Livre du jour : « Jules Rimet, la foi dans le football » - Laurent Lasne

0 0
Au moment où la FFF se trouve au cœur de toutes les critiques et notamment son président, revenons un peu sur la genèse de cette vénérable institution et surtout le parcours d'un de ses fondateurs, par ailleurs également père de la coupe du monde. En effet, derrière les équipes et les joueurs se trouvent cachés les dirigeants. Qu'ils occupent les fonctions de présidents de club ou de responsables fédéraux, leur rôle se révéla tout aussi crucial, bien que plus obscur aux yeux du grand public, que les Kopa ou Platini dans l'histoire et l'évolution du football français.

Laurent Lasne nous propose ainsi de découvrir la face cachée de Jules Rimet, créateur, avec d'autres, du Red Star, artisan de l'émancipation du football en une fédération unisport (la FFFA) juste après la première guerre mondiale et bien sûr président de la FIFA (de 1921 à 1954), donc à ce titre un des géniteurs de la coupe du monde qui porta jusqu'en 1970 son nom.

L'un des intérêts de cet ouvrage tient à ce qu'il s'attache tout autant au contexte, et son poids sur les débuts tâtonnants et brouillons du ballon rond dans l'hexagone (notamment en raison de la méfiance voire l'hostilité des élites du sport tricolore à la fin du 19ème siècle) qu'à suivre le parcours individuel d'un homme (les origines paysannes de sa famille, son héroïsme au front, etc...).

Tout d'abord, l'itinéraire de Jules Rimet nous démontre une fois encore que loin d'être un paradis immaculé avec des anges en maillot et crampons, bref à l'abri des luttes partisanes, le foot s'avéra dès le départ un espace privilégié des rivalités idéologiques et politiques de son époque. Notre homme est en effet issu d'un courant spécifique du catholicisme empreint de préoccupations sociales à la sortie du traumatisme de la Commune et en plein doute face à la révolution industrielle qui transforme le visage économique (la misère ouvrière) et culturel (la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat) du pays.

Désireux de rompre avec la réaction épidermique anti-républicaine de l'épiscopat, il finit naturellement par croiser la route de Marc Sangnier et de son Sillon, mouvement bientôt excommunié en raison de son audace modernisatrice. Son engagement dans le petit monde naissant du football se réalise ensuite avec la double obsession de ne pas subir la toute puissance des “laïques”, mais également de refuser un sport catholique ghéttoisé dans le passé.

Jules Rimet sent que le foot possède un grand avenir, notamment dans les milieux populaires. L'homme refusera de la sorte de voire mourir ses efforts en raison d'un dogme amateur de pure façade (en cela il contribue à éloigner durablement le football de l'olympisme), même s'il persiste dans une certaine naïveté lorsqu'il affirme en 1932 avoir entériné le statut professionnel pour sauver le foot « de la commercialisation du sport » . Les quelques inexactitudes (Charles Péguy n'a jamais été anti-dreyfusard, bien au contraire) ou manques (par exemple sur l'attitude de Jules Rimet sous l'occupation), avec l'absence regrettable d'une bibliographie, n'entachent en rien les qualités de ce livre qui espérons-le ouvrira la voie à d'autres biographies de ce style (à quand le tour de Havelange ou de Fernand Sastres) ?

« Jules Rimet, la foi dans le football » , Laurent Lasne - (Éditions du tiers livre)

Nicolas Kssis-Martov
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Aucun commentaire sur cet article.
Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
Article suivant
La Serbie éliminée
0 0