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Les supporters niçois interdits d’Île de Beauté

Le préfet de Corse du Sud a interdit le déplacement des supporters niçois au stade Françoise Coty pour le match entre Ajaccio et Nice, en raison de la rivalité historique entre les supporters de la Côte d’Azur et ceux de l’île de beauté.

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Les supporters parisiens et marseillais ne sont plus les seuls à faire l’objet du très libéral article 61 de la loi Loppsi 2. Le préfet de Corse du Sud a décidé d’en faire également profiter les supporters niçois. Un arrêté paru lundi 30 janvier stipule ainsi que le « 4 février 2012, de 06h à 23h59, il est interdit à toute personne se prévalant de la qualité de supporter de l’OGC Nice ou se comportant comme tel, ainsi qu’à toute personne ayant appartenu à une association de supporters dissoute de l’OGC Nice, d’accéder au stade Françoise Coty d’Ajaccio » . Car Ajaccio et Nice se retrouvent ce samedi pour un duel très important dans la course au maintien.

«  Pouvoirs publics inaptes à assurer la sécurité en Corse  »

« C’est un renouvellement perpétuel du passé dans la confrontation entre Nice et les clubs corses » déclare, excédé, Gilles, membre de la populaire sud, tribune où bâchait autrefois la Brigade Sud Nice, dissoute en 2010. « Ils prennent comme prétexte les incidents passés entre supporters niçois et corses, ce qui prouve qu’ils sont toujours complètement inaptes à assurer la sécurité en Corse » . Même constat du côté de Jean-Dominique Gaziello, secrétaire des Orsi Ribelli, le principal groupe de supporters d’Ajaccio pour qui cette décision revient à un «  aveu d’incompétence  » de la préfecture. Si l’on s’en tient à l’arrêté, en reconnaissant que « la mobilisation des forces de sécurité même en nombre important, n’est pas suffisante pour assurer la sécurité des personnes et de supporters eux-mêmes » , le préfet ne dit pas autre chose. Comme lors des confrontations entre le PSG et l’OM depuis deux ans, les pouvoirs publics semblent botter en touche et choisir la solution de facilité, au détriment des supporters et d’une certaine conception de la liberté de circulation. Au contraire, rétorque Patrick Stzorda, préfet de Corse du Sud, « il n’y a ni stigmatisation des supporters niçois, ni aveu d’impuissance, on prend une mesure technique adaptée pour éviter que ça dégénère en raison d’une minorité. C’est surtout dans l’intérêt du sport et parce que depuis une dizaine d’années un contentieux oppose certains supporters niçois et corses  » . Les incidents au match aller où le bus des supporters ajacciens avait été caillassé par certains supporters niçois et plus récemment à l’occasion de la demi-finale de coupe de la Ligue entre Marseille et Nice, tant en ville que dans le stade, plaident pour lui.

Mais chez les supporters du Gym qui avaient coché ce déplacement depuis longtemps, « on est déçu, écoeuré et scandalisé. On nous prévient quelques jours avant le déplacement alors qu’on a déjà tous pris nos billets pour aller en Corse. On se sent montré du doigt les ultras en général et les Niçois en particulier » , déclare Julien, président des Armada Rumpetata Nissa (ARN), groupe de supporters de la tribune nord. André Bloch, le directeur de la sécurité de l’OGC Nice, ne cache pas non plus que le club subit cette décision préfectorale et « ne le prend pas forcément très bien  » . D’autant que le 12e homme pour Nice, en ce moment, c’est pas du luxe, «  Pour nous, c’était important que nos supporters puissent nous soutenir dans la difficulté et dans un match important contre un concurrent direct  » , poursuit le directeur de la sécurité de l’OGCN. Même les supporters ajacciens se disent « étonnés » et trouvent cette décision « démesurée » : «  On trouve ça stigmatisant pour les Niçois principalement et puis aussi pour nous, alors qu’on n’a pas d’antécédents, ni la réputation d’être violents » , explique Jean-Dominique Gaziello.

«  Toutes ces décisions vont faire naître des rancoeurs  »

Ni les uns ni les autres ne nient la rivalité historique qui oppose Niçois et Bastiais. Elle donne d’ailleurs régulièrement lieu à des incidents sérieux, comme lors d’un déplacement de la BSN à Furiani ou, en avril dernier, lors d’un passage par Nice des ultras bastiais à l’occasion d’un voyage sur le continent. Mais pour Gilles «  les tensions et animosités lors de ces véritables derbys existent depuis bien avant la naissance de groupes ultras et s’étendent bien au-delà. Et malgré tout, on a aussi quelques points communs avec les Corses : on est opposé aux directives gouvernementales en matière de supporters, à la centralisation du pouvoir…  » . Surtout, la rivalité entre ACA et OGCN semble bien moins forte, d’autant que le club ajaccien aux supporters les plus virulents est celui du Gazélec.

Du côté des Niçois, cette décision est d’autant plus mal perçue qu’ils ont l’impression de ne pas être épargnés en ce moment : «  il y a eu le problème pour le déplacement à Marseille mercredi où on nous proposait, au départ, seulement 400 places dans un stade de 40 000, dans une ville à 200 km de Nice et alors qu’on joue une demi-finale de la Coupe de la Ligue… Puis la fermeture pour un match de la populaire sud, qui ne nous concerne pas directement mais contre laquelle on est solidaire des supporters de la sud  » , dénonce Julien. Une accumulation de décisions qui ne sont pas le fruit du hasard selon le président de l’ARN : « C’est comme si on cherchait à créer des incidents, en faisant monter les tensions chez les supporters, pour pouvoir ensuite nous taper dessus » . Le directeur de la sécurité de l’OGC Nice n’est pas loin de partager ce point de vue : «  Toutes ces décisions autour des supporters niçois vont s’accumuler et faire naître des rancoeurs  » , prévient-il. Chez les membres de la populaire sud, la rancœur est déjà tenace, comme le montre Gilles : «  On condamne fermement cette politique exclusivement répressive et ces attitudes irresponsables qui ne vont pas dans un souci d’apaisement mais ne font, au contraire, qu’accroître les problèmes de discrimination à l’encontre de certaines populations » . D’ailleurs, des supporters niçois laissent entendre une interprétation un peu différente des incidents de mercredi au Vélodrome : certains d’entre eux, exaspérés par le traitement dont ils font l’objet, n’auraient pas lésiné sur les moyens, notamment pyrotechniques, pour faire entendre leur mécontentement à l’égard des pouvoirs publics.

Par Anthony Cerveaux
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nissart06230 Niveau : Loisir
Un bon article sur une décision scandaleuse !
mais messieurs les pouvoirs publics il parait que la solution c'était de dissoudre la BSN non ? ah ben non, finalement, ça change rien...
+1 spartak

Ba ouai, même histoire au PSG. Peut-on m'expliquer pourquoi après la dissolution de toutes les associations, le placement aléatoire et le retour, soit disant, des familles (car avant Leproux messieurs le Parc des Princes étaient, après Sao Paulo et Soweto, l'endroit le plus dangereux du monde...) aucuns parisiens ne se trouvaient dans le parcage visiteur, au Vélodrome ? D'ailleurs, aucun marseillais ne pourra venir sur Paris alors que les loups ont été chassé des montagnes...
Ouais... D'un autre côté, si on entasse des ramassis d'abrutis dans les tribunes, que peuvent faire les pouvoirs publics à part prendre des mesures de ce genre ?

J'aime bien leur argument du genre "les pouvoirs publics ne sont pas capables d'assurer la sécurité". En gros le discours c'est "nous on fout la merde quoiqu'il arrive, c'est pas de notre faute si les pouvoirs publics ne peuvent pas nous arrêter"...
D'accord avec toi supion.
C'est facile de faire de la merde et de dire "ils avaient qu'à nous en empecher , c'est de leur faute".
Chacun à sa facon de supporter son équipe et je le respecte, on vit sa passion comme on l'entend. Mais il ne faut pas rejeter la faute sur les pouvoirs publics et se faire passer pour les victimes.
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