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Levante : fin de saison tronquée ou ratée ?

Levante, c'était la petite équipe sympa de la banlieue de Valence capable d'aller arracher l'Europe et de titiller les gros calibres. Désormais, les Granotes sont les vilains petits canards de Liga. En cause, quatre joueurs qui auraient laissé filer des matchs sans enjeu pour eux.

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« Le nul face à Majorque (1-1 le week-end dernier, ndlr) nous a permis d'arrêter l'hégémonie après nos quatre défaites consécutives » , résume Papakouli Diop, milieu du Levante Union Deportiva. Soulagé de ce petit point, le Sénégalais n'en oublie pas les déroutes des semaines précédentes : « Bon, il y en a deux qui sont contre le Real et le Barça, donc ça n'a rien de déshonorant. Ce sont celles face au Depor et au Celta qui nous ont fait mal, on ne devait pas les perdre. Désormais, il faut que l'on passe à autre chose.  » Troquer cette atmosphère pesante pour une ambiance détendue risque pourtant d'être bien difficile. Actuellement, Levante est le fruit d'investigations judiciaires. À proprement parler, le club ne risque rien : « Il y a déjà quelques années, Levante a été accusé de faits similaires. Tout a été fait pour redorer le blason. Dans ce début d'histoire, le club n'est pas en tort, il n'a commis aucun délit. Ce sont juste les joueurs qui sont inquiétés  » , dixit Rafa Marín, rédacteur en chef du quotidien valencien Superdeporte. Mis en cause par leur propre coéquipier Barkero à la suite de la déroute face au Deportivo La Corogne (défaite à domicile 4-0), Gustavo Munúa, Sergio Ballesteros, Junfran et Juanlu devront répondre de ces accusations devant la justice. Triste.

Barkero accuse puis s'excuse

Cette affaire, Levante s'en serait bien passé. Car des problèmes, le club en a connu depuis un mercato hivernal mouvementé. « Notre effectif est très court et l'Europa League nous a tués physiquement. Ici, ce sont toujours les mêmes qui jouent tout le temps, et en plus il y en a plein qui sont plus proches de la fin que du début de leur carrière. Vu le budget que nous avons, on peut estimer que nous avons fait une bonne saison en atteignant, en plus, les huitièmes de finale en Europe, analyse Papakouli Diop. Après, c'est vrai que l'on prend 30 points sur la première partie de saison, et seulement 12 pour le moment dans la seconde…  » Une seconde partie de saison catastrophique qui doit beaucoup au départ mouvementé de son attaquant vedette : « Ce qui nous a vraiment fait mal, c'est le départ de Martins au mercato d'hiver. Avec sa pointe de vitesse, il correspondait parfaitement à notre style de jeu fait de contre-attaque. Ça a vraiment été un coup dur » , poursuit l'ancien de la maison rennaise. Des arguments qui peuvent en effet alimenter la thèse du « coup de pompe » d'une saison à plus de quarante matchs.

Nabil El Zhar, ailier de Levante, se veut lui plus direct : « Cette fin de saison pourrie est due à la fatigue physique et psychologique, mais également à cause de l'ambiance qui règne dans le vestiaire.  » Cette ambiance a pris du plomb dans l'aile au soir d'une cinglante défaite à la maison face au Deportivo La Corogne (4-0). Excédé par la prestation exécrable des siens, Barkero dégoupille à la mi-temps : « Je ne veux pas participer à ce mensonge de match, c'est une farce ! » La bombe est lancée, le mal est fait. En conférence de presse, le vétéran espagnol tentera bien de dédramatiser : « J'ai fait beaucoup de mal à leur image, à ces personnes et à leurs familles, eux qui ont tant donné pour ce club. Le coupable, c'est moi, de les avoir accuser de quelque chose de faux. Nous allons essayer de remédier à la situation. Il reste cinq matchs (quatre désormais, ndlr), je vais leur parler et j'espère que notre relation sera la meilleure possible.  » La galipette à 180 degrés arrive trop tard, le mal est fait. Et, de toute façon, comme nous le résume Rafa Marín, de Superdeporte, « Barkero s'est publiquement excusé, mais tout laisse à penser que, intiment, il n'a pas changé d'avis » . Ambiance.

El Zhar : « J'espère qu'il n'y a rien à reprocher aux joueurs… »


L'affaire remonte alors illico du côté de la Ligue et aux oreilles de son nouveau président, Javier Tebas. Cette situation rocambolesque, digne d'un Calciopoli version espagnole, prend alors des allures politiques. « Le club de Levante pense également que le nouveau président de la LFP, Javier Tebas, fait de Levante la tête de turc du foot espagnol, décrypte Rafa Marín. Mais s'il est démontré que certains de ses joueurs sont corrompus, le club agira en conséquence. » En l'état actuel des choses, « il y a une accusation de la part de la Ligue de football professionnel aux services anti-corruption de la justice, poursuit le journaliste valencien. Dans le même temps, il y a des investigations au sein du club. Il y a des indices et des doutes sur des matchs qui auraient été arrangés. Cela ne concerne pas seulement le Levante-Deportivo, mais il y a également le Levante-Celta. D'autres matchs et d'autres clubs seraient également impliqués. Pour le moment, seul le cas de Levante a fuité dans la presse, car Barkero a publiquement présenté en conférence de presse ses excuses pour avoir accusé en privé ses collègues de ne pas avoir joué le jeu. Actuellement, tout est entre les mains de la justice. »

Une justice qui devrait se montrer intransigeante si un acte de corruption est avéré. Dans l'immédiat, la police devrait rencontrer les quatre joueurs en question. Une atmosphère des plus étranges qui met Nabil El Zhar dans l'embarras : « Tu pars du principe que tu as confiance en tes coéquipiers, qu'ils ne feront jamais un truc comme ça. Ensuite, il y a quelqu'un qui accuse, donc qu'il doit avoir des preuves pour cela. Tu essayes de ne pas être plus ou moins dans l'un des deux camps, de rester neutre. Mais quand tu te défonces sur le terrain, et que l'on dit que quelqu'un a arrangé le match, pfff… C'est quelque chose qui nous a paralysé. Bon, maintenant il faut oublier, passer à autre chose. Il y a une enquête en cours et ils verront qu'il n'y a rien à reprocher aux joueurs. J'espère en tout cas…  » Une situation qui fait également ressortir du placard des vieux démons à Levante. « En 2008, lorsque l'ancienne direction était aux commandes, le président et le capitaine d'alors ont reconnu avoir truqué un match contre l'Athletic Bilbao. Le match était en 2007, mais le scandale n'a éclaté qu'un an plus tard, se souvient Rafa Marín. La justice n'avait rien pu faire, mais ceci avait énormément détérioré l'image du club. Aujourd'hui, si les joueurs sont reconnus coupables, la loi espagnole peut désormais les mettre en prison. En plus d'un licenciement et d'une interdiction de rejouer au football. » De quoi faire réfléchir.

Par Robin Delorme, à Madrid
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