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Ligue des champions : comment résoudre le problème des têtes de série ?

L'incertitude plane toujours sur le dessin du prochain tirage au sort de la C1. L'UEFA a même annoncé une nouvelle méthodologie quant aux têtes de série. Un polytechnicien français, Julien Guyon, s'est penché sur le sujet. Et a planché.

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Alors que la Ligue des champions reprend ses droits ce mardi avec les premiers huitièmes de finale, dont le très attendu PSG-Chelsea, une incertitude plane sur ce à quoi ressemblera la prochaine édition. En effet, une polémique sur le tirage au sort de la phase de groupes a récemment poussé l'UEFA à annoncer qu'un nouveau système de désignation des têtes de série serait mis en place dès la saison prochaine.

La règle actuelle se base sur les résultats des clubs dans les compétitions européennes lors des cinq dernières années et ne tient aucun compte du classement obtenu par un club dans son championnat national. À l'inverse, le nouveau système que l'UEFA a partiellement annoncé, mais pas encore officiellement adopté, accorderait trop d'importance à ce dernier, en protégeant, par exemple, le champion de Russie plus que les clubs arrivés deuxièmes des meilleurs championnats européens (Espagne, Angleterre, Allemagne). Or, il existe un moyen simple de prendre en compte à la fois la force relative des différents championnats européens et le rang d'un club dans son championnat national.

La Ligue des champions est la plus populaire et la plus prestigieuse des compétitions interclubs de football au monde, regroupant les meilleurs clubs européens. Chaque année, 32 équipes sont qualifiées, parfois après un ou plusieurs tours préliminaires, sur la base du classement obtenu dans leur championnat national l'année précédente. Les championnats les plus relevés qualifient plusieurs clubs. Cette année par exemple, 18 pays sont représentés : Espagne (4 clubs), Angleterre (4), Allemagne (4), Portugal (3), Italie (2), France (2), Russie (2), Ukraine (1), Pays-Bas (1), Turquie (1), Belgique (1), Grèce (1), Suisse (1), Chypre (1), Bélarus (1), Suède (1), Bulgarie (1) et Slovénie (1). Le tenant du titre est qualifié d'office et, à compter de l'an prochain, le vainqueur de la Ligue Europa, l'autre compétition européenne de clubs, le sera aussi (avec une entrée en lice au moins en barrages).


Lors de la première phase de la compétition, les 32 équipes sont réparties en huit groupes de quatre. Pour ce faire, l'UEFA crée quatre pots de huit équipes, et chaque groupe est composé d'une équipe tirée au sort dans chaque pot. Jusqu'à cette année, les pots étaient construits sur la base de l'indice UEFA des clubs : le pot 1 comprenait le tenant du titre et les sept clubs possédant l'indice le plus élevé ; le pot 2 comprenait les huit clubs suivants de ce classement à l'indice, etc. L'indice UEFA mesure essentiellement la performance d'un club en Coupe d'Europe lors des cinq dernières années. Il ne tient aucun compte du classement obtenu dans le championnat national l'année précédente. Ainsi Arsenal, qui n'a terminé que quatrième de la Premier League l'an passé, mais a réalisé de bonnes performances en Ligue des champions lors des cinq dernières saisons, se trouvait cette année dans le pot 1, alors que le champion d'Angleterre, Manchester City, ne figurait qu'en dernière position du pot 2. Manchester City a hérité d'un groupe difficile, comprenant les champions d'Allemagne et de Russie (Bayern Munich et CSKA Moscou) et le deuxième du championnat d'Italie (AS Roma), alors qu'Arsenal, protégé par son appartenance au pot 1, a bénéficié d'un tirage nettement plus facile : Dortmund (deuxième de la dernière Bundesliga), Galatasaray et Anderlecht.

Non respect des classements nationaux


En 2012, malgré son sacre national, Manchester City figurait même dans le pot 3, deux pots en dessous d'Arsenal, pourtant troisième du championnat anglais cette année-là, en raison de ses résultats européens moyens. À l'époque, ils étaient tombés dans le groupe le plus relevé en compagnie des champions d'Espagne, d'Allemagne et des Pays-Bas (Real Madrid, Dortmund et Ajax Amsterdam). Autrement dit, malgré son nom, la Ligue des champions ne récompense pas forcément les champions des ligues nationales. Lors du tirage au sort d'août dernier, certains dirigeants, managers, journalistes et supporters se sont plaints du mode de composition des pots, estimant par exemple que Manchester City aurait dû être plus protégé que ses suivants au classement de la Premier League. Cet appel a été entendu par l'UEFA : reprenant une proposition de Manuel Pellegrini, manager de Manchester City, le secrétaire général de l'UEFA, Gianni Infantino, a annoncé le 9 octobre dernier qu'à partir de l'an prochain, les champions des sept championnats européens les plus relevés figureront dans le pot 1 avec le tenant du titre. « Le football, c'est d'abord une histoire de victoire, de compétition, de mérite sportif. Je pense qu'il est naturel de récompenser ainsi ceux qui ont gagné une compétition » , a-t-il expliqué.

Il semble raisonnable qu'un classement a priori des 32 clubs — servant à construire les quatre pots, et donc des groupes équilibrés — respecte les différents classements nationaux. Cependant, la nouvelle règle annoncée par l'UEFA reflète mal la force respective des championnats européens. Faut-il vraiment protéger le champion du septième meilleur championnat européen - actuellement, la Russie - plus que les clubs arrivés deuxièmes des championnats espagnol, anglais et allemand ? Que se passera-t-il si dans le futur l'écart se creuse encore plus entre les trois ou quatre meilleurs championnats et le septième ?

Faut-il protéger les gros ?


L'UEFA n'a pas encore annoncé quelle règle serait utilisée pour construire les pots 2, 3 et 4. Faut-il conserver la règle actuelle, basée sur l'indice UEFA des clubs, pour ces trois pots ? Tenir compte du classement national des clubs pour construire le pot 1 et l'ignorer totalement pour bâtir les autres pots serait incohérent, difficile à justifier et particulièrement injuste pour le vainqueur du huitième meilleur championnat européen (actuellement, l'Ukraine). À l'inverse, faut-il suivre à la lettre la logique du secrétaire général de l'UEFA et protéger n'importe quel champion national plus que n'importe quel second ? Cette année par exemple, cela aurait conduit à protéger BATE Borisov - champion du Bélarus - et Ludogorets Razgrad - champion de Bulgarie - plus que Chelsea et Barcelone. Cela n'aurait guère de sens, produirait un pot 3 très hétérogène, et donc probablement des groupes très déséquilibrés – précisément ce que le système des têtes de série est censé empêcher. Quand est-ce qu'un club arrivé en deuxième ou troisième position de son championnat national devrait être plus protégé que le champion d'un autre pays ? Pour bâtir ses quatre pots, l'UEFA a besoin d'une règle simple qui tienne compte à la fois du classement national des clubs et de la force respective des différents championnats européens.


Voici ma proposition :

D'abord, on associerait à chacune des 32 équipes qualifiées un code construit en juxtaposant pays et rang national, par exemple « France 1 » pour le champion de Ligue 1 et « France 2 » pour son dauphin, « Allemagne 1 » , « Allemagne 2 » et « Allemagne 3 » pour les premier, deuxième et troisième de la Bundesliga, etc. On classerait ensuite ces 32 codes en fonction du nombre moyen de points obtenus par les équipes portant ces codes lors de la phase de groupes de la Ligue des champions lors des cinq dernières années. Par exemple, les équipes ayant terminé deuxièmes du championnat d'Angleterre ces cinq dernières années ont obtenu de bons résultats en phase de groupes de la Ligue des champions l'année suivante : « Angleterre 2 » , le mieux classé des quatre codes anglais, serait 4e sur 32. Étonnamment, le code anglais le moins bien classé serait « Angleterre 1 » , 9e sur 32. En tête du classement on trouverait « Espagne 2 » , « Espagne 1 » et « Espagne 3 » .



Ensuite, on effacerait de ce classement les rangs nationaux pour ne conserver que les noms de pays, et on remplacerait ces derniers par les noms des équipes, en suivant l'ordre du classement national. Ainsi cette année, Manchester City, champion d'Angleterre, aurait été classé 4e sur 32 (donc dans le pot 1) et Arsenal, dernier qualifié anglais, aurait été classé 9e sur 32 (donc dans le pot 2). Enfin, on pourrait réserver un traitement spécial au tenant du titre, qui serait placé automatiquement dans le pot 1, et au vainqueur de la Ligue Europa, qui, s'il se qualifie pour la phase de groupes, irait automatiquement dans le pot 2 (s'il ne figure pas déjà dans le pot 1). Ces nouvelles règles combineraient les avantages du système actuel et du nouveau système récemment annoncé : récompenser les pays dont les clubs ont obtenu les meilleurs résultats en Ligue des champions et, pour chaque pays, récompenser les équipes qui ont obtenu les meilleurs résultats dans leur championnat national.


Le système en vigueur a aussi été accusé de favoriser la répétition des mêmes tirages, année après année. Dortmund et Arsenal d'une part, et le Bayern Munich et Manchester City d'autre part, se sont retrouvés dans le même groupe en 2011, 2013 et 2014. Chelsea et Schalke 04 d'une part, et Barcelone et l'Ajax Amsterdam d'autre part, sont eux aussi tombés dans le même groupe lors des deux dernières saisons, si bien que le tirage 2014 avait un fort goût de déjà vu. Dans le système actuel, les pots sont assez stables d'une année sur l'autre. Si la nouvelle règle annoncée par l'UEFA est adoptée, la composition du pot 1 varierait plus souvent, ce qui favoriserait des tirages « frais » chaque année.

Cependant, on peut résoudre ce problème beaucoup plus simplement et efficacement en ajoutant une contrainte supplémentaire lors du tirage. L'UEFA impose déjà des contraintes liées à la nationalité — deux équipes d'un même pays ne peuvent pas se retrouver dans le même groupe — et à la couverture télévisuelle. Il serait facile d'imposer en plus que deux clubs qui se sont rencontrés en phase de groupes l'année précédente ne puissent tomber à nouveau dans le même groupe. En adoptant à la fois le mode de composition des pots proposé ici et cette nouvelle contrainte, l'UEFA résoudrait plusieurs problèmes d'un coup : éviter que les tirages se répètent d'une année sur l'autre et mieux récompenser les champions nationaux, sans pour autant pénaliser injustement les deuxièmes et troisièmes des meilleurs championnats.


Par Julien Guyon Julien Guyon est polytechnicien, docteur en mathématiques appliquées de l'École des ponts, analyste quantitatif, professeur associé au département de mathématiques de l'université de Columbia à New York, et amateur de football.
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