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Loé : « Même quand tu veux faire faute sur Messi, c'est super dur »

Originaire de Cergy, Raoul Loé, 23 ans, est milieu de terrain du côté d'Osasuna. Seul buteur de son équipe lors de la lourde défaite d'Osasuna face au Barça (5-1) la semaine dernière, il a accepté de parler du monstre.

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Vous perdez 5-1 face au Barça la semaine dernière mais tu marques ton premier but en Liga au Camp Nou. Quels étaient tes sentiments ?
Franchement, ça m'a fait super plaisir de marquer surtout que c'était le but de l'égalisation. En plus, ça faisait super longtemps que je n'avais pas marqué et sur le coup, j'ai pas du tout réalisé. C'est juste après qu'ils ont fait l'engagement, je me suis dit : « Ah ouais quand même, j'ai marqué au Camp Nou  » ! En plus, ça nous relançait dans le match. La suite, bah…

C'est dur de jouer contre le Barça en temps normal, mais quand Messi en met quatre…
Carrément, tellement le Barça marquait de buts, je ne savais même pas que c'était lui qui marquait à chaque fois. Mais c'est quand même incroyable ce qu'il fait sur le terrain.

C'est comment de défendre sur lui ?
Ce genre de joueur-là, même quand tu veux faire faute, c'est super dur. Déjà, ils sont petits, ils ne tombent pas, ils ont un centre de gravité bas et ils sont difficiles à faire déjouer. Messi comme Xavi, Iniesta ou Pedro d'ailleurs.

Le Barça, c'est vraiment injouable pour une équipe comme la tienne ?
Non pas du tout ! Quand on était à 11 contre 11 puis à égalité au score, on était encore dans le match et ça se passait plutôt bien. Mais bon, après le pénalty et le carton rouge, c'est devenu beaucoup plus difficile. Le Barça, c'est vrai que c'est très fort mais par exemple, au match aller, on perd 2-1, on nous expulse un joueur aussi et le match change. Surtout qu'on menait au score et puis qu'on a eu la balle du 2-0. Si elle est au fond, l'issue du match change complètement.

Donc à ton avis, c'est à cause des arbitres que vous perdez tout le temps contre le Barça ou il y a une différence de niveau trop grande ?
On sait très bien que le Barça est sur une autre planète, tout comme le Real Madrid d'ailleurs, après, si les arbitres les aident un petit peu… Je ne dis pas que l'arbitre les a aidés sur ce coup parce que je pense qu'il y avait carton rouge mais bon, c'est vrai qu'il y a une différence de niveau. Les mecs font des actions… Ce n'est pas pareil que nous ! Ils sont au-dessus du lot. En fait, quand tu joues contre eux, il faut faire un match parfait défensivement sinon tu ne gagnes pas.

Sinon, comment ça se passe à Osasuna pour toi ?
Ça se passe super bien ! C'est une petite ville tranquille à la frontière de la France donc je peux faire des allers et retours facilement. C'est un club qui te laisse travailler, où il n'y a pas beaucoup de pression, surtout quand j'ai commencé dans l'équipe B. J'ai eu la chance de monter dans l'équipe première après avoir fait mes preuves donc tout va bien. Je suis quelqu'un de respectueux, je joue mon foot tranquillement et puis voilà hein. Je ne remercierai jamais assez le club pour m'avoir permis de passer professionnel.

T'as un parcours atypique quand même…
Ouais, c'est vrai que je n'ai pas un parcours commun. J'ai été formé à Brétigny, le club des Ménez, Évra et autres Briand jusqu'à mes 18 ans. Après, tout est allé vite pour moi. Mon frère, qui joue actuellement au Canada, m'a dit qu'il y avait un essai en Espagne en 4e division. Donc j'y suis allé, je gagnais très peu d'argent mais bon, j'étais inscrit à l'université en même temps, j'avais la bourse d'environ 400 euros donc c'était tranquille. Après l'année en 4e division, je suis allé en essai avec mon frère à Ceuta en 3e division. Malheureusement, il n'a pas été pris mais je suis tout de même resté là-bas pendant deux ans. Après ça, j'ai eu pas mal d'offres de clubs de D3 mais je ne voulais pas trop y aller. Puis j'ai eu une offre du Recreativo Huelva en D2 mais je n'ai pas voulu y aller.

« Des fois, vous êtes à 9 dans un petit appartement, tu ne parles pas la langue… »


Pourquoi ?
C'était une histoire bizarre avec le directeur sportif. Il était chez nous avant d'aller à Huelva. Au mois de mars, il nous a dit qu'il avait eu des problèmes familiaux et qu'il devait partir du club mais une semaine après, il était avec eux. Et vu que ça semblait bizarre, je ne voulais pas y aller. Surtout, je n'ai pas aimé comment il s'était comporté avec moi et d'autres joueurs à Ceuta. Au final, j'ai eu l'opportunité de signer avec la réserve d'Osasuna en me disant que je pouvais très bien, un jour, monter avec l'équipe première. Et après une année en équipe B, j'ai joué mon premier match professionnel en Coupe face au Barça parce que l'équipe avait perdu 5-0 au match aller. Le coach avait monté plusieurs joueurs de la réserve. Depuis ce jour, je m'entraîne uniquement avec l'équipe première.

Est-ce que tu penses que c'est un risque de partir si tôt de France ?
Ça dépend. Déjà, pour ma part, je n'étais pas dans le délire d'être joueur professionnel ! Je me souviens que j'étais en vacances et que mon frère me disait : « Viens on va faire des essais en Espagne ! » puis je suivais. Quand on m'a dit que ça payait environ 1000 euros après la signature, j'étais super content surtout que je n'ai pas fait de centre de formation. Je me disais : « 1000 euros + la bourse, c'est parfait » . À la base, je me disais que j'allais arriver en D3, je ne pensais pas à la D2, encore moins à la D1. Je voulais juste y aller un an et voir comment ça se passe après. Mais je pense quand même que c'est risqué parce que mentalement, c'est difficile et faut vraiment tenir. Des fois, les clubs ne payent pas, des fois, vous êtes à 9 dans un petit appartement, tu ne parles pas la langue… C'est dur. Après, comme on dit, « qui ne tente rien n'a rien » . Personnellement, si j'ai un enfant qui me dit « Je veux aller en Espagne pour jouer au foot » , je lui répondrai non directement.

Tu envisages quoi pour ton avenir ?
J'ai signé 3 ans à Osasuna, je suis super content ici, tout se passe bien. Après, bien évidemment, s'il y a des opportunités, je suis ouvert à tout. Comme j'ai dit, jamais je n'aurais imaginé jouer en Liga. Déjà, en France, je me disais que je ne pourrais jamais atteindre le niveau CFA. Là, je suis très bien. La dernière fois, je regardais la cérémonie du Ballon d'or et l'équipe type était composée uniquement de joueurs du championnat d'Espagne. Et je me suis dit : « Ouais, quand même, je joue contre tous ces joueurs-là ! » . Avec Osasuna, il y a encore du chemin à parcourir parce qu'il faut qu'on se maintienne et puis on verra par la suite. Mais s'il y a un championnat que j'affectionne particulièrement, c'est bien le championnat d'Angleterre.

D'ailleurs, durant cette période de transferts, on a parlé de toi dans des clubs de Premier League comme Aston Villa ou Reading. Simples rumeurs ?
Franchement, je ne sais pas. Sur 100 agents de joueurs, y en a 70 qui mentent énormément. Et il y en a 30 qui sont vraiment sérieux dans ce qu'ils font. Personnellement, mon agent ne me parle pas trop des rumeurs de transfert parce que quand j'ai signé professionnel, les agents m'ont un peu fait tourner la tête et ils m'ont vendu trop de rêves avec des soi-disant clubs qui me voulaient. Donc maintenant, mon agent me laisse à l'écart de tout ça et me laisse travailler tranquillement. Le jour où il y aura vraiment un contrat, il m'en parlera mais il n'y a rien eu. Mais rien que le fait d'être lié à ces clubs, ça me fait extrêmement plaisir.

D'ailleurs, t'es d'origine camerounaise, une toute nouvelle équipe va être mise en place. Tu aimerais en faire partie ?
Ouais, bien évidemment ! Ça serait un grand honneur de porter le maillot du Cameroun. Ça serait un grand plus surtout que c'est des choses auxquelles je ne pensais pas du tout il y a quelques années. Je me souviens encore de la Coupe des confédérations en France, l'époque d'or du Cameroun, où on gagnait les Coupes d'Afrique tout ça… Ça serait vraiment pas mal.

Propos recueillis par Babacar Sall, à Londres
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Jacques Ichane Niveau : District
Un petit air de Forrest Whittaker dans le regard notre ami Loé!
Y a pas à dire, les joueurs au parcours atypique ont une façon bien plus sympa de voir la vie.
Si tout les joueurs pouvaient avoir ce recul et cet état d'esprit...
Un joueur conscient de sa chance, et qui ne pense pas que tout lui est dû.

En plus il est encore jeune, si il garde la tête sur les épaules c'est bon!
Selbycool Niveau : CFA2
Message posté par innerself
Y a pas à dire, les joueurs au parcours atypique ont une façon bien plus sympa de voir la vie.


+1, et ça ramène à ce sacré débat de la formation des "élites" du foot... Comment se fait-il que si peu d'entre eux soient hyper heureux d'être là, comment se fait-il qu'ils se déconnectent à ce point du plaisir simple d'être payé une blinde pour faire du sport, jouer au ballon ?

Pour ce qui concerne la France, je suis persuadé qu'on a un gros soucis de méthodo pure, on les fait trois fois trop s'entraîner, faire trop de muscu, etc... au bout de quelques années ça donne des mecs qui te disent à longueur d'ITV de couloirs qu'ils "ont fait le travail" ou "pas assez travaillé", pourtant c'est pas l'usine ou une agence de comm leur vie!

Je crois aussi qu'ils sont beaucoup trop isolés de leurs familles et de leurs potes (malgré le danger des potes à la M'Vila ;) ), et ça, encore une fois, ça rend leur vie trop studieuse, sérieuse, un peu triste dans le fond...

Je crois aussi que les centres de formation ne sont pas assez ouverts d'esprit: faut les emmener au théâtre ces gamins, au cinoche, leur faire lire des livres, des journaux, leur faire faire de la musique, faut leur ouvrir la caboche pour qu'ils apprennent à relativiser le sérieux d'un match de foot, c'est la seule manière pour qu'ils se disent à chaque fois qu'ils rentrent dans un stade, même de L2, "p*tain mais c'est quand même énorme d'être payé pour être là, j'ai trop de chance, faut que je prenne mon pied en gagnant, faut que je lâche rien pour que ça continue". Quand un joueur joue dans cet état d'esprit, il progresse et il nous donne du plaisir. Et quand toute une équipe voit la vie comme ça...
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