonne comme une évidence à Lorient, où on alterne jeu court-jeu long comme on enchaîne les « bad beats » et les grosses phases de rush. Pour comprendre la capacité des Merlus à passer d'une série verte comme les prairies du coin à une autre beaucoup plus suffocante et rouge écarlate, il faut remonter à la saison 2007-2008. Après avoir aplati Monaco, Paris et Lyon lors des cinq premières journées, Jallet, Ciani, Ewolo et Saïfi enchaînent par quatre défaites et quatre nuls. La saison suivante, même affaire, mais en sens inverse. Après un départ calamiteux avec cinq défaites et trois nuls lors des neuf premières journées, ils compilent quatre victoires pour six nuls entre la quatorzième et la vingt-quatrième journée.

On ne s'arrête pas là et on passe à la saison 2010-2011, celle d'avant jouant le rôle d'exception qui confirme la règle. Après un printemps fleuri de trois victoires et huit nuls pour aucune défaite, Amalfitano, Monterrubio, Morel and co plombent leur classement final avec trois défaites lors des quatre dernières journées. Pour finir, le dernier exercice ne déroge pas aux petites habitudes. Après une entame moyenne, le FCL empile trois victoires et trois nuls à l'automne. Avant un hiver à vous glacer sur place, pour un bilan famélique de neuf défaites, quatre nuls pour un seul petit succès entre décembre 2011 et février 2012. Comme l'a souhaité Arnaud Le Lan dans une interview accordée à Ouest-France, il ne reste plus qu'à espérer que le choc actuel serve au club pour rebondir, Lorient ayant encore le temps en sa faveur pour redresser la barre.

Par Arnaud Clement
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