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Loca, Loca, Locatelli

Il n’a que dix-huit ans, mais enchaîne les responsabilités. Il ne devait pas être là si vite, mais a déjà récupéré les clés. En l’espace de quelques semaines, avec la blessure de Riccardo Montolivo et à l'aide de belles promesses, Manuel Locatelli s’est fait une place au cœur des nouveaux visages brillants de l'AC Milan. Celui qui doit renaître par sa jeunesse.

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Silvio Berlusconi avait un rêve. Partir la tête haute et léguer un bien qu’il estime à son image. C’est-à-dire un AC Milan qui gagne de nouveau, qui brille. Silvio sait que le football n’est pas simple. Il sait aussi que le football a changé, qu’il doit maintenant passer la main, mais quitte à se barrer d’une longue soirée, autant le faire avec des vœux. Les siens ? « J’espère que notre cycle de victoires pourra reprendre bientôt. Nous reconstruisons un cycle avec des joueurs italiens surtout, mon rêve est de voir un Milan au drapeau tricolore... Je voudrais une équipe avec seulement des Italiens et nous sommes sur la bonne voie. Ça me fait mal de voir les grands joueurs de notre football jouer avec beaucoup d’étrangers, le niveau de la Nazionale s’en ressent aussi... »


Berlusconi est un homme de symboles. L'AC Milan est un club identitaire. Celle d’aujourd’hui est davantage dictée par les contraintes économiques qu’idéologiques. Mais restent les contours des desseins : l’exigence d’humilité, la volonté d’éduquer et la guerre contre le pas de côté. Non, la maison Milan ne pouvait plus être un cercle où jouent ensemble des paris, où viennent s’échouer des gouffres financiers et sportifs. Il fallait se relever, et peu importe le temps qu’il faudrait pour y arriver. En arrivant cet été, le classieux Vincenzo Montella savait où il mettait les pieds. Mais le Mister est comme ça. Il écoute et juge, tempère et protège. Ne lui parlez pas de titre, n’évoquez pas le terme de révolution. Parlons de projet. Regardons les visages. Aujourd’hui, personne ne sait vraiment où va aller l'AC Milan avec l’arrivée des investisseurs chinois, alors profitons de l’éclosion, de la naissance. Celle des émotions de la jeunesse. Et de ce regard qui raconte ce que peut être un retour à l’humilité.

« Je veux juste te dire une chose. Tout est réel. »


Un premier soir d’octobre, à San Siro. Une silhouette qui gesticule sur dix-huit ans de vie, quelques poils d’ado, de fines bouclettes et la mise en perspective de la formule il calcio è emozione. Oui, le foot est de l’émotion et ne peut vivre sans. Celle-ci est unique. Eusebio Di Francesco cherche encore à comprendre ce qu’il vient de se passer. Le coach italien de Sassuolo est dans les cordes, sonné. Il y a une demi-heure, ses joueurs menaient 3-1 et filaient vers leur deuxième victoire à l’extérieur de la saison. La difficulté n’est pas de chuter, mais de savoir chuter. Alors, Di Francesco se repasse les images : un penalty de Carlos Bacca, un but décisif de Paletta et ce gamin. Ce putain de gosse. Ce jeune adulte, biberonné à l’institution AC Milan qui est là, au milieu de la pelouse, et qui ne sait pas trop où se cacher pour savourer.


Manuel Locatelli fait alors face à un journaliste de Mediaset qui tente de le faire retomber sur terre : « Je veux juste te dire une chose. Tout est réel. » Non, Locatelli ne rêve pas. Oui, les larmes qui coulent sur son visage sont bien des larmes. Que se passe-t-il ? La découverte, rien que la découverte. Celle de la sensation d’avoir marqué un premier but pro, pour égaliser, d’une superbe demi-volée à la retombée d’un corner mal repoussé. Le tout, à dix-huit ans. Face caméra, il se lâche : « C’est le genre de moment que chaque enfant rêve d’avoir une fois dans sa vie. Quand j’ai réalisé où était le ballon, je ne pouvais pas y croire. J’ai commencé à courir et, ensuite, tout était réel. » Une première caresse en mondovision. La seconde aura lieu vingt jours plus tard, pour faire tomber la Juventus (1-0) à San Siro. Alors, le monde du foot a prouvé qu’il n’avait pas totalement appris des erreurs de son passé, et Locatelli est devenu, en quelques secondes, le « nouveau Pirlo » .

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Les visages de Milan


Comparer, le foot adore ça. Ce qu’il faut retenir de ces instants est pourtant différent : Manuel Locatelli est définitivement né et c’est maintenant le plus important. Voilà qu’il a franchi le pas qui lui était tant promis après plus d'une quarantaine de sélections chez les jeunes du pays. En Italie, Locatelli était déjà un murmure avant de créer le bruit. Puis, Riccardo Montolivo s’est flingué les ligaments croisés du genou gauche et a laissé une place. Juste assez grande pour y laisser grandir l’enfant de Lecco. Au départ, Montella n’avait pas forcément envie de lui offrir grand-chose. Le voilà aujourd’hui déjà hissé au rang d’indiscutable du système malgré des performances plus alternatives depuis quelques semaines, notamment contre l’AS Rome (0-1).


Normal, Manuel Locatelli n’est qu’un produit sorti d’usine et doit être maintenant travaillé, discipliné, malgré les promesses qu’il partage avec son ami Gianluigi Donnarumma. Le nouvel AC Milan est là, dans ces visages, comme dans celui d’Alessio Romagnoli. C’est donc aussi pourquoi il est toujours inconstant, capable de regarder dans les yeux les gros, de ne pas confirmer, de se relever et de retomber en l’espace de quelques semaines. Comme ce jeune gosse qui doit apprendre et réapprendre pour briller. Comme Manuel Locatelli, ce visage devenu symbole, cette promesse devenue plaque tournante et qui sera vendredi à Doha, de nouveau face à la Juventus. Peur ? Plus maintenant.

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Par Maxime Brigand
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