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Lillo : « On croit aux mêmes choses »

Demain, Lillo affronte son ami Guardiola dans ce qui pourrait bien être son dernier match sur le banc d'Almeria. Entretien avec un homme blessé mais lucide.

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Comment on prépare un match face à une équipe comme le Barça ?


Ce sont des matchs plaisants à jouer, donc déjà, on prépare ce genre de rendez-vous avec plaisir. Je fais les choses pour pousser mon équipe à la compétition. On travaille les détails comme les marquages, les phases de jeu arrêtées, ce genre de choses. Le Barça est sans aucun doute la meilleure équipe du monde parce que sa philosophie de jeu est la plus simple du monde. Attention, il faut distinguer le style de la philosophie. Pour moi c'est la philosophie de jeu qui compte avant tout... Si tu ne sais pas où tu vas, c'est difficile d'avoir du style. Les Blaugranas, eux, ont les idées claires même dans un mauvais jour. C'est la seule équipe au monde qui arrive à provoquer le scénario de match qu'elle s'était fixé pendant la semaine. Ils préméditent tout, rien n'est fait au hasard, tout est sous contrôle. C'est cette maitrise des événements et leur sang-froid au-delà de leurs qualités individuelles et collectives qui les rendent aussi difficiles à battre.

Et vous est-ce que vous avez prémédité quelque chose contre eux ?


Pep est un ami intime. Je connais l'homme autant que l'entraineur. Je sais à quoi il joue et pour cause, j'ai été son entraineur chez les Dorados. Lui et moi, on a le même schéma tactique, même si on n'a pas les mêmes moyens. Pep l'a dit lui-même en conférence de presse... Attention je ne cherche pas à me comparer à Pep ! Je veux juste dire qu'on a les mêmes valeurs footballistiques. On croit aux mêmes choses. Je ne vais pas changer le style de jeu de mon équipe parce que c'est le Barça en face. J'ai énormément de respect pour cette équipe mais je ne la crains pas. On va jouer avec les mêmes armes que le Barça : l'attaque et la bataille pour la possession de la balle. Après j'ai préparé quelques petits ajustements qui pourront nous servir mais je ne peux pas en dire trop. Ce que je peux dire, c'est que nous ne partons pas battus d'avance. Au contraire, nous sommes très optimistes.

Est-ce que vous pensez que Guardiola pourrait faire jouer une équipe comme Almeria de la même manière qu'il le fait avec Barcelone ?


Guardiola est un homme de principes et ses principes sont aussi les miens. Son truc à lui, c'est le jeu offensif. Qu'il entraine le Barça ou Almeria, ce sera toujours pareil : il cherchera toujours à se rapprocher des cages adverses en maintenant l'équilibre de son bloc équipe. Je le connais assez bien pour savoir qu'il ne fera jamais de concessions sur ce genre de choses. Donc oui, Guardiola ferait jouer Almeria de la même manière qu'il le fait actuellement avec le Barça. Bien sûr, il n'aurait pas les mêmes joueurs... mais si moi j'arrive à le faire, je ne vois pas pourquoi il n'y arriverait pas.

Parlons de votre situation personnelle difficile. En cas de défaite contre le Barça vous pourriez être démis de vos fonctions...


J'en suis conscient. Les difficultés ont commencé après la défaite contre Levante. Après ce match, le président a fait des déclarations qui m'ont fait vraiment très mal. C'est comme s'il m'avait poignardé. Là, je marche toujours, mais je titube... je suis dans la situation du gars qui est en train de se vider de son sang et dont la fin est proche, mais je m'accroche ! Sincèrement, ma situation, je m'en fous. Ça me fait mal pour les joueurs, ils ne méritent pas la place que nous avons actuellement au classement. On a la meilleure défense du championnat après le Real et le Barça mais il nous manque de la réussite devant les buts. On aurait pu avoir beaucoup plus de points si on s'était montrés plus adroits devant le but... Une chose est claire, je n'ai rien à reprocher à mes joueurs. Ils sont géniaux, vraiment des bons gars. Ça me ferait mal de devoir les quitter en cours de saison...

Comment vous expliquez que votre début de saison soit aussi difficile après une jolie fin de saison dernière ?


Sincèrement, je ne veux pas me réfugier derrière des excuses mais le moins qu'on puisse dire, c'est que nous ne sommes pas vernis. On domine presque tous nos adversaires, on se procure énormément d'occasions mais le ballon a du mal à rentrer, c'est tout. C'est aussi simple que ça. Dans le football d'aujourd'hui, les gens ne retiennent que le résultat. Mais le résultat ne dit rien du déroulement d'un match. C'est comme si on faisait un cross et qu'on voyait juste le vainqueur franchir la ligne d'arrivée. Entre-temps personne n'a fait attention aux efforts du coureur, à ses chutes... Se contenter de regarder la ligne d'arrivée, c'est une insulte à tout ce qui a été fait pour y parvenir.

A votre arrivée l'année dernière, il y a pourtant eu le fameux effet Lillo.


Je me suis toujours méfié de ces raccourcis-là. D'ailleurs, quand j'étais au-dessus de la vague, j'avais déjà prévenu tout le monde que “l'effet Lillo” (“Efecto Lillo”,ndlr) pourrait se transformer en “défaut Lillo” (“Defecto Lillo”, ndlr). C'est comme ça aujourd'hui. On encense à outrance celui qui gagne pour le critiquer également à outrance quand il perd. Pour moi, c'est insulter l'intelligence des gens que de considérer les choses comme ça. Tout n'est pas noir ou blanc dans le football comme dans la vie.

Comment vous gérez cette situation difficile ?


Je la gère assez bien même si j'ai une petite boule au ventre, pourquoi vous mentir... Ce qui me fait rester sur la route, ce sont les joueurs. Je n'ai pas d'ego, ce qui m'embête, c'est la situation difficile du club et des joueurs. Moi, le seul thermomètre auquel je me fie, c'est celui des joueurs. Et là il est au beau fixe. J'ai un groupe humain et professionnel fantastique. On parle beaucoup, on a énormément d'échanges. Par exemple, quand Uche est venu m'embrasser l'autre jour après son but, ça m'a fait chaud au cœur. Je sais que j'ai leur soutien et je vais me battre pour donner le meilleur de moi-même jusqu'au bout.

Qu'est-ce qui arrivera si vous ne gagnez pas demain contre le Barça ?


Sincèrement je ne donne pas cher de ma peau. Si nous ne gagnons pas, je ne serai plus là la semaine prochaine.

Est-ce que vous n'avez pas l'impression d'être victime du cynisme ?


Mon seul tort, c'est de n'avoir jamais voulu fermer le jeu. Pour moi, le football est un jeu fantastique si on le pense de manière offensive. En Espagne, il y a quelques années, le public savait reconnaitre la qualité d'une équipe même quand elle perdait. Désormais, ce n'est plus le cas. Regardez la Roja, ils ont perdu contre le Portugal et l'Argentine... Et alors ? Ça me fait halluciner qu'on traite la sélection de la manière dont elle a été traitée après le match contre Lisbonne. Alors quoi, tout doit être remis en cause parce que la Roja a perdu deux matchs amicaux ? J'hallucine. Où est la reconnaissance des gens envers ceux qui nous ont permis de devenir champions d'Europe et du monde ? C'est dur à dire, mais en Espagne, il n'y a plus de sensibilité.

Comment vous expliquez cela ?


Nous sommes dans une situation très difficile. Socialement et économiquement, nous sommes dans une impasse. La vie des Espagnols est dure, creuse. Les gens sont crispés et curieusement, ils déversent toute leur frustration dans le football. Tout le monde a déversé sa colère contre Del Bosque alors qu'il doit gérer des champions qui ont tout donné pendant quatre ans. Il doit également composer avec les sensibilités des clubs, des dirigeants, de la fédération et ne pas décevoir le public. Mais est-ce qu'on n'oublie pas un peu trop vite ce que ces joueurs et cet entraineur ont fait pour le football espagnol et pour la société ? Ils nous ont rendus fiers et heureux dans des moments difficiles. La Roja n'est pas une machine à créer du bonheur. C'est un groupe humain, qui peut avoir des jours sans. Ça ne me dérange pas qu'ils perdent des matchs, moi je leur dis merci. J'ai énormément de respect pour cette génération en or. Et puis faut pas oublier qu'en face, c'était pas n'importe qui, mais l'Argentine et le Portugal. Dans le football, il y a deux équipes qui s'affrontent et jusqu'à preuve du contraire, tout le monde est motivé par l'idée de battre contre les champions du monde.

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Pep Guardiola dit de lui que c'est son Maitre.
Les Espagnols ont de la chance d'avoir de tels entraineurs qui ont des idées et qui vont jusqu'au bout de celles-ci, surtout si elles vont dans le bon sens (offensif). C'est indéniablement ce qui donne tant d'attraits à la Liga par rapport aux autres championnats européens. La plupart des équipes ont cet état d'esprit, avec plus ou moins de réussite... Mais un Villareal montre que l'on peut y arriver. Autre bonne nouvelle Javier Aguirre revient dans la Liga, grand entraineur prophète du Toque. Bien que sa tache ne sera pas facile c'est un magnifique défi à relever avec Zaragoza.
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