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Levin Öztunali, irradié d'Uwe

Transféré à Mayence cet été, Levin Öztunali devrait jouer son premier match de Ligue Europa contre Saint-Étienne. À vingt ans, le jeune milieu offensif compte parmi les meilleurs espoirs allemands. Mais cette réputation tient surtout à un héritage dont il va devoir se défaire. Être le petit-fils d'Uwe Seeler n'est pas forcément un privilège.

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Il faut bien être le fils de quelqu'un. Levin Öztunali, nouveau joueur de Mayence depuis la fin du mois d'août, est celui de sa mère : Frauke Öztunali. Jusque-là, il n'y a pas de quoi être surpris. Mais dans son bonheur, ou malheur, sa mère est née sous le nom de Frauke Seeler. Comme Uwe Seeler, un nom qui ne laisse indifférent aucun amateur de football allemand. Seeler a porté au plus haut les couleurs du Hamburger SV dans les années 50, 60 et 70. Il est l'un des rares joueurs avec au moins un but marqué dans quatre Mondiaux différents. La liste est longue. Inutile de refaire dans le détail l'un des plus beaux CV footballistiques d'Allemagne. L'immense pied en bronze devant le Volksparkstadion d'Hambourg suffit à expliquer la trace laissée par Seeler dans l'imaginaire collectif. Ce pied explique également les espoirs provoqués dans la ville hanséatique lorsque le petit-fils s'est pointé parmi les jeunes du HSV. Levin Öztunali, petit-fils, doit alors remettre Hambourg au premier plan de la Bundesliga.

Levin, le HSV et la tradition perdue


Pourtant, Seeler a fait ce qu'il pouvait pour ne pas indiquer le lien de parenté. Lorsqu'il va voir jouer le fils de sa fille, il se camoufle régulièrement avec les moyens du bord : une écharpe, un bonnet et une place de choix dans les buissons. Il ne veut pas être reconnu afin de protéger le jeune Levin Öztunali. « Je ne souhaite pas qu'on fasse de comparaisons et mettre le petit sous pression » , déclare-t-il aux journalistes quand la chose est découverte. Il y a pourtant un fait, inévitable, qui ajoute à l'excitation dans le nord de l'Allemagne : Öztunali est né à Hambourg. Il y a grandi.

À dix ans, il commence à porter les couleurs du HSV. En bleu et blanc, il incarne dès lors l'espoir de retrouver un peu d'éclat et pourquoi pas un titre de champion d'Allemagne. C'est sur lui que compte le club pour les prochaines années, en apparence. Pourtant, il n'y joue pas en professionnel. Sept ans seulement après son arrivée, il choisit de partir voir ailleurs, à Leverkusen – et malgré l'intérêt aussi de clubs anglais, après un premier sondage du Bayern dans sa jeunesse. Dans la presse, le grand-père ne renie pas le choix du petit-fils. Au contraire, il charge auprès du Morgenpost le club, incapable de conserver ses meilleurs jeunes : « Le CA du HSV doit s'interroger sur la raison qui pousse tant de talents à partir ces dernières années. Le HSV a un peu perdu ses racines et sa tradition. »

« Pépé ne peut pas l'aider »


Le choix d'Öztunali peut d'ailleurs se comprendre par rapport à sa situation vis-à-vis de son grand-père et de la pression qui serait tombée sur ses épaules sitôt parvenu au niveau professionnel. Son passage chez les U15 de la Mannschaft fait déjà les choux gras de quelques magazines hambourgeois, qui titrent sur le retour de Seeler en équipe nationale. Toutefois, le départ d'Öztunali se fait surtout dans la perspective d'intégrer enfin une place parmi les pros, chose qui semble encore compromise dans l'immédiat au HSV où il n'est qu'un U19 prometteur. Avec le Werkself, il hérite d'un contrat de trois ans et d'une intégration accélérée au plus haut niveau. Un choix en partie payant. En un an et demi, il participe à 17 matchs de Bundesliga et fait une courte apparition en Ligue des champions contre Benfica. Ses qualités techniques et sa vision du jeu font entrevoir un avenir radieux.



Il semble néanmoins encore trop frêle et accepte un prêt... au Werder Brême. L'ennemi juré du HSV, le grand rival, l'autre ville hanséatique. Un club qui apprécie les jeunes joueurs talentueux depuis qu'il peine financièrement. L'occasion est idéale pour tuer le grand-père et se faire un nom loin de toute filiation. Là encore, Uwe Seeler se montre satisfait du choix de Levin, car il a « beaucoup d'amis à Brême » . Malheureusement, la greffe ne prend pas complètement. Ses performances sont en demi-teinte, dans un club qui flirte de plus en plus avec la relégation. Son entraîneur Skripnik regrette qu'il ne « sache pas à quel point il est fort » , peut-être parce que la comparaison continue de peser. Levin n'est même pas un buteur, il s'est éloigné d'Hambourg, mais le rappel de Seeler le poursuit. En mars 2015, Uwe Seeler exprime l'évidence dans les colonnes de Kicker : « Levin doit trouver son propre chemin tout seul. Pépé ne peut pas l'y aider. » Rien n'y fait.

Un cran plus bas


D'autres jeunes de Brême lui passent devant. Dix-huit mois plus tard, il quitte les Werderaner dans une situation presque similaire : celle d'une promesse qui tarde à éclore. C'est alors que le destin donne un petit coup de pouce : Martin Schmidt choisit de le prendre avec lui à Mayence, en échange de cinq millions d'euros et avec un contrat de cinq ans, parce que c'est « un canon sur l'aile » .


En un match, il a déjà réussi presque autant qu'au Bayer et démarre mieux qu'au Werder. Contre Hoffenheim, il est impliqué sur deux réalisations (un but et une passe décisive). À Mayence, on sait faire éclore les talents dans le rôle de meneur de jeu. Après Schürrle et Malli, Öztunali pourrait être le prochain sur la liste. Et s'il ne sera probablement jamais récompensé par le Torjägerkanone (nom du trophée attribué au meilleur buteur de Bundesliga), c'est qu'Öztunali utilise sa tête d'une autre manière que son grand-père, un cran plus bas, pour faire briller les autres. Quand il l'aura compris et utilisera pleinement son talent, alors on pourra dire que c'est son heure.

Par Côme Tessier
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